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(i. En les voyant sous leurs haillons déchirés montrer aux passants les coudes et les fesses, on se dis oit à soi-même : Voilà de quoi faire de beaux soudoyés pour le service de notre prince. ) Au fabliau de Charnage et de Carême , il a été fait mention de ces troupes soudoyées que Philippe-Auguste avoit introduites dans les armées françoises. Ceux qui les composoient n'étant guère que des bandits, des aventuriers , gens sans ressources et sans aveu , leur accoutrement devoit par conséquent être assez misérable. Guillaume Guyart, en beaucoup d'endroits , ne les représente que comme des gredins déguenillés. Les soldats n'ont commencé à porter généralement l'uniforme que sous Louis XIV, en 1672.
(2. En tira cinq artésiens , deux cambrésiens et deux tournois.) Un grand nombre de seigneurs, d'évéques et d'abbés jouissoient en France, soit par concession du prince, soit par usurpation , du privilège de battre monnoie. On en comptoit encore plus de quatre-vingts vers le milieu du treizième siècle. Les espèces frappées en leur nom étoient les seules qu'ils laissassent circuler dans leurs domaines, et quelques-uns même en excluoient celles du roi. Il existe une lettre de Philippe-Auguste à l'abbé de Corbie , par laquelle le monarque lui demande de donner cours dans ses terres à la monnoie de Paris (Ducange, Glossaire , au mot Moneta regia). La plupart des ordonnances de nos rois, adressées aux baillis , leur enjoignent de faciliter, autant qu'il leur sera possible , cette circulation des monnoies royales.
Comme souverains , les rois de France s'attribuèrent exclusivement la connoissance des délits qui concernoient toutes les monnoies du royaume (Brussel, des Fiefs). Par là
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non- seulement ils restreignirent le privilège des barons, mais ils se donnèrent encore celui de faire pour eux-mêmes des règlements avantageux. C'est ainsi que saint Louis décida que personne ne pourroit employer les types et figures de sa monnoie ; qu'elle auroit cours par toute la France , et qu'elle seroit la seule d'usage sur les terres des seigneurs qui n'en avoient point une à eux. C'est ainsi qu'il fut réglé que, quand le roi voudroit en faire frapper, il pourroit mander auprès de lui, indistinctement et à son gré, tous les monnoyeurs du royaume. C'est ainsi qu'il fut défendu aux seigneurs d'exercer leur droit sans avoir auparavant son agrément, et ordonné que, pendant qu'ils feroient travailler, il y auroit un garde par lui nommé pour inspecter l'ouvrage. Lui seul enfin conserva le privilège d'avoir une monnoie d'or et d'argent. Celles des barons ne furent plus que noires , c'est-à-dire d'airain ou de cuivre , et ne purent valoir plus d'un denier [Ordonnances des rois de France, tome 1*^% page 93). La peine aussi étoit différente pour ceux qui les contrefaisoient. Les barons ne pouvoient pas , comme le monarque, /<2fV6? bouillir dans l'huile leurs faux monnoyeurs ni enterrer vives les femmes qui faisoient cette fraude. Ce doux et beau privilège étoit réservé au roi seul. Laroque dit qu'en 1677, on voyoit encore à Rouen une de ces chaudières royales.
Les monnoies diverses prenoient ordinairement le nom du lieu où elles étoient frappées. On appeloit artésiens , cambré siens f etc. certaines espèces faites à Arras, à Cambrai , etc. Mais , comme partout les monnoies dépendoient du caprice des seigneurs, presque toutes différoient entre elles de valeur et de poids; ce qui, dans le commerce , causoit beaucoup d'embarras , et obligcoit , quand on vouloit contracter, de spécifier en quelles espèces seroit fait le paiement, à moins qu'on n'aimât mieux, ainsi que je l'ai dit
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ailleurs , stipuler par marc. Ces inconvénients engagèrent Philippe de Valois à s'occuper du projet de réduire toutes les monnoiesen une seule: il s'y prit mal et ne put réussir. Louisle-Hutin , sous prétexte d'arrêter quelques malversations des barons et autres seigneurs, avoit entrepris de les dépouiller de ce droit. Ils firent une telle résistance , qu'il fut obligé de renoncer à son entreprise et de se contenter de quelques règlements. Après lui Philippe-le-Long, plus adroit et aussi plus juste, traita avec plusieurs d'entre eux, et acquérant leurs droits , supprima leurs monnoies et y substitua les siennes. Cependant celles des souverains étrangers eurent cours en France jusqu'en i6oi,que Henri IV les défendit. Il ne laissa circuler dans le royaume que les monnoies d'Espagne [Mémoires de Sullj).'Eten effet la part que cette couronne avoit prise à nos guerres civiles les y avoit rendues si abondantes , que leur suppression eût causé grand préjudice au commerce.
Aujourd'hui le monnoyage est devenu un droit royal, appartenant exclusivement à la couronne.
(3. Son cJieval qu'on apprécie cent sous.) Une des choses que j'ai le plus de peine à comprendre , c'est le prix des chevaux au treizième siècle , parce qu'il n'a nulle proportion avec tout le reste des denrées. On verra dans le fabliau des deux chevaux qu'un bon cheval coùtoit cent sous. Ici celui du curé, qui a été donné comme tel, est évalué ce prix, et l'on peut assurer hardiment que les deux filous, de peur de se tromper, l'estimoient au-dessous de sa juste valeur. Les chevaux d'une certaine beauté , palefrois ou dextriers , étoient bien autrement chers encore. Un des chevaliers qui avoient suivi saint Louis dans son expédition d'outre-mer, ayant été surpris avec une fille publique auprès de la tente royale et chassé , Joinville vint demander son cheval pour quelqu'un de sa troupe qui étoit démonté; mais il lui fut refusé, parce qu'il valoit bien, dit-il, 80 ou 100 livres. Quand le saint
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roi rentra en France , l'abbé de Cluni lui en envoya deux , l'un pour lui et l'autre pour la reine, et on les estimoit, dit le même historien, chacun 5oo livres (9000 livres environ de notre monnoie). Si ce dernier prix est énorme, même relativement à nos jours , qu'étoit-ce donc pour un temps où , comme on le voit dans une note du fabliau à'Aucassin , un bœuf de charrue valoit 20 sous , et un demi-arpent de vigne à la porte de Paris (note du fabliau de la Robe d'écarlate)6o? Je n'ai pu deviner la raison d'une disproportion pareille, et la laisse trouver à ceux qui sont plus instruits que moi.
On me permettra, puisque j'ai commencé à parler de chevaux, d'ajouter ici quelques mots que m'ont offerts mes lectures sur les haras. Le premier de nos rois qui en ait eu pour ses écuries est Henri IL Ce prince , dès son jeune âge , ayant beaucoup aimé les chevaux, en avoit toujours une grande quantité , soit aux Tournelles où étoit sa principale écurie, « à Muns [Meun] , à Saint-Léger, à Oyron, chez M. le grand-escuyer de Boissy , et la pluspart quasi , voire des meilleurs , estoient de ses haras , qui se plaisoit à les bien faire entretenir. » (Brantôme , Vie de Henri II). Un jour, ajoute l'historien, le roi fit voir ses chevaux au grandécuyer de l'empereur; et celui-ci avoua que les écuries de son maître n'étoient pas aussi bien montées. Les haras du roi furent presque entièrement négligés pendant les guerres civiles. Le seul qu'on eut soin d'entretenir, quand la paix revint , fut celui de Meun ( en Berri ). On trouve dans les Mémoires de Sully, année 1601, une lettre par laquelle le roi lui ordonne de faire venir des poulains de son haras de Meun. En 1604 , le duc de Bellegarde , grand écuyer, fit transférer ce haras à Saint-Léger. Colbert, en i665 , en augmenta le tcrrcin, y fit rassembler beaucoup de juments et d'étalons, et y forma des parcs. Enfin, en 171 5, le comte
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d'Armagnac, graud-écuyer, le transporta en Normandie, où il subsiste encore.
Les chevaux anglois parurent en France, pour la première fois, en 1607 ;et ce fut un nommé Quinterot ou Quitterot qui les y amena , ce qui a depuis esté cause , dit Bassompierre [Mémoires , tome i"), que l'on s'est sen>y de chevaux anglois, tant pour la chasse que pour aller par pays : ce qui ne s'usoit point auparavant. Comme, dans ce temps, on jouoit à la cour un jeu énorme, et qu'il fallut imaginer, pour le jeu, de nouvelles marques, ces marques, ajoute l'auteur, dont les moindres estoient de cinquante p'stoles,se nommaient quinterotes , à cause qu'elles alloient bien viste , à l'imitation de ces chevaux d'Angleterre.
C'est à Brusquet , bouffon ou fou de Henri II , que nous devons l'établissement des postes , tel qu'il est aujourd'hui. Il obtint du roi , son maître , d'en établir une à Paris ; car, dit Brantôme , il n'y avait point pour lors nulles coches de voitures , ny chevaux de relays comme pour lejourd'huy..... ny de louage que peu , pour lors dans Paris ( Brantôme, V^ie de Strozzi). L'auteur dit avoir compté à Brusquet jusqu'à cent chevaux de poste : aussi ce bouffon se donnoit-il par plaisanterie le titre de Capitaine de cent chevaux-légers.
Il prenoit pour chaque cheval vingt solz si l'homme estoit François , et vingt-cinq s'il estoit espaignol, ou autre estranger. Aussi devint-ilfort riche ^ autant pour cela que pour une infinité de prattiques et de rapines qu'il tirait sur les princes, seigneurs^ gentilshommes y qui çà , qui là.