LIVRE SEPTIJÈME
Prenait soin d'amener son marchand à bon port. Facteurs, associés, chacun hii fut fidèle. Il vendit son tabac, son sucre, sa cannelle. Ce qu'il voulut, sa porcelaine cncor:
Le luxe et la folie enflèrent son trésor ;
Bref, il plut dans son escarcelle.
On ne parlait chez lui que par doubles ducats ; Et mon homme d'avoir chiens, chevaux, et carrosses:
Ses jours de jeûne étaient des noces.
Un sien ami , voyant ces somptueux repas , Lui dit : El d'où vient donc un si bon ordinaire? — Et d'où me viendrait-il que de mon savoir-faire : Je n'en dois rien qu'à moi, qu'à mes soins, qu'au talent De risquer à propos, et bien placer l'argent. Le profit lui semblant une fort douce chose , Il risqua de nouveau le gain qu'il avait fait ; Mais rien, pour cette fois, ne lui vint à souhait.
Son imprudence en fut la cause :
Un vaisseau mal frété périt au premier vent ; Un autre, mal pourvu des armes nécessaires.
Fut enlevé par les corsaires;
Un troisième au port arrivant, Rien n'eut cours ni débit : le luxe et la folie
N'étaient plus tels qu'auparavant.
Enfin ses facteurs le trompant, Et lui-même ayant fait grand fracas, chère lie', Mis beaucoup en plaisirs, en bâtiments beaucoup,
Il devint pauvre tout d'un coup.
Son ami, le voyant en mauvais équipage, Lui dit : D'où vient cela? — De la Fortune, hélas! Consolez-vous, dit l'autre, et s'il ne lui plait pas Que vous soyez heureux, tout au moins soyez sage
Je ne sais s'il crut ce conseil; Mais je sais que chacun impute, en cas pareil,
i . Chère succulente et joyeuse.
Son bonlicur à son industrie; El Si <lc quelque éihec noire laute est suivie,
Nous (lisons injures au Sort.
Chose n'est ici plus commune.
Le bien, nous le foisons; le mal; c'est la Fortune On a toujours raison, le Destin toujours lorl.
LES DEVINEKESSES.
C'est souvent du hasard que nuit i'or.ùnion; Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.
Je pourrais fonder ce prologue Sur gens de tous états; tout est prévention, Cabale, entêtement; point on peu de justice C'est un torrent : qu'y faire? Il faut qu'il ait son cours.
Cela fut, et sera toujours.
Une femme, à l'aiis, faisiit la pythonisse : On fallait consulter sur chaque événemenl ; Peidait-on un chiffon, avait-on un amant, Un mari vivant trop, au gré de son épouse, Une mère fâcheuse, une femme jalouse;
Chez la devineuse' on courait Pour se faire annoncer ce que l'on désirai 1.
Son fait consistait en adresse :
Quelques termes de l'art, beaucoup de hardiesse, Du hasai'd quelquefois, tout cela concourait, Tout cela bien souvent faisait crier miracle. Enfin, quoique ignorante à vingt et trois caiats-.
Elle passait pour un oracle.
L'oracle était \oié dedans un galetas :