DE COCAGNE
L'aijtf.ur, dont je suis obligé de ne donner qu'un extrait fort court, après avoir annoncé que s'il n'est pas vieux il n'en est pas moins sage, et que ce n'est pas la barbe qui donne le sens, dit qu'étant allé à Rome pour l'absolution de ses péchés, le pontife l'envoya en pénitence dans une terre étrangère qui a été bénie de Dieu particulièremeirt , et qu'on nomme Pays de Cocagne\ Sur tous les cliemins et dans toutes les rues sont des tables dressées où l'on vient librement s'asseoir, et des boutiques ouvertes où l'on peut prendre sans payer. Là se trouve une rivière de vin et un printemps éternel; partout des concerts, de la musique et des danses; jamais querelle ni guerre, parce que tout y est en commun ; toutes les femmes enfin, belles, ])eu farouches, et si complaisantes, qu'après les avoir choisies à son gré, on peut à son gré les quitter au bout de l'année, les plus longs engagements ne passant point ce terme. Mais ce qu'il y a surtout de mer-
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veilleux, c'est que dans ce beau pays existe la fontaine de Jouvence". Devient-on vieux? on va s'y baigner 5 et l'on en sort n'ayant plus que vingt ans. Il ne tenoit qu'à moi d'en profiter, dit l'auteur, et j'en eus envie. IMais, par pure bonté de cœur, je voulus venir cberclier mes amis pour les y conduire et leur faire part de ma bonne fortune; et à peine fus-je sorti de la contrée qu'il ne me fut j)lus possible de la retrouver. Je me vois donc aujourd'hui réduit aux regrets , et ceci doit vous apprendre que quand on est bien il faut s'y tenir.
Recueil de Barbazan , tome ti, page 175.
NOTES
(t. Une terre ctr an gère , qui a été bénie de Dieu part iciiJiè-' renient, et qaon nomme paya de Cneagne.)\\ n'est personne qui ne sache que ce mot a passé dans la langue: Paris est ))our un riche un pays de CÀ)cagne. BoUcau,
C'est une chose risible de voir dans les dictionnaires toute la peine que se sont donnée les étymologistes pour en chercher l'origine. La clef étoit perdue , et chacun est venu apporter la si(^nne.
A lire la description que llabelais lait du pays de Papimanie , ou croiroit qu'il a connu notre fabliau.
On tiouve, en jG3t , une farce des RouUes-hons-tcmps
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de la haute et basse Cocagne, f Recherches sur le théâtre, par Beauchamps, tome ii, page 32.)
Il y a aussi dans le théâtre de Le Grand une pièce intitulée ; le Roi de Cocagne.
(2. Dans ce beau pays existe la fontaine de Jouvence.) hes romans orientaux ont une île merveilleuse dont le séjour est si délicieux qu'on ne veut plus en sortir, quand une fois on y est entré (D'Herbelot, Bibliothèque orientale). Ils supposent aussi dans le Paradis terrestre une fontaine et un arbre, qu'ils appellent de vie , parce que , selon eux , les eaux de l'une et les fruits de l'autre donnent l'immortalité; et c'est ainsi, disent- ils, que le prophète Elie et le prophète Kedher entretiennent la leur, en attendant le jugement dernier. Cette fiction, introduite en Europe, est devenue chez nos romanciers la fontaine de jovent ou jovence y c'est-à-dire de jeunesse , fable charmante et bien plus ingénieuse que celle des orientaux , puisque celle-ci ne fait qu'empocher le dépérissement et maintenir pour toujours dans l'état où l'on se trouve, tandis que l'autre fait renaître sans cesse le printemps de la vie. Le roman de Huon de Bordeaux a adopté l'arbre et la fontaine ; et , comme les romanciers orientaux, il fait sortir la fontaine du paradis terrestre.
Les Grecs , avec leur brillante et féconde imagination , n'avoient inventé qu'un Ilippocrène pour inspirer les poètes, un Léthé pour nous faire oublier les maux de la vie , une boite renfermant l'espérance pour nous consoler. Qui croiroit que la Fontaine de Jouvence est une fiction du treizième siècle ? Malheureusement cette fiction charmante ne produit qu'un conte médiocre. Au reste , ce ne sont point seulement les Européens et les Asiatiques qui (mt imagine la fable dont il s'agit ici. Lors de la découverte de l'Ame rique , on la trouva (ce qui est bien plus étonnant encore ■
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chez ces peuples lointains qui , par leur position, sépares du reste du monde , ne pouvoient connoître les traditions et les fables des autres peuples. Suivant une ancienne tradition des insulaires de Porto-Rico, il existoit dans les Lucayes une fontaine merveilleuse dont les eaux, quand on s'y baignoit , pouvoient rendre tout-à-coup la jeunesse et la santé. Une erreur aussi séduisante devoit trop flatter l'imagination romanesque des Espagnols pour n'être pas avidement adoptée par eux. Aussi, parmi ceux des aventuriers conquérants qui découvrirent ces contrées , y en eut-il pendant long-temps plusieurs dont tous les travaux n'ern ent pour objet que de chercher, avec une constance infatigable et à travers tous les dangers possibles , l'eau miraculeuse qui , en leur communiquant sans cesse une existence nouvelle, les eût ainsi soustraits pour toujours aux infirmités et à la mort.
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HUELINK ET EGLANTTNE/
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