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LE NEGRE ET SON OMBRE

Eblouissant, de son lit magnifique Écartant les draps d’or et de pourpre et de feux, Secouant la rosée aux rivages d’Afrique (i),

Le soleil , sur son char, s’élancait dans les cieux. Quittant la couche ohscure ^2, j ou sa noire compagne Lui prodiguait ses noirs appas ,

Un Nègre matinal marchait dans la campagne;

Vers le couchant il dirigeait ses pas.

Son Ombre devant lui s’allongeait sur la terre.

Quelques vapeurs troublant ce pauvre hère,

II crut l’entendre dire : « Esclave, obéis-moi ; Suis-moi ; je marche la première.

Vois combien je suis grande, voi !

SENEGALAISES.

En vain tu voudrais fuir, je courrais devant toi.

Ta place est toujours par derrièi'e. »

De ce maître insolent ne pouvant se défaire,

Le Nègre las s’arrête enfin.

Son Ombre aussi s’arrête. Il lui dit en colère ;

Qu attends-tu? va sans moi. Passe en paix ton chemin. Je ne te suivrai plus; je rentre à ma chaumière. »

Puis il tourne vers le levant.

Mais, en regardant en arrière.

Il voit l’Ombre, d’abord si fière.

Comme une esclave alors pas à pas le suivant. Et moins grande qu’auparavant.

De la plupart des gens tel est le caractère;

Ou maîtres, ou valets, c’est selon qu’on les prend. D api es sou rôle et sa fortune,

L homme devient petit ou grand :

Soit dit de toute ame commune;

Le sage aux coups du soi t est seul indiCfércnl.

FABLES

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