LE LIÈVRE ET LES PETITS OISEAUX
Des richesses, du pouvoir,
Des talens et du savoir,
PI us on en a, plus on en veut avoir.
De tous les animaux , le Lièvre , au pied agile ,
Est certes bien le plus malin (i).
Il demandait à Dieu de le rendre plus fin.
De le rendre encor plus habile.
Pour le congédier, Dieu lui dit: « De moineaux Lorsque ta gourde sera pleine (2),
Tu reviendras me voir. » — Le Lièvre, fort en peine. Sur cette éj)reiive-là (3) méditait en repos ,
Couché le long d’une fontaine.
SÉNÉGALAISES.
Survient en folâtrant une l)an(le d’Oiseaux Qui s’al)at près de l’onde claire, fdle y joue et s’y désaltère.
«Voilà, pcnsa-t-il, mon affaire,
S’ils veulent inordre à riiamceon. »
Puis il dit plusieurs fois, d’un ton plein de mystère : « IVon, non, oui, oui, non, non, cela ne se peut guère; IVon ; oui , cela se peut. » — « Oui , non !
Que dites-vous donc là, compère? »
Lui demanda la Gent babillarde et légère.
« Je voudrais, reprit-il, savoir si j’ai raison,
Et si ma gourde est assez grande Pour pouvoir vous contenir tons.
Essayons-cn, le voulez-vous? »
— « TS^ous y tiendrons; belle demande ! »
« Gageons que vous n’y tiendrez pas ! »
Nos Oisillons d entrer, un, deux, toute la bande. Le Lièvre les enferme et porte son offrande.
Fier de sortir d’un mauvais pas.
Mais Dieu, lui frappant sur la tète (4),
Lui dit : « Néant à la requête.
Halte-là, mon rusé coquin,
Ta cervelle en malice est déjà trop féconde; Si je te rendais pins malin ,
Tu bouleverserais le monde. «
SENEGALAISES.