POUR MADEMOISELLE DE SILLEHT
J'avais Esope quitte Pour être tout à Boccace; Mais une divinité Veut revoir sur le Parnasse Des fables de ma façon.
Or, d'aller lui dire : Non , Sans quelque valable excuse , Ce n'est pas comme on en use Avec des divinités, Surtout quand ce sont de celles Que la qualité de Belles Fait reines des volontés.
Car, afin que l'on le sache , C'est Sillery qui s'attache A vouloir que , de nouveau , Sire loup , sire corbeau , Chez moi se parlent en rime Qui dit Sillery dit tout :
Peu de gens en leur estime .
t. Gabrielle-Fianroise Brulsrt de Sillery, nièce, par sa mère, da duc de U Rochefoucauld, l'auteur des Maximes.
Lui refusent le haut bout; Comment le pourrait-on l'aire?
Pour venii' à notre affaire ,
Mes contes, à son avis.
Sont obscurs : les beaux cspri
N'entendent pas toute chose.
Faisons donc quelques récits
Qu'elle déchiffre sans glose :
amenons des bergers; et puis nous rimerons Ce que disent entre eux les loups et les moutons.
Tircis disait un jour à la jeune Amarante :
Ah ! si vous connaissiez comme moi certain mal
Qui nous plaît et qui nous enchante , Il n'est bien sous le ciel qui vous parût égal !
Souffrez qu'on vous le communique ;
Croyez-moi, n'ayez point de peur :
Voudrais-je vous tromper, vous, pour qui je me pique Des plus doux sentiments que puisse avoir un cœur?
Amarante aussitôt réplique :
Comment l'appelez-vous, ce mal? quel est son nom? — L'amour. — Ce mot est beau ! dites-moi quelques marques, A quoi je le pourrai connaître : que sent-on? — Des peines près de qui le plaisir des monarques Est ennuyeux et fade : on s'oublie, on se plaît
Toute seule en une forêt.
Se mire-t-on près d'un rivage.
Ce n'est pas soi qu'on voit; on ne voit qu'une image Qui sans cesse revient, et qui suit en tous lieux :
Pour tout le reste on est sans yeux.
Il est un berger du vill;jge Dont l'abord, dont la voix, dont le nom fait rougir :
On soupire à son souvenir; On ne sait pas pourquoi, cependant on soupire; On a peur de le voir, encor qu'on le désire.
Amarante dit à l'instant :