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LE CAÏMAN ET LE REQUIN

Au Sénégal, dans la rivière Que gonflaient à plein lit la pluie et les torrens (3), Et qui refoulait l’onde amère (4),

Un Caïman régnait naguère,

Ainsi que régnent les tyrans ,

Par la ruine et le carnage.

Le nègre traversant les eaux ,

Et guidant lui-même , à la nage ,

Les frêles bottes de roseaux (5),

Navires qui portaient sa tente et son ménage,

Ses enfans et sa femme inquiets, chancelans,

Le troupeau changeant de riva ge (^) ’

SÉNÉGALAISES.

Au Caïman glouton payaient tributs sanglans.

Quand viendra la saison, quand viendra l’eau salée ^7) Qui nous délivrera de ce monstre cruel ? »

Disaient l^êtes et gens eu s’adressant au ciel.

Mais le fleuve s’abaisse; en son lit la marée Pousse les flots de l’Océan;

Ils contraignent le Caïman D abdiquer son empire et de fuir la contrée (8). Glande feteî... Et déjà les filles du hameau,

Laissant avec 1 habit la pudeur au rivage (9),

De rire et folâtrer dans l’eau.

Mais quels cris, quel affreux ravage Proclament un tyran nouveau?

C est le seigneur Requin, ])rince de l’onde amère ( i o\ Visitant ses nouveaux états,

Et qui prend de joyeux ébats.

C’est bien un autre train dans toute la rivière!

Ou n’ose plus risciuer ni nageius, ni troupeaux.

Oh! pauvres liabilans de la lerre et d(!s cau.x

FABLES

Puisqu’il vous en faut un ne changez pas de maître Celui qui surviendrait serait pire peut-être; Supportez votre mal de peur de plus grands maux

SÉNÉGALAISES.

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