QUI GRAISSA LA MAIN DU CHEVALIER
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EXTRAIT
Une vieille avoit deux vaches qui la faisoient subsister. Elles entrèrent un jour dans les pâturages du seigneur, et y furent saisies par son prévôt. La bonne femme à l'instant courut au château supplier cet officier de les lui rendre. Il fit entendre qu'il lui falloit de l'argent, et celleci, qui n' avoit rien à donner, s'en revint bien désolée. En chemin elle rencontra une de ses voisines qu'elle consulta sur son malheur. « Il «faut en passer par ce qu'il demande, lui dit « l'autre , et vous résoudre à lui graisser la patte ' . » La vieille, qui étoit fort simple, n'y entendit pas finesse , et prenant le conseil à la lettre , elle mit dans sa poche un morceau de lard et retourna au château.
Le seigneur se promenoit devant sa porte , les mains derrière le dos. Elle s'avance doucement
DE LA VIEILLE, etc. 32 i
sur la pointe du pied et lui frotte les mains avec son lard. Il se retourne pour lui demander ce qu'elle fait : « Ah! monseigneur, s'écrie-t-elle en (f se jetant à genoux, le prévôt a saisi mes deux « vaches dans votre pré , et l'on m'a dit que si je « voulois les ravoir il falloit lui graisser la patte. « Je venois pour cela; mais comme je vous ai vu «à la porte et que vous êtes son maître, j'ai « imaginé que vous méritiez bien mieux qu'on « graissât la vôtre. »
Le seigneur rit beaucoup de la naïveté de la vieille; il lui fit rendre ses vaches, et lui donna même , pour les nourrir, le pré dans lequel elles avoient été saisies.
Chascuns à prandre s'abandone ; Povres n'a droit se il ne done.
Recueil de Méon, tome i, page i83.
Se trouve dans le Democritus ridens , page 173.
Dans X Enfant sans souci j page 258.
Dans les Facétie , mottie hurle ^ da Lod. Domenichi, p. 184.
NOTE
(i. Il fallait se résoudre à lui graisser la patte.) Ceci prouve que cette façon de parler subsistoit déjà. Quant à la coutume qui lui a donné naissance, on conviendra qu'il n'est pas aussi aisé d'en fixer l'époque.
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i22 LA VEUVE.