QUI BÉNIT SA MAITRESSE
Dans la même ville , c'est-à-dire à Bayeux, étoit un curé qui eût eu assez de penchant à imiter sou évëque. Cependant, plus modeste par état, il se contentoit d'une jeune servante , nommée Auberée, qu'il aimoit beaucoup. Auberée, outre sa jeunesse, étoit fort jolie. Aussi les paroissiens ne manquèrent pas de jaser sur ce ménage, et bientôt même les murmures devinrent tels, que Févêque, quoique fort indulgent sur l'article, se crut obligé de mander le chapelain. Messire étoit alors à deux lieues de la ville, dans une campagne qui lui appartenoit, et où il se retiroit souvent pour se livrer plus librement à ses goûts. Après avoir réprimandé le prêtre, il lui enjoignit de renvoyer sa servante, et, en cas qu'il s'obstinât à la garder, il le condamnoit, par pénitence, à ne jamais boire de vin tant qu'elle seroit avec lui. L'alternative étoit fâcheuse : il falloit choisir pourtant. Le curé enfin se décida , et il renonça au vin.
Revenu chez lui, il n'eut rien de plus pressé que de conter à sa mie tout ce qui venoit de lui arriver. « Quoi! sire, cet homme vous a défendu « d'en boire, dit Auberée! Et moi, je vous Force donne; et pas plus tard que ce soir, avant de a nous coucher, nous en boirons à sa santé. A a présent qu'on vous Fa interdit, vous le trouce verez bien meilleur vraiment. » Le prêtre se