‹ Fabliaux ou contes, fables et romans du 12e et du 13e siècle, traduits ou extraitsChapitre 16 sur 51 · DE L'ÉVÉQUE · texte numérisé non relu

DE L'ÉVÉQUE

sentoit pour cette pénitence moins de répugnance que pour l'autre. Il but en effet, et continua même les jours suivants de si bien boire, qu'enfin l'évéque en fut instruit.

Mandé de nouveau à l'audience du prélat, celui-ci lui demanda quel étoit le mets qu'il aimoit le plus. « Ce sont les oies, beau sire. — Eh « bien, .puisque vous voulez absolument vous a damner avec votre mie, je vous ordonne de « ne jamais manger d'oie. » Quelque peine qu'eut le prêtre à faire une pareille promesse, il la fit pourtant et sortit.

a Je l'ai juré, dit-il à Auberée,.et je tiendrai « parole. — Moi , je vous absous, répondit la ser- « vante. Il y a trois oies dans la cour : par le cœur « Dieu il ne sera pas dit que je me serai donné « pour rien la peine de les engraisser. Dès de- « main j'en mange une, et je ne la mangerai pas « sans vous, ou vous direz pourquoi. » En effet, les trois oies furent mises successivement à la broche, mais aussi l'évéque le sut, et en conséquence pénitence nouvelle imposée au pécheur relaps, et défense à lui de coucher sur des matelas. « Je ne suis ermite ni reclus ' pour dormir ce ainsi, répondit le curé. Cependant, puisque a vous l'ordonnez, je m'y soumettrai, beau sire; a et pour cette fois enfin , je jure que vous n'au- « rez plus à vous plaindre de moi. »

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