‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 92 sur 318 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Il trouve pour sortir un moment favorable. L'un des bœufs ruminant lui dit : Cela va bien : Mais quoi ! l'homme aux cent yeux n'a pas fait sa revue;

Je crains fort pour toi sa venue:

Jusque-là, pauvre cerf, ne te vante de rien. Là-dessus le maître entre, et vient faire sa ronde.

Qu'est ceci? dit-il à son monde, Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râtehers. Cette litière est vieille, allez vite aux greniers. Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées. Que coûte-t-il d'ôter toutes ces araignées ? Ne saurait-on ranger ces jougs et ces coUiers? En regardant à tout il voit une autre tête Que celles qu'il voyait d'ordinaire en ce lieu. Le cerf est reconnu : chacun prend un épieu ;

Chacun donne un coup à la bête.

Ses larmes ne sauraient la sauver du trépas. On l'emporte, on la sale, on en fait maint repas,

Dont maint voisin s'éjouit d'être.

Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment:

Il n'est, pour voir, que l'œil du maître. Quant à moi, j'y mettrais encor l'œil de l'amant.

l'alouette et ses petits, avec le maître d'un .champ

Ne t'attends qu'à toi seul: c'est un commun proverbe.

Voici comme Ésope le mit En crédit.

Les alouettes font leur nid

Dans les blés quand ils sont en herbe,

C'est-à-dire environ le temps Que tout aime, et que tout pullule dans le monde.

Monstres marins au fond de l'onde, Tigres dans les forêts, alouettes aux champs.

Une pourtant de ces dernières Avait laissé passer la moitié d'un printemps Sans goûter le plaisir des amours printanières. A toute force enfin elle se résolut D'imiter la nature, et d'être mère encore. Elle bâtit un nid, pond, couve, et fait éclore, A la hâte: le tout alla du mieux qu'il put Les blés d'alentour mûrs avant que la nitée

Se trouvât assez forte encor

Pour voler et prendre l'essor, De mille soins divers l'alouette agitée S'en va chercher pâture, avertit ses enfants D'être toujours au guet et faire sentinelle.

Si le possesseur de ces champs Vient avecque son fils, comme il viendra, dit-elle. Écoutez bien: selon ce qu'il dira,

Chacun de nous décampera.

Sitôt que l'alouette eut quitté sa famille. Le possesseur du champ vient avecque son fils. Ces blés sont mûrs, dit-il; allez chez nos amis Les prier que chacun, apportant sa faucille. Nous vienne aider demain dès la pointe du jour.

Notre alouette de retour

Trouve en alarme sa couvée.

L'un commence: Il a dit que, l'aurore levée. L'on fit venir demain ses amis pour l'aider. S'il n'a dit que cela, repartit l'alouette. Rien ne nous presse encor de changer de retraite ;

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