‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 256 sur 318 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Ne reconnaît-on pas en cela les humains ?

Dispersés par quelque orage,

A peine ils touchent le port,

Qu'ils vont hasarder encor

Même vent, même naufrage:

Vrais lapins, on les levoit

Sous les mains de la Fortune.

Joignons à cet exemple une chose commune.

Quand des chiens étrangers passent par quelque endroit

Qui n'est pas de leur détroit,

Je laisse à penser quelle fête!

Les chiens du lieu, n'ayant en tête Qu'un intérêt de gueule, à cris, à coups de dents

Vous accompagnent ces passants

Jusqu'aux confins du territoire.

Un intérêt de bien, de grandeur et de gloire. Aux gouverneurs d'états, à certains courtisans, A gens de tous rnétiers, en fait tout autant faire.

On nous voit tous, pour l'ordinaire, Piller le survenant, nous jeter sur sa peau. La coquette et l'auteur sont de ce caractère :

Malheur à l'écrivain nouveau !

Le moins de gens qu'on peut à l'entour du gâteau;

C'est le droit du jeu, c'est l'affaire. Cent exemples pourraient appuyer mon discours :

Mais les ouvrages les plus courts Sont toujours les meilleurs. En cela j 'ai pour guide Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser:

Ainsi ce discours doit cesser.

3i8 FABLES DE LA FONTAINE

Vous, qui m'avez donné ce qu'il a de solide, Et dont la modestie égale la grandeur, "Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur La louange la plus permise, La plus juste et la mieux acquise; Vous enfin, dont à peine ai-je encore obtenu Que votre nom reçût ici quelques hommages. Du temps et des censeurs défendant mes ouvrages. Comme un nom qui, des ans et des peuples connu. Fait honneur à la France, en grands noms plus

féconde

Qu'aucun climat de l'univers, Permettez-moi du moins d'apprendre à tout le

monde Que vous m'avez donné le sujet de ces vers.

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