‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 90 sur 318 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Un vieillard près d'aller où la mort l'appelait, Mes chers enfants, dit-il (à ses fils il parlait), Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble : Je vous expliquerai le nœud qui les assemble. L'aîné les ayant pris, et fait tous ses efforts. Les rendit, en disant: Je le donne aux plus forts. Un second lui succède, et se met en posture ; Mais en vain. Un cadet tente aussi l'aventure. Tous perdirent leur temps, le faisceau résista: De ces dards joints ensemble un seul ne s'éclata. Faibles gens! dit le père: il faut que je vous

montre Ce que ma force peut en semblable rencontre. On crut qu'il se moquait, on sourit, mais à tort : Il sépare les dards, et les rompt sans effort. Vous voyez, reprit-il, l'effet de la concorde: Soyez joints, mes enfants; que l'amour vous

accorde.

Tant que dura son mal, il n'eut autre discours. Enfin se sentant près de terminer ses jours. Mes chers enfants, dit-il, je vais où sont nos pères; Adieu, promettez-moi de vivre comme frères ; Que j'obtienne de vous cette grâce en mourant. Chacun de ses trois fils l'en assure en pleurant. Il prend à tous les mains, il meurt. Et les trois

frères Trouvent un bien fort grand, mais fort mêlé

d'affaires.

Un créancier saisit, un voisin fait procès: D'abord notre trio s'en tire avec succès. Leur amitié fut courte autant qu'elle était rare. Le sang les avait joints, l'intérêt les sépare: L'ambition, l'envie, avec les consultants, Dans la succession entrent en même temps.

On en vient au partage, on conteste, on chicane: Le juge sur cent points tour à tour les condamne. Créanciers et voisins reviennent aussitôt, Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut. Les frères désunis sont tous d'avis contraire: L'un veut s'accommoder, l'autre n'en veut rien

faire.

Tous perdirent leur bien, et voulurent trop tard Profiter de ces dards unis, et pris à part.

l'oracle et l'impie

Vouloir tromper le ciel, c'est folie à la terre. Le dédale des cœurs en ses détours n'enserre Rien qui ne soit d'abord éclairé par les dieux : Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux. Même les actions que dans l'ombre il croit faire. Un païen, qui sentait quelque peu le fagot. Et qui croyait en Dieu, pour user de ce mot.

Par bénéfice d'inventaire.

Alla consulter Apollon.

Dès qu'il fut en son sanctuaire:

Ce que je tiens, dit-il, est-il en vie, ou non?

Il tenait un moineau, dit-on,

Prêt d'étouffer la pauvre bête.

Ou de la lâcher aussitôt,

Pour mettre ApoUon en défaut.

Apollon reconnut ce qu'il avait en tête: Mort ou vif, lui dit-il, montre-nous ton moineau;

Et ne me tends plus de panneau ; Tu te trouverais mal d'un pareil stratagème:

Je vois de loin, j'atteins de même.

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