‹ FablesChapitre 2 sur 102 · FABLE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

FABLE PREMIÈRE

Une plume , en ouvrant le bec,

Disait d’un petit ton tout sec :

A cette circonstance,

La petite vertu prêtait son importance.

Oses-tu bien , crayon , qui sors de ton étui , Avec moi jouter aujourd’hui;

Mais apprends donc, téméraire,

Qu’on n’efface jamais moi, ce que je sais faire; Et la gomme élastique ira, dans un instant, Mettre ton ouvrage au néant.

Le crayon répond en sage:

Loin d’être mon malheur, voila mon avantage; Tout en irait peut-être mieux.

Si je pouvais effacer pour nous deux.

Y penses-tu; tu me défies, J’efface les erreurs, et tu les déifies. Lors tout de bon elle y songea.

Puis dans sa barbe elle jugea, Souvent plus funeste qu’utile, Son caractère indélébile.

J’en sais plus d’un qui voudrait Effacer tout ce qu’il a fait.

Page 1