‹ Fabliaux ou contesChapitre 10 sur 29 · PAR HUGUES DE TABARIE · texte numérisé non relu

PAR HUGUES DE TABARIE

Il est utile d'écouter un homme sage ; on gagne toujours à l'entendre. C'est ce que vous prouvera l'histoire que je vais rimer, et qui arriva en terre païenne'' à un Sarrasin loyal, à ce Saladin, roi puissant et guerrier si redoutable \ Long-temps il fit couler le sang chrétien et affligea notre sainte religion. Lassés enfin de leurs maux, nos pieux guerriers se réunirent contre lui. De toutes parts on les vit accourir pour le combattre; et si le courage donnoit la victoire, ils l'eussent obtenue sans doute : mais le ciel, qui seul peut l'accorder, la leur refusa, et presque tous dans ce grand jour perdirent ou la liberté ou la vie.

Parmi les prisonniers se trouvoit le brave prince Hugues de Tabarie, seigneur de Galilée^ Il fut conduit au vainqueur, qui, plein d'estime pour son nom déjà célèbi-e, le salua avec amitié,

se félicitant de tenir dans ses fers un tel guerrier; mais qui lui annonça fièrement qu'il falloit ou payer une forte rançon, ou se résoudre à perdre la tête. Hugues ayant le choix , vous devinez aisément celui qu'il fit. Il demanda donc quelle seroit cette rançon. Elle fut fixée à cent mille besants ^ : et d'abord il désespéra de l'acquitter, eût-il même vendu jusqu'à sa principauté. c( Tu les fourniras sans la vendre, répartit c( Saladin. Brave chevalier et prince considéré, c( va demander ta liberté aux chrétiens de ces « climats. Il n'est point parmi eux de guerrier c( estimable qui ne s'honore d'y avoh^ contribué. » D'après ce conseil, le soudan permit à Hugues de partir dès le jour même pour en aller recueillir les fruits ; et il n'exigea de lui qu'une seule condition, celle de venir dans deux ans, si la rançon n'étoit pas entière, se remettre entre les mains de son vainqueur. Tabarie s'y engagea par serment; et , après avoir remercié Saladin , il se disposoit à sortir, quand celui-ci, l'arrêtant par la main, le conduisit dans un appartement retiré, et là le questionnant sur cette chevalerie dont il avoit si souvent entendu parler, il le pria , par la foi qu'il devoit au Dieu de sa religion, de lui apprendre quelle étoit cette dignité, et de la lui conférer avant son départ de sa propre main ^. Hugues, qui eût craint de profaner le saint ordre I 14

2IO LORDFxE DE CHEVALERIE,

s'il Tavoit prostitué à un infidèle, s'en défendit d'abord et s'excusa : mais le soudan irrité lui faisant remarquer dans quels lieux il osoit braver le maître de son sort, Tabarie devenu docile commença à-la-fois et la cérémonie et l'enseignement.

D'abord il fit laver le visage , raser la barbe ^ et couper les cheveux du soudan ; et pendant ce temps il ordonna qu'on lui préparât un bain.

Interrogé pourquoi ces préliminaires, il répondit qu'ils annonçoient , ainsi que le bain , symbole du premier baptême, la pureté de l'âme sans laquelle un chevalier doit craindre de se présenter ; et cette première explication saisit le Sarrasin de respect pour une institution si sainte. Le lit dans lequel on le coucha au sortir du bain étoit, lui dit Hugues, l'emblème de ce paradis que Dieu destine k la récompense d'une vie pure et au repos d'un bras employé pour secourir les foibles et les opprimés ^ La chemise qu'on lui fit prendre ensuite ^ devoit le faire ressouvenir de tenir son corps net et pur comme elle ; et la robe écarlate qu'il mit par-dessus lui rappeler sans cesse qu'un vrai chevalier doit toujours être prêt à répandre son sang pour son Dieu et pour sa foi.'""

Il restoit une dernière cérémonie '* : c'étoit la colée^^'y mais comme il falloit frapper le monarque, Hugues le pria de ne la point exiger. Il y

L'ORDRE DE CHEVALERIE. 21 r

substitua quatre points d'instruction bien iniportants , recommandant au Sarrasin de ne jamais parler contre la vérité, et de haïr les menteins au point de fuir Fair qu'ils respireroient; d'entendre chaque jour la messe et d'y faire une offrande ; de jeûner tous les vendredis à l'honneur de la Passion , ou d'y suppléer par quelque œuvre pie; enfin, de voler au secours des dames toutes les fois qu'elles auroient besoin de sou bras '^ ; car quiconque , ajouta-t-il , prétend à l'honneur et à l'estime doit se dévouer tout entier à elles , et ne redouter, pour les servir, ni dangers ni fatigues.

Ces leçons sublimes enthousiasmoient Saladin. Pour témoigner à Hugues l'étendue de sa reconnoissance, il lui accorda "' en présent la liberté de dix chevaliers, à choisir parmi ceux des siens qui avoient été pris dans le combat. Le prince le remercia; mais, enhardi parla bonté du soudan , et toujours occupé de sa rançon : « Sire, c< dit-il, vous m'ordonniez, il n'y a qu'un instant, c( de solliciter le prix de ma liberté, et vous me « flattiez que je ne trouverois point dans ces (( contrées de guerrier estimable qui ne se fît un (c honneur d'y contribuer. Je m'adresse à celui « que j'estime le plus; et c'est vous-même, sire, (c que je prie de me prêter ce que je dois au graud a Saladin. Tu ne te seras pas confié vainement en

« moi, répondit le Soudan, je t'en assure la moi- « tié. Peut-être même, avant la fin du jour, te (( ferai-je obtenir l'autre : suis-moi. »

Alors il passa dans une pièce voisine où l'attendoient, confondus en foule, cinquante amiraux '^ Il leur présenta Tabarie; et lui-même voulut bien les solliciter en sa faveur, et les prier de contribuera la liberté d'un grand prince. Tous à l'instant, chacun selon sa puissance, s'engagèrent àl'envi pour une certaine somme. Malgré leur zèle cependant, ils ne purent la former en entier, et il manquoit encore treize mille besants, quand Saladin , déployant cette grande âme , l'âme d'un héros, déclara qu'il vouloit seul les fournir. Il les fit en effet apporter à l'instant, mais ce fut pour les donner à Hugues. Ce n'est pas tout : non content de confirmer le don qu'il lui avoit fait delà liberté de dix chevaliers, il lui accorda encore à lui-même, avec ces deux présents, la liberté sans rançon.

Rien n'auroit manqué au bonheur de Tabarie, s'il eut été libre de racheter avec cet or ceux des chrétiens qui restoient dans les fers des infidèles. Mais le soudan avoit juré par Mahomet qu'il ne recevroit plus aucune rançon ; Hugues n'osa donc insister, et il accepta malgré lui les bienfaits de son vainqueur. Enfin, après huit jours passés dans les plaisirs et dans les fêtes, il

demanda un sauf-conduit. On lui fournit une escorte de cinquante hommes, avec laquelle lui et ses dix compagnons d'infortune arrivèrent heureusement en Galilée; et ce fut là qu'il distribua généreusement à son tour ce qu'on lui avoit donné avec tant de magnificence.

Messieurs, ce fabliau est fait pour plaire aux braves gens. Quant aux autres, c'est perdre son temps que le leur réciter; car ils n'y comprendront rien. J'en connois beaucoup de cette espèce qui seroient enchantés d'imiter le prince Hugues, c'est-à-dire de recevoir des besants comme lui, et qui, quand je leur ai raconté l'usage qu'il sut en faire, m'ont regardé comme un radoteur, comme un homme du bon vieux temps.

L'auteur finit par de grands éloges des chevaliers, qu'on doit , selon lui , chérir et respecter, parce qu'ils défendent l'état , l'Eglise et les propriétés particulières. Il demande ce qu'on deviendroit sans eux contre les Sarrasins, les Albigeois et les autres mécréants. C'est, dit-il, pour défendre

NOS saints mystères contre ces impies , ET LES EMPECHER d'insulter au CULTE DU FiLS DE MaRIE , QUE LES CHEVALIERS ONT DROIT d'entrer AVEC TOUTES LEURS ARMES DANS l'ÉGLISE ; ET SI quelqu'un OSOIT MANQUER DE RESPECT AU SACREMENT, ILS ONT LE POUVOIR DE LE TUER.^^

Se trouve en abrégé dans les CentoNovclle antlche y nov. li, et en entier dans le recueil de Barbazan, tome i^"^, page ôg.

2i4 L'ORDRE DE CHEVALERIE.

NOTES

(i) Ce petit poème qu'ont cité Fauchet, Diichesne, Chifflet , Du Gange , etc. , a été imprimé par Barbazan , et avant lui par M. Msinn( Histoire de Saladin) , d'après une des copies manuscrites de M. de Sainte-Palaye (car j'en ai trouvé trois dans ses recueils, et toutes trois ayant entre elles des différences ). Du Cange ( Glossaire et notes sur Ville hardoiiin ) en cite une version en prose qui , comme l'annonce le langage, paroît être d'un temps postérieur. J'ai rencontré aussi dans les manuscrits de la Bibliothèque du roi un autre Ordre de Chevalerie , en prose, postérieur encore à la version précédente, mais tout-à-fait différent, et qui n'est qu'une instruction en six chapitres, sur les devoirs, les vertus et la dignité de chevalier.

('2. Qui arriva en terre païenne à Saladin.) Ce trait n'est pas le seul qu'on rencontrera de l'ignorance profonde des fabliers sur les mœurs étrangères , et cette ignorance étoit générale. Sarrasins , païens , tout cela se confondoit dans les têtes. On appeloit également ainsi tout ce qui n'étoit pas chrétien. Dans le roman de Charlemagne, les Saxons sont représentés comme Sarrasins. Les Sarrasins, d'un autre côté , chez tous les romanciers (jue j'ai vus , sont regardés comme païens, adorant Mahomet , Tervagant, Apollon et plusieurs autres dieux. Mais ce qui est plaisant , c'est que , dans quelques romans , ces prétendus païens ont des cardi-^ naux qui disent la messe.

(3. A un Sarrasin loyal , a ce Saladin , roi puissant et guerrier si redoutable.) l'ow^ ceux qui ont lu l'histoire des croisades connoissent ce Salehaddin, qui, après avoir été au service des soudans d'Egyj)te , usurpa leur tronc, devint un conquérant célèbre, se fit pardonner ces deux crimes [)ai

ses vertus, et obtint le nom de grand (|iie la postérité lui a conservé. Les éloges qu'en fait ici le poète dans son fabliau , malgré l'horreur que la religion et les préjugés de son siècle dévoient lui inspirer pour le plus redoutable ennemi qu'aient eu en Asie les croisés, est une des plus fortes preuves de l'estime que ce héros méritoit et qu'il avoit su inspirer aux chrétiens.

(4. Hugues (le Taharle , seigneur de Gallice.) Hugues, châtelain de Saint-Omon-, fut un des seigneurs francois qui suivirent Godefroi de Bouillon à la première croisade. Dans le partage qu'on fit du royaume de Jérusalem , après sa conquête, vers 1102, Hugues eut pour récompense de ses services la seigneurie de Galilée et la principauté de Tlbérlade, d'où il fut appelé par corruption Tabcuic. Ce\m dont il s'agit dans le fabliau fut fait prisonnier en 1179. On voit encore dans Villehardouin un Raoul et un Hugues de ce nom, descendants des premiers, venir de la Terre-Sainte il Constantinople , quand les croisés, en 1204 , sous la conduite de Baudouin , comte de Flandre , et du marquis de Montferrat, s'en emparèrent.

(5. Cent mUle besants. ) Sorte de monnoie d'or des empereurs de Constantinople, pesant environ une drachme, et qui avoit , dit-on , pris son nom de Byzance où elle étoit frappée. D'Herbelot [Bibliothèque orientale) en dérive l'étymologie de l'arabe beizat zer (œuf d'or) et prétend que les Sarrasins appeloient ainsi une monnoie de Perse, qui avoit la forme d'un œuf, et à laquelle ils donnèrent cours dans l'Asie. Saint Louis étant à Acre offrit un cierge avec ung besant. .... dont chacun s'émerveilla ; car jamais on ne lui avoit veu offrir nuls deniers que de sa monnoie. (Joinville , page 89). Il sera souvent fait mention de besants dans les fabliaux; on verra même dans le conte des Trois Aveugles (ju'ils a\()ieut cours eu Frnuce, soit que les croisades et le

2i6 L'ORDRE DE CHEVALERIE.

commerce d'orient les y eussent répandus, soit, comme le prétend Le Blanc, que ce fût un nom général que le peuple donnoit à toutes les monnoies d'or. Nos rois pendant longtemps furent dans l'usage d'offrir à la messe, le jour de leur sacre , treize pièces d'or qu'on nommoit Byzantines, Cette coutume s'observa encore par Henri II.

Joinville, qui assista au paiement de la rançon de saint Louis , dit qu'elle fut , avec celle des autres prisonniers , de huit cent mille besants , lesquels valoient , dit-il , quatre cent mille livres. Chaque besant valoit donc dix sous; mais ces sous n'étoient pas la même chose que les nôtres, comme Barbazan l'a écrit. Du temps de la captivité de saint Louis , on en tailloit cinquante-huit dans un marc d'argent, qui vaut aujourd'hui cinquante-deux livres tournois. Ainsi la rançon fut de 1 37,931 marcs i gros 24 grains (Le Blanc , Tracté des monnoies). A l'avènement de ce prince au trône , on tailloit dans le marc cinquante-deux ou cinquante-quatre sous. A l'époque des conquêtes de Saladin , on en tailloit moins encore , quoiqu'on n'en sache pas bien certainement le nombre. Le besant d'alors valoit donc plus d'une pistole de notre monnoie , et la rançon de Tabarie plus d'un de nos millions.

Il est dit plus bas dans l'original du fabliau que ces besants (itoïentôiormiery c'est-à-dire d'or pur et sans alliage, aiirain rncriim y ce qui rendroit aujourd'hui cette évaluation encore plus considérable.

(6. Le pria de lai conférer cette dignité. ) Il est certain que, soit par estime pour la chevalerie, soit pour se rendre plus respectable à des ennemis qui au-delà de cet honneur militaire ne voy oient rien d'estimable, plusieurs généraux sarrasins se sont fait armer chevaliers par des généraux chrétiens. Facardin, cet émir qu'eut à combattre en Egypte saint Louis, l'étoit des mains de l'empereur Frédéric (Choi-

si , Vie de saint Z.o«/a , page i5i }. On Ik aussi que, pendant la captivité de notre saint roi, un des chels musulmans entra dans sa tente, en lui criant, le safcre levé : « Fais-mOi « chevalier, ou je te tue , w et que le pieux monarque, d'un air intrépide, lui répondit: « Fais-toi chrétien, et je te ferai « chevalier » [Du O., tome v, page 404). Saladin lui-même, si Ton s'en rapporte sur ce fait à nos historiens ( car on prétend que les historiens orientaux n'en parlent pas), se fit conférer la chevalerie, non par les mains de Tabarie, il est vrai, mais par celles d'un Humfroi de Toron (Gesta Dci per Francos) , qu'il fit prisonnier à la bataille de Tibériade. Ainsi , la fiction du fabliau , qui ne paroît être qu'un cadre ingénieux poui* amener l'éloge et les détails de cette cérémonie, est réellement fondée sur un fait véritable.

Chevalier, dans l'origine, signifioit tout noble titré qui devoit service de cheval pour un bénéfice militaire. On étoit chevalier par son fief, et c'est à ce titre qu'on voit des femmes chevalcresses , quand ce fief étoit de nature à être possédé par une femme ; comme on voit des femmes présider aux plaids , et tenir les assises en qualité de comtesses et de vicomtesses [Histoire de' Languedoc , tome 11). Mais ce n'est pas de cette chevalerie qu'il s'agit ici et dans le cours de cet ouvrage; c'est de cette dignité guerrière, inventée en France dans le onzième siècle, d'après quelques-uns de nos anciens usages militaires , adoptée par toute l'Europe , que les rois eux-mêmes se faisoient honneur de porter et comptoient parmi leurs titres ; enfin qui donnoit certains privilèges, faisoit porter certaines armes, et se conféroit avec certaines cérémonies, dont les principales étoient de f rapper le récipiendiaire , de lui ceindre le baudrier avec l'épée et de lui chausser les éperons.

Aujourd'hui encore les mahométans mongols ont une sorte «Je chevalerie. Les bahaders sont dans VJnde ce qu étoient en

Europe les chevaliers , dit un auteur moderne. X^hez les Mogols y après une bataille , un grand souverain ou un gèneinl fait hahader un officier qui se sera distingué. Il n*y a point de réception. Le général loue seulement V officier de ses actions , et, dans son discours , il le nomme toujours hahader. Cette qualité lui est donnée ensuite indistinctement par tout le monde. Un hahader a de grands privilèges : il peut aller partout^ armé de pied en cap-, il peut faire porter devant lui une masse d'armes dorée , et paroitre ainsi devant tous les souverains. Lorsqu'un hahader arrive-dans une cour, il fait demander une audience y qui lui est toujours accordée. Il se pré^ sente le casque en tête , et chargé d'armes offensives et défensives de toute espèce. Le souverain , en le voyant entrer, se lève , lui donne l'accolade en l'embrassant des deux côtés , et se sert y en lui parlant^ du terme amaré-bay, qui signifie mon frère , parce que tous les souverains s'honorent de la qualité de Bahader. [Histoire d'Ajder-Ali-Kan, page 49- )

La chevalerie est appelée ici le Saint- Ordre. Hims le titre Avi fabliau, elle est nommée TOr^^re, par assimilation à la prêtrise, et ce nom lui est donné dans une infinité de livres. Car, nonseulement on avoit cherché à sanctifier cette institution , dont le but et Torigine étoient , comme je l'ai dit, infiniment respectables ; mais , par un abus incroyable de la religion , et que la religion avoit même consacré , il sembloit qu'on eût voulu y réunir et y cumuler en quelque sorte tous les sacrements ensemble. C'étoit un parrain , des habits blancs et un bain comme dans le baptême ; un soufflet comme dans la confirmation ; des onctions comme dans le dernier des sacrements. Il falloit se confesser et communier. Les cheveux du chevalier étoient tondus sur le front pour imiter la tonsure, et coupés en rond comme ceux des ecclésiastiques. H jouissoit des mêmes privilèges queux, et comme eux se rendoit coupable de simonie , s'il achetoit ou vendoit la

rUevalorie. Enfin , on croyoit de bonn(3 foi qu'elle iniprinioit, ainsi que l'ordre, un caractère ineffaçable ; et c'est d'après cette persuasion que , quand un chevalier avoit commis quelque grand crime, on le dégradoit comme le prêtre sacrilège , et avec des cérémonies effrayantes.

J'ai déjà parlé de la vénération et du respect sans bornes qu'on portoit à la chevalerie , et des honneurs que recevoient partout ceux qui en étoient revêtus. Lorsqu'on leur parloit , ou même lorsqu'on parloit d'eux, tout le monde, jusqu'aux rois et aux reines mêmes , leur donnoit le titre de nicssirc ou de monseigneur. Ils mangeoient à la table des souverains, honneur dont étoient privés les lils et les frères du prince, quand ils n'étoient pas chevaliers. Enfin la chevalerie leur donnoit des distinctions et des prérogatives, dont {plusieurs aujourd'hui sont refusées, même à nos princes du sang. Selon un de nos poètes , la dignité de chex^alier est si éminente , que chacun d'eux devroit porter une couronne. Les prêtres y ajoute l'auteur, sont destinés à prier; mais les chevaliers doivent jouir de toutes leurs aises et goûter tous les plaisirs , tandis que le laboureur doit travailler pour les entretenir dans V abondance , et pour les nourrir^ eux , leurs chevaux et leurs chiens.

Tant d'égards au reste , tant de droits et d'honneurs n'avoient pas été prodigués aveuglément. Si l'on accordoit beaucoup à la chevalerie , en retour aussi l'on exigeoit beaucoup d'elle, et des devoirs très rigoureux lui étoient imposés. Ces devoirs étoient tels , qu'un de nos romanciers ( Roman de Lancelot) les faisant expliquer à son héros, celui-ci demande s'il faut donc, pour obtenir la chevalerie, être différent des autres hommes. « Non, lui répond- on ; <i mais il faut des qualités et des vertus que n'ont pas ordi- ■t nairement les humains ; et il en faut tant, que leui' dénoni- « breUKMit , si je l'entiepicnois , suffiroit seul poui* vous

« effrayer. Ce n'est pas sans dessein que fut établie cette « dignité. Les premiers qui la possédèrent n'étoient que des « hommes ordinaires; car primitivement nous avons tous « une même origine. Mais il fut un temps où, tous les vices « s'étant répandus sur la terre , la force opprima tout et vou- « lut commander. Les foibles alors recoururent au fort , au « brave , au vertueux , et il se fit leur défenseur. Telle fut « Forigine de la chevalerie : aussi la conférer à quelqu'un , « c'est lui imposer le plus grand des fardeaux , c'est lui dire : « Sois juste , compatissant , intrépide ; sois toujours prêt à « secourir le malheureux ; et désormais ne crains plus ni « les dangers ni la mort. »

Non-seulement c'est à la France qu'est due la chevalerie, mais , pendant plusieurs siècles encore , les chevaliers francois furent les plus renommés de toute l'Europe. Ce furent eux qui , à la bataille de Bouvines , défirent l'armée de l'empereur, deux fois plus nombreuse que l'armée françoise. Sous Louis VIII , sous saint Louis , ils battirent toujours les Anglois. Dans les croisades , malgré tous les désastres qu'enfantèrent ces guerres fanatiques, ils soutinrent constamment leur renommée ; et cette renommée étoit telle que plusieurs fois des princes étrangers n'employèrent qu'eux, quand ils voulurent soutenir, les armes à la main, certaines prétentions. C'est ce que fit le duc de Brabant dans la querelle qu'il eut avec le duc de Luxembourg , au sujet du duché de Limbourg. Les deux princes étant convenus de vider ce procès par un combat particulier de quinze cents chevaliers, le premier composa, en grande partie,, sa troupe de chevaliers françois, et ce fut à eux qu'il dut sa victoire. [Monum. de la Mon, franc.)

Les fatales journées de Poitiers, de Créci, d'Azincourt , obscurcirent cette gloire , le fruit de plusieurs siècles. Cependant le ressouvenir de tant de prouesses en imposa long-

temps encore. C'est ce que nous apprend Brantôme, en parlant des lieux d'Italie où les François avoient livré de grandes batailles. Hélas! dit -il , j'ay çea ces lieux-là , et c' estait sur le

tard , a soleil couchant , que les ombres et les mânes commencent h se paroistre comme fantosmes plus tost qu^aux autres heures du jour y où il me sembloit que ces âmes généreuses de nos braises François là morts s'eslevoient sur la terre , et me parlaient, et quasi me respondoient sur mes plaintes que je leur faisois de leur combat et de leur mort,..,. C estaient ces braves François lesquelz les Espagnolz et Napolitains ayant à combattre y et appréhendant leur vaillance , faisaient difficulté de

les attaquer Le conte de Mantelon , pour les assurer, leur

dit: « Ah ! compagnons , ne pensez pas que ces François que « voyez là soyent ces François que les histoires anciennes ou fables « (c'estoient pourtant veritezj nous ont représentez par ces « braves paladins et braves chevaliers errans qui fendoient et « fondaient tout ce qui se présentait devant eux. Non , ce ne « sont ceux là ; ains ce ne sont autres gens de guerre comme « nous: allons à eux. » Ce petit mot d'harangue les assura. (OEuvres de Brantôme, 1822 , tome i, page 77.)

(7. Il fit raser la barbe du soudan.)hes Sarrasins portoient de longues barbes , et on se rasoit en France sous saint Louis.

Dans V Ordre de Chevalerie en prose, Hugues fait seulement peigner la barbe du Soudan sans la lui faire raser. C'est qu'on la portoit alors. La mode du siècle avoit changé.

(8. Récompense d'un bras employé à secourir les faibles et les opprimés,) Ceux qui étoient reçus chevaliers juroient sur l'Évangile , à la lin de la messe , de vivre et de mourir dans la religion chrétienne , de défendre l'Eglise au prix de leur sang , de servir fidèlement leur prince et de protéger les veuves , les orphelins et les dames qui auroient besoin de leur secours.

(9. La chemise qu'an lui fit prendre ensuite...-) Lo poète

222 KORDRE DE CHEVALERIE.

ne fait prendre une chemise à Saladiii qu'au sortir du lit, parce qu'alors l'usage étoit de coucher sans chemise. De là cette expression coucher nu à nue , si commune dans nos ^fabliaux, dans les poètes et chansonniers du temps; de là ces ordonnances de nos rois et ces lois de nos anciens coutumiers, qui déclarent convaincus d'adultère la femme mariée et l'homme , qu'on aura seulement surpris nus dans une même chambre ; de là ces peines sévères qu'on infligeoit en justice à celui qui avoit fait le sac à une fille (c'est-à-dire qui par jeu l'avoit enveloppée dans les draps de son lit comme dans un sac), parce qu'en l'état de nudité où pour cette impudente plaisanterie il falloit avoir vu la fille , le coupable avoit pu la déshonorer; de là enfin cet usage des anciens moines, qui couchoient dans une chambre commune, de dormir vêtus. Dans le roman de Gérard de Nevers , une vieille qui aide une demoiselle à se coucher ne peut revenir de son étonnement de la voir entrer au lit en chemise. Dans celui de la Charrette, Lancelot, logé chez une dame qui est devenue amoureuse de lui, se voit forcé le soir de coucher avec elle, parce qu'elle prétend n'avoir point d'autre lit à lui donner. Mais voulant garder fidélité à sa maîtresse, il se couche avec sa chemise, ce qui étoit assez déclarer ses intentions : aussi le laisse-t-on dormir. L'histoire elle-même atteste ces usages , confirmés par tous nos romans. La Chronique de Normandie, parlant du duc Robert et de cette fille de Falaise dont il devint amoureux, et qui fut mère du célèbre Guillaume-le-Bâtard, dit qu'elle? fut menée et convoyée jusques au lit du duc , et là fut laissiéc en la chambre fermée ', demoura seulle avec le duc qui couchié estoit , lequel fist despouiller la pue elle pour couchier avec lui ; et quand elle fut despouillié de sa rohhc , elle entra dedans le lit avec sa chemise. Et comme le duc lyoult venir à elle et s<>) (ipprochier ^ elle print sa chemise par-dessus et s' abandon n a

au duc. Le chroniqueur ajoute que le matin , quand elle se leva pour sortir du lit, prùit ses petits draps (ses habits de moyenne valeur), et sa chemise (Rec. des histor, de Fr., tome XI, page 325). M. de Sainte-Palaye m'a assuré plusieurs fois avoir lu jadis un manuscrit contenant l'histoire du divorce de Louis XII avec Jeanne de France^ dans laquelle la principale preuve qu'alléguoit le monarque pour prouver qu'il n'avoit pas consommé le mariage étoit celleci , qu'il n'avoit pas couché nu à nue avec la princesse. J'ai fait des recherches pour vérifier cette singulière anecdote , et je n'ai pu y parvenir ; mais si elle n'est pas vraie , tout ce qu'on vient de lire prouvé au moins qu'elle est vraisemblable. Dans les miniatures de nos manuscrits , les gens qui sont au lit sont toujours représentés nus; et il n'y a pas fort long-temps que cet usage, de mode encore dans les pays chauds , a cessé en France.

La nuit passée, en mon lit je songeoye

Qu'entre mes bras vous tenois nue à nu. (C/. Marot.)

Les Contes d'Eutrapel (imprimés en iSSy), parlant de promesses ridicules et difficiles à tenir, dit qu'elles ressemblent à celle d'une mariée qui entreroit au lit en chemise. L'auteur des Escralnes dijonnoises (année 1620) fait mention d'un usage indécent, qui suppose encore celui dont il s'agit ici, et qui, de son temps, subsistoit à Dijon. Les amoureux dans cette ville attendoientle jour des Innocents pour donner les étrennes à leurs maîtresses ; mais afin de faire en quelque sorte gagner à celles-ci leurs étrennes ils alloient le matin les surprendre au lit , et leur donner quelques claques:, estimant h grand contentement voir le cul des pam>res fdlcs. Cette espèce de fête qui, comme mille autres du même genre, doit faire époque chez ceux qui prônent et regrettent \Qhon vieux temps , s'appeloit, dit l'auteur, \^ fête des culs.

(lo. La robe écarlate devait lui rappeler qu'un vrai chevalier,...) Je supprime ici les détails de toutes les autres parties de l'armure et de l'habillement , des chausses brunes , de la coiffe blanche, de la ceinture, de l'épée, des éperons, etc. Hugues explique tout cela allégoriquement; et l'on doit pardonner ces explications forcées au goût pour les allégories qu'avoient répandu les théologiens.

(il. Il restait une dernière cérémonie.) L'auteur ne parle ni de la veille d'armes dans une église, ni de la confession par laquelle on devoit se préparer à la cérémotiie, ni de la communion qu'on recevôit le jour même ; et cela sans doute parce qu'il instruit un prince infidèle. On va voir cependant qu'il lui recommandera de jeûner le vendredi à l'honneur de la Passion et d'entendre tous les jours la messe.

(i2. Cétoit la colée.) On donnoit effectivement un petit soufflet au chevalier, comme pour lui annoncer que c'étoit là le dernier outrage qu'il devoit recevoir. A ce soufflet , qu'on nomma colée, du latin colaphus , on substitua , par différents égards sans doute, trois coups de plats d'épée sur les épaules ou sur le col. On embrassoit ensuite le chevalier, ce qui fit nommer cette cérémonie accolade. L'accolade étoit la seule réception qu'on employât dans les occasions pressantes où les autres étoient impraticables, par exemple , quand on conféroit la chevalerie sur un champ de bataille.

(i3. Il y substitua quatre points d'instruction bien impor^ ^<2/zf.y.) Ne point mentir et secourir les dames, entendre la messe et jeûner : ceci ne donne pas une grande idée de la morale d'un siècle, qui réduisoit à ces quatre préceptes son code de probité et sa religion. Les miracles , les légendes en vers , les contes dévots que j'ai lus (et j'en ai lu beaucoup) , font consister de même la perfection chrétienne dans le jeûne, la messe et les mortifications corporelles. Quelquefois cependant, mais rarement encore, ils ajoutent l'aumône.

L'ORDRE DE CHEVALERIE. si9.5

On otoit dévot de bonne foi; mais celte dévotion ne consistoit guère que dans des jDratiques extérieures. Superstitieuse , inconséquente et peu éclairée , elle s'allioit avec la conduite la plus irrégulière, et souvent avec la vie la plus criminelle. Ainsi, par exemple, avant d'entrer au tournoi on cntendoit la messe ; avant d'y combattre on faisoit le signe de la croix : et les tournois avoient été défendus par les papes et par les conciles, sous peine d'excommunication. Dans les duels judiciaires , où de propos délibéré on alloit exposer sa vie. Ton commençoit de même par se confesser; on juroit sur les reliques, souvent même on communioit. J'ai déjà dit ci-dessus que chez nos romanciers le héros couche ordinairement les nuits avec sa maîtresse, mais que le lendemain l'auteur le fait aller à la messe fort dévodeusement. Cette sorte de religion bizarre a , pendant long-temps , fait une partie des mœurs. Il convint aller ou jr messe : laquelle chantée, eussiez vu les jeunes gentilshommes prendre les dames par-dessous les bras , et icelles mener, parlant d'amours et autres joyeulx devis. ( Vie du chev. Boyard, par Expilli , page /,9.)

Quant à la morale, comme on n'avoit que celle qui étoit prêchée par les prêtres, elle n'étoit guère plus pure ou plus éclairée que la religion. Pour en juger, il suffira de rapporter quelques-unes des questions que se propose à résoudre l'auteur de \ Arbre des batailles.

Un chevalier qui meurt dans une bataille est-il sauvé ?

Les gens d'église doivent-ils payer des impositions, pour aider le prince à faire la guerre ?

Un fils doit-il défendre son père plutôt que son évêquc?

Quelles sont les personnes qui sont tenues à défendre les autres?

Un serf peut-il se défendre contre son seigneur, quand celui-ci veut le tuer?

Un roi chrétien peut-il donner un sauf-conduit à un roi sarrasin ?

(14. // lu>î accorda en présent la liberté de dix chevaliers.) C'étoit la coutume que le nouveau chevalier signalât par des libéralités ce jour de gloire; et ces dépenses, consacrées par l'usage , étoien t même si considérables , qu e les seigneurs , quand leur fils aîné recevoit la chevalerie, s'arrogèrent le droit de lever une taille particulière sur leurs vassaux , ainsi que quand ils étoient eux-mêmes prisonniers, ou lorsqu'ils marioient leur fille aînée. C'est ce qu'on nommoit les trois cas des loyaux aides. Dans la suite ils en ajoutèrent une douzaine d'autres, qui furent aussi loyaux que les premiers, et qu'on nomma gracieux , pour les distinguer de ceux-ci.

(i5. Cinquante amiraux.) Les Arabes donnoient le nom d'émir ou amir, c'est-à-dire seigneur, à ceux qui dans la nation possédoient de grandes places; aux premiers magistrats , aux vice-rois , aux commandants des armées ou des flottes, aux gouverneurs des villes ou des provinces; et c'est ce qu'il signifie dans le conte. Chez les empereurs grecs qui adoptèrent ce nom , chez les Siciliens et les Génois , les deux premières nations commerçantes de l'occident qui en firent un titre, il s'employa pour désigner particulièrement le chef des armées navales. C'est la dénomination qu'il eut aussi en France , lorsqu'en 1270 on y créa la dignité d'amiral : mais il paroît que ce mot y conserva plus ou moins long-temps un sens plus étendu ; car on voit qu'il y a eu des amiraux qui ont servi sur terre et des officiers de terre qui ont porté le titre d'amiral.

Il est assez surprenant que le président Hénault, qui donne la liste des principaux magistrats du parlement , des savants et des prétendus illustres de chaque siècle , ne dorme pas le nom d'un seul amiral.

(16. Si quelqu'un osoit manquer de respect au sacrement ,

L'ORDRE DE CHEVALERIE. ^'i-j

ils ont le pouvoir de le tuer.) Telle étoit l'opinion du temps qu'on pouvoit , qu'on devoit même exterminer les mécréants. De là les croisades contre les Sarrasins d'Espagne, contre les païens d'Allemagne et contre les Albigeois ; de là les bûchers et l'inquisition , et le massacre des Mahométans dans Jérusalem quand les croisés prirent cette ville , et celui des prisonniers de cette nation que firent mourir les papes Léon IV, Jean VU et Benoît VIII , etc. , etc. Saint Louis , racontant à Joinville l'histoire d'un vieux chevalier impotent qui avoit terminé une dispute sur la religion en renversant d'un coup de sa béquille le juif disputant, ajoutoit : Homme /«/ (laïque), quand il entend médire de la loi chrétienne , ne doit la défendre que de Vépée ; de quoi il doit donner parmi le ventre dedans , tant comme elle j peut entrer. ( Vie de saint Louis y par Join. Edit. du Louvre , page 12}. Dans ses Etablissements il condamne au feu tout hérétique [ÉtahL de saint Louis , chapitre 83) , et cependant quelle âme fut plus douce, plus compatissante, plus charitable que celle de ce bon roi î Les historiens se donnent bien de la peine pour motiver sa malheureuse expédition de Tunis; et peut-être ce qu'on vient de lire en est-il la clef. On n'avoit pas à cette seconde croisade le prétexte de la délivrance des saints lieux ; mais les esprits étoient mal éclairés , et l'on croyoit honorer Dieu en massacrant ses ennemis. Le derviche mahométan qui poignarde un chrétien qu'il rencontre ne voit de même dans son assassinat qu'un ennemi de moins pour sa religion.

Aux yeux des ecclésiastiques , l'hétérodoxie devoit être le plus grand des crimes , puisque c'étoit celui qui affoiblissoit leur empire et diminuoit le nombre de leurs sujets. Telle étoit en effet leur doctrine; et, quand on lit l'histoire de ces temps malheureux, on frémit des peines atroces portées contre cewx qui étoient accusés de ce délit. Un hérétique

étoit non-seulement un homme proscrit par les lois religieuses, c'étoit encore un homme déclaré infâme, et ses enfants ne pouvoient hériter de lui. Un concile de Toulouse tenu en 1^29 avoit poussé la rigueur jusqu'à ordonner par un de ses canons que toute maison où auroit habité un hérétique seroit détruite de fond en comble, et la place 011 elle étoit bâtie conûsquèe (Labbe €onc. , tome xi , i""^ partie, page 428). Cet esprit d'intolérance et de persécution, le clergé avoit su l'inspirer aux puissances séculières; et celles-ci, pour affecter une foi pure , sembloient vouloir à l'envi pousser plus loin encore l'amertume de leur zèle. En 1228, saint Louis avoit rendu une ordonnance par laquelle il assuroit une récompense de deux marcs d'argent à ceux qui arrêteroient et conduiroient au bailli du roi un hérétique. Quiconque eût entrepris de défendre ce proscrit ou lui eût donné retraite , étoit , par le règlement , déclaré incapable de tester; il ne pouvoit plus être admis en témoignage ni posséder aucune dignité ; et tous ses biens étoient confisqués , sans aucune espérance pour ses héritiers. Par la suite lorsque le pieux monarque publia ses Etahllssements ^ dans ce nouveau code, il condamna au feu tout hérétique, comme je l'ai dit ci-dessus. Mais ce qu'il faut remarquer, c'est que ce même prince , qui faisoit brûler vif un homme errant dans la foi , étoit celui qui ne condamnoit l'incendiaire qu'à perdre les yeux, et l'assassin, le voleur de grand chemin qu'à être pendus.

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