‹ Fables sénégalaisesChapitre 25 sur 44 · LA^ COULEUVRE ET LE LÉZARD · texte numérisé non relu

LA^ COULEUVRE ET LE LÉZARD

Dans une case de j^aille (i j ,

Une Couleuvre, un Lézard Se livraient un jour bataille.

Le maître absent, pour aller au bazar.

Avait couvert dans 1 atre un peu de braise (^z). Nos champions s’en donnaient tout-à-l’aise , Car les voisins se tenaient à l’écart.

« Laissons-les ; que nous imjiorte Le Lézard mort ou la Couleuvre morte?

Disaient le Bœuf, le Coq et le Mouton.

Les séparer! ma foi, non;

Ce n est pas là notre afhiire.

Qny gagnerions-nous de bon?)>

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A ces mots , Aliboron Par chorus se mit à braire.

Eli agitant leur longue queue a terre,

Les combattans dispersent le charbon ;

Le feu prend à la maison ,

Et notre Coq est brûlé tout en vie.

IVos autres gens, regardant l’incendie.

Disaient encor : « Que nous importe? lien. » Ils se trompaient, il leur importait bien.

La preuve n’en tarda guere.

Aux gens qui jetaient de l’eau (3)

Pour éteindre la chaumière.

On fit manger le Mouton cuit sous terre , Emmaillotté dans sa peau (4)- Le Boeuf vendu fut a la boucherie.

Maître Ane aussi paya son incurie ;

Il transporta sur son dos Le bois , la paille et bien d’autres fardeaux , Pour réparer les dégâts de la flamme.

Enfin, accablé de maux.

SÉNÉGALAISES.

Sous les coups il reudit rame.

Vite, dès le commencement,

Bien vite, apaisez les querelles.

Plus tard où s’arrêteraient-elles ?

Souvent les moindres étincelles Peuvent produire un vaste embrasement.

Dans une case de paille.

Les nègres du Sénégal construisent leurs logemens d’une manière différente, suivant la nature du sol qu’ils habitent. Dans les terrains légers et sablonneux, leurs cases sont faites en roseaux ou en fortes tiges de paille qu’ils ajustent , comme d’épais paillassons , sur une grossière charpente en bois , et qu ils attachent avec des liens de cuir ou d’écorce d’arbre. Au bord du fleuve , et dans les terres d’alluvion , les parois sont construites en terre forte, pétrie avec un peu de paille fine. Toutes ces cases sont couvertes d’un toit en paille , de forme conique. Elles sont circulaires et généralement de plus de deux toises de diamètre. Outre celle du maître, qui est la principale, chacune de ses femmes'a la sienne ; il en est de même pour les enfans, lorsqu’ils deviennent grands; les captifs ont aussi les leurs; on en bâtit une pour la cuisine et une autre pour l’écurie. L’emplacement se subdivise ordi-

tir

SÉNÉGALAISES.

Ui!)

naiieniGiil en petiles cours lerniées crune palissutlc de j)aille ou d’épines. La réunion de ces sortes d’enceintes de familles forme un village, dont les rues sont trésiirégulières , et qui, lui-même, est entouré d’un mur en terre ou d’une palissade.

Souvent, dans la paille des cases, il se loge de petits serpens , ou plus ordinairement des espèces de couleuvres qui n’attaquent jamais l’homme, et dont la morsure d’adleurs ne serait pas dangereuse. En général, le pays contient peu de serpens venimeu.v, et les accjdens qu’jls occasionnent sont rares. De petits lézards habitent aussi les cases; et comme ils sont inoffensifs, les nègres ne cherchent pas à les détruire. Peut-être sentent-ils que ces reptiles ne sont jias des hôtes entièrement inutiles dans leurs demeures, en ce qu’ils dévorent beaucoup des insectes incommodes qui se produisent, en si grand nombre, dans les contrées inlertropicales.

Ces détails étaient nécessaires pont- expliquer comment, sans s’écarter de la nature et de la vérilé, les nègres ont placé dans une case la scène d’une faille dont la couleuvre et le lézard sont les acteurs. On aurait pu s’étonner en France de les rencontrer là.

(2) Av,iit couvert dans l’âtrc un peu de braise.

U's nègres font le feu au milieu <lo leurs cases, qui

n’ont pas de chemine'e. Lorsqu’ils sortent, ils couvrent le foyer avec un peu de cendre ou de terre , de manière à retrouver du feu pour leur retour. Cette fable , qui est toute dans les mœurs du pays , suppose qu’en se débattant avec leur longue queue , le serpent et le lézard ont dispersé et là les charbons, qui ont , de cette manière , incendié la case.

(3) Aux gens qui jetaient de l’eau.

La coutume est que ceux qui ont fait quelque travail commun, quelque corvée, reçoivent un repas de celui pour lequel ils se sont employés. Les nègres du Sénégal tiennent beaucoup à ces sortes de remercimens et de politesses; avec une vanité qui n’est pas sans délicatesse , ils cherchent à se faire une réputation de savoir-vivre et de générosité. Tous les détails de cette fable sont bien dans les mœurs du pays.

(4) Emmaillotté dans sa peau.

Ceci se rapporte au moyen curieux qu’emploient les nègres , et surtout les Maures , pour faire cuire un mouton tout entier. Ils commencent par creuser en terre une fosse; ils y accumulent des matières combustibles et les allument. Lorsque les parois sont foitement écliauffées, ils retirent les charbons poui \

placer le moulon, qu’ils ont d’abord dépouillé, mais qu’ils renferment dans sa peau retournée. Ils le recouvrent de cendres chaudes, de quelque braise, et d’une petite couche de terre sur laquelle ils entretiennent du feu. Bientôt on déterre le mouton complètement cuit dans son jus et d’une seule pièce.

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