‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 305 sur 318 · LE RENARD ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE RENARD ANGLAIS

A madame Harvey

Le bon cœur est chez vous compagnon du bon sens, Avec cent qualités trop longues à déduire. Une noblesse d'âme, un talent pour conduire Et les affaires et les gens,

Une humeur franche et libre, et le don d'être amie

Malgré Jupiter même et les temps orageux.

Tout cela méritait un éloge pompeux :

Il en eût été moins selon votre génie ;

La pompe vous déplaît, l'éloge vous ennuie.

J'ai donc fait celui-ci court et simple. Je veux

Y coudre encore un mot ou deux

En faveur de votre patrie :

Vous l'aimez. Les Anglais pensent profondément ; Leur esprit, en cela, suit leur tempérament : Creusant dans les sujets, et forts d'expériences, Ils étendent partout l'empire des sciences. Je ne dis point ceci pour vous faire ma cour: Vos gens, à pénétrer, l'emportent sur les autres;

Même les chiens de leur séjour

Ont meilleur nez que n'ont les nôtres.

Vos renards sont plus fins ; je m'en vais le prouver

Par un d'eux, qui, pour se sauver,

Mit en usage un stratagème Non encor pratiqué, des mieux imaginés.

Le scélérat, réduit en un péril extrême,

Et presque mis à bout par ces chiens au bon nez.

Passa près d'un patibulaire :

Là, des animaux ravissants.

Blaireaux, renards, hiboux, race encline à mal faire, Pour l'exemple pendus, instruisaient les passants. Leur confrère, aux abois, entre ces morts s'arrange. Je crois voir Annibal, qui, pressé des Romains, Met leur chef en défaut, ou leur donne le change. Et sait, en vieux renard, s'échapper de leurs mains.

Les clefs de meute, parvenues A l'endroit où pour mort le traître se pendit, Remplirent l'air de cris : leur maître les rompit.

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