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LIVRE HUITIÈME. 20Ô

L OUIIS ET LAMATEUR DES JARDINS.

Certain ours montagnard, ours à demi léclié.

Confiné par le Sort dans un bois solitaire,

Nouveau Bellérophon', vivait seul et caché.

Il fût devenu fou : la raison d'ordinaire

N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés.

Il est bon de parler, et meilleur de se taire;

Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrée.

Nul animal n'avait affaire

Dans les lieux que l'ours habitait;

Si bien que, tout ours qu'il était, Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie ,

Non loin de là certain vieillard

S'ennuyait aussi de sa pan.

Il aimait les jardins, était prêtre de Flore;

Il l'était de Pomone encore.

Ces deux emplois sont beaux; mais je voudrais parmi

Quelque doux et discret ami.

Les jardins parlent peu, si ce n'est dans mon livre :

De façon que, lassé de vivre Avec des gens muets, notre homme, un beau matin. Va chercher compagnie , et se met en campagne.

L'ours, porté d'un même dessein,

Venait de quitter sa montagne.

Tous deux, par un cas surprenant.

Se rencontrent en un tournant.

L'homme eut peur: mais comment esquiver? et que fane? Se tirer en Gascon d'une semblable alïaire Est ' : mieux : il sut donc dissimuler sa peur.

I. Le vainqueur de la Chimère, qui, ayant eu le malbeur de tuer son frère, fut plongi dans une mélancolie si profonde qu'elle ne finit qu'avec sa vie.

L'ours, très-mauvais complinicntcur, Lui (lit : Viens-t'en me voir. L'autre reprit : Seigneur, Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que tl'y prendre un champêtre repas , J'ai des fruits, j'ai du lait : ce n'est peut-être pas De nos seigneurs les ours le manger ordinaire ; Mais j'offre ce que j'ai. L'ours accepte, et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver; Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble :

Et bien qu'on soit, à ce qu'il semble ,

Beaucoup mieux seul qu'avec des sots , Comme l'ours en un jour ne disait pas deux mois, L'homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage. L'ours allait à la chasse, apportait du gibier;

Faisait son principal métier D'être bon émoucheur; écartait du visage De son ami dormant ce parasite ailé

Que nous avons mouche appelé.

Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme. Sur le bout de son nez une allant se placer Mit l'ours au désespoir; il eut beau la chasseï-. Je t'attraper.ii bien, dit-il; et voici comme. Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur, Casse la tète à l'homme en écrasant la mouche ; Et non moins bon archer que mauvais raisonneur, Roide mort étendu sur la place il le couche.

Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemie

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