‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 184 sur 318 · LES DEUX AMIS · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa; L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre.

Les amis de ce pays-là

Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.

Une nuit que chacun s'occupait au sommeil, Et mettait à profit l'absence du soleil,

Un de nos deux amis sort du lit en alarme ; Il court chez son intime, éveille les valets: Morphée avait touché le seuil de ce palais. L'ami couché s'étonne! il prend sa bourse, il

s'arme, Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu De courir quand on dort; vous me paraissiez

homme A mieux user du temps destiné pour le somme : N'auriez- vous point perdu tout votre argent au

jeu?

En voici. S'il vous est venu quelque querelle, J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez- vous point De coucher toujours seul ? une esclave assez belle Était à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appeUe ? Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point:

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu: J'ai craint qu'il ne fût vrai; je suis vite accouru. Ce maudit songe en est la cause.

Qui d'eux aimait le mieux? Que t'en semble, lecteur ?

Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.

Qu'un ami véritable est une douce chose!

Il cherche vos besoins au fond de votre cœur; Il vous épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même:

Un songe, un rien, tout lui fait peur. Quand il s'agit de ce qu'il aime.

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