‹ Fables sénégalaisesChapitre 40 sur 44 · EXOTIQUES · texte numérisé non relu

EXOTIQUES

L’Afrique est hospitalière (ij ,

Mais c’est pour la pauvreté.

Ignorante, routinière,

Elle exerce, à sa manière,

Sa vieille hospitalité.

Et craint, pour sa liberté.

Toute influence étrangère.

L Afrique est faible et vieille; et l’on voit d’ordinaire r.es enfans, les vieillards craindre la nouveauté. Que de vieillards, d’enfans, compte l’kumanité!

f.cs Plantes de l’Afrique un jour disaient entre elles;

« Qu’est-ce donc ? on prétend (jue de Plantes nouvelles Notre climat soit doté!

Qu’il aitdes fruits meilleurs, qu’il aitdeslleursplusbelles(2) Beau projet, eu vérité!

Pourquoi uous dédaiguer? Au Sénégal fidèles,

Nous eu fîmes toujours l’ornement, le bonheur.

A des plantes étrangères Nous faudra-t-il céder et la place et rhoiiueur?

Pour quelques aventurières De la nature ici l’on veut troublei’ les lois.

Rendons , par nos efforts , ces tentatives vaines.

Guerre à ces plantes lointaines Qui, méconnaissant nos droits.

Usurperaient bientôt nos antiques domaines. »

— <c Eh bien ! guerre, guerre à mort (3)! »

Dirent d’un meme élan les Plantes Africaines.

Pour mal faire ici-bas on est bientôt d’accord.

Chacune de chercher un moyen de détruire.

Le chiendent fait son jeu : dans tous jiays pour nuire Croît ce rampant végétal.

Les herbes à foison, envahissant la terre (/,),

FABLES

Étouffent tous les plants qu’un zèle téméraire Introduit au Sénégal ;

l.t même, sous le sol, quelques mortes racines (5 Prenant part à ces complots.

Soutirent la fraîcheur utile aux plants nouveaux. Les ronces et les épines

Lancent, de tous côtés, mille buissons crochus (6) Qui déchirent le feuillage.

iV des mimosas branchus Deinande-t-on de l’ombrage Pour des végétaux nés sur un plus froid rivage? Ces perfides protecteurs,

Corrompant leur atmosphère,

(Couvrent leurs protégés de gomme mortifère (7). Pari ont croissent les iohs , parasites rongeurs (8).

Mille germes voyageurs (9),

Pour nuire aux étrangers, naissent en abondance. Sur le sol retourné prrllulent les drageons.

Même on y voit des chardons.

Des chardons venus de France,

Kt sans peine acclimatés.

SENEGALAISES. ‘237

Ces renégats au mal sont le plus entêtés.

Cependant les trésors d’Aniéricpie et d’Asie (lo). Transportés tout à coup sur le sol africain, Adoptent, sans regret, leur nouvelle patrie.

Le secours éclairé d’une habile industrie.

Contre la ligue ennemie ,

Ne les défend pas en vain.

Déjà fleurit, mûrit l’ananas, la banane;

Déjà le café, la canne Obtiennent un plein succès.

L’oranger, le manguier, la vigne ont pris naissance; Le figuier, l’olivier, honneur des champs français, Les mûriers de la Chine et ceux de la Provence, Au Sénégal surpris apportent leurs bienfaits,

« Végétaux Sénégalais,

Dirent alors un jour les Plantes Exoticpies,

Nés sous les memes cieiix, habitans des tropiques, Que ne vivons-nous en paix?

Dans ce pays désert cédez-nous quelques places; Fraternisons pour toujours.

FABLES

-La greffe j3eut confondre et marier nos races;

Et bientôt les zéphyrs, messagers des amours, Echangeant dans les airs nos poudres fécondantes(i Nous donnerons naissance à de nouvelles plantes. Assurons à ce sol, dédaigné trop long-temps.

Des fruits délicieux, des destins éclatans,

La richesse et l’abondance (12). »

Servez votre pays, servez l’humanité.

Les préjugés et l’ignorance Vont crier à la nouveauté !

On fera partout résistance.

Mais , d’une ferme volonté ,

Tendez, marchez au but avec persévérance;

Tôt ou tard le succès, par vos soins acheté, Couronnera votre constance.

N’espérez, toutefois, nulle reconnaissance;

Bien fou qui s’en serait flatté.

SENEGALAISES.

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