‹ Fabliaux ou contes, fables et romans du 12e et du 13e siècle, traduits ou extraitsChapitre 26 sur 51 · DU PRUD'HOMME QUI RENVOYA SA FEMME · texte numérisé non relu

DU PRUD'HOMME QUI RENVOYA SA FEMME

Un prud'homme venoit de se marier. Cétoit par inclination; de sorte qu'extrêmement amoureux de sa femme, il eut pour elle dans les commencements toutes les complaisances et prévenances possibles, endurant ses caprices et ne voulant jamais la contredire en rien. La donzelle en abusa. Elle profita de la foiblesse de son mari pour le dominer, se fit maîtresse absolue, ordonna de tout et finit par lui donner des croquignoles.

Il prit comme il put, pendant un an, son mal en patience; mais au bout de ce temps, il manda les parents de sa femme, et leur dit : « Voici votre fille que vous avez eu la bonté de « m'accorder. Je crois que jusqu'à ce jour elle « n'a point eu à se plaindre de moi, et j'en at- « teste ici devant vous son propre témoignage. » L'épouse interrogée et qui ne devinoit pas où tendoit ce discours, rendit justice à la vérité.

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et se loua beaucoup de son mari. « Je n'en dis « pas autant, ajouta-t-il; il y a un an que je l'ai, « et un an que je souffre. J'ai eu la sottise, dans « les premiers temps, de lui laisser prendre l'em- « pire, parce que je l'aimois : il est trop lard « à présent pour y revenir, et je ne veux plus être « malheureux. La voici, je vous la rends; vous « pouvez l'emmener avec vous. Malheur à tout « mari qui, dès le premier jour, ne saura pas se « rendre maître absolu chez lui. »

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