‹ Fabliaux ou contes, fables et romans du 12e et du 13e siècle, traduits ou extraitsChapitre 28 sur 51 · DU POÈTE ET DU BOSSU · texte numérisé non relu

DU POÈTE ET DU BOSSU

Il y avoit un poète qui excelloit à faire des vers et des dits. Un jour il voulut présenter quelque chose à son roi, et travailla avec soin une pièce qu'il alla lui offrir. Le monarque en entendit la lecture avec satisfaction, et il dit au rimeur : « Demande ce que tu voudras , je proa mets de te l'accorder. — Sire, je remercie votre «bonté, répondit le clerc', et ne lui demande « que d'être pendant un an portier de votre cité, « à condition que tous les borgnes, boiteux et « bossus ou autres gens maléficiés qui entreront « seront obligés de me donner chacun un de- « nier. » Le roi y consentit, il scella de son sceau la permission, et le poète alla garder la porte.

Par aventure vint à passer un borgne. Le clerc lui demande un denier ; sur le refus de celui-ci , il l'arrête et s'aperçoit qu'il est bossu : là-dessus nouveau denier demandé. Le bossu dispute, on le tiraille, il veut se défendre et laisse voir deux bras tortus; en conséquence on exige de lui trois deniers. Pour échapper il prend la fuite ; mais en courant son chapel ' tombe, le villain étoit tei-

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