FABLE PREMIÈRE
Une plume , en ouvrant le bec,
Disait d’un petit ton tout sec :
A cette circonstance,
La petite vertu prêtait son importance.
Oses-tu bien , crayon , qui sors de ton étui , Avec moi jouter aujourd’hui;
Mais apprends donc, téméraire,
Qu’on n’efface jamais moi, ce que je sais faire; Et la gomme élastique ira, dans un instant, Mettre ton ouvrage au néant.
Le crayon répond en sage:
Loin d’être mon malheur, voila mon avantage; Tout en irait peut-être mieux.
Si je pouvais effacer pour nous deux.
Y penses-tu; tu me défies, J’efface les erreurs, et tu les déifies. Lors tout de bon elle y songea.
Puis dans sa barbe elle jugea, Souvent plus funeste qu’utile, Son caractère indélébile.
J’en sais plus d’un qui voudrait Effacer tout ce qu’il a fait.