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Lettre de Fabrefond, datée de Nancy, le 1er avril

8. Dénonciation des commissaires de Saint-Dominique contre Brissot, Gensonné et autres.

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PAPIERS TROUVÉS CHEZ FABRE D^ÉGLA.NTINE (1).

^otes (2) *

« Sur les 200.000 le m. en a touché 100.000. Il a mis sous les yeux du conseil l'état de l'emploi delà majeure partie de cette somme, il... »

Il n'y a pas de grand complot contre la Liberté publique.

Il n'y a pas de complot pour le sistème {sic) federatif.

Il n'y a pas de sincérité lorsqu'on accuse Paris de vouloir asservir les 83 départements.

Le vrai complot est de s'assurer du pouvoir

de nommer les ministres

de se constituer leur courtisans [sic] exclusif

de maintenir l'assemblée dans un état de division pour y régner

de voir enfin par quels moyens on parviendra, par la suite, à y établir une forme de gouvernement qui perpétue cette domination.

Parler de Louvet, de sa double conclusion.

Danger de la chose publique.

Il nn s'agit plus à la Convention de la république, mais d'une affaire particulière.

L'intrigue vient de la querelle de Brissot et Robespierre,

(1) Arch. nat. ¥' , 4434.

(2) Ces notes sont probablement des plans d'arlieles ou de discours.

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de la radiation du premier, du mandat d'arrêt contre Brissot, de celui contre Rolland.

Tout n'est plus que coups montés. Ce sont des députations mendiées, des pétitions de commande, des motions fallacieuses pour se populariser, des dénonciations combinées, ]e tout terminé par un roman contourné et controuvé ou par la subtilité la plus tirée on ne vient à bout d'autre chose que de prouver l'intrigue la plus odieuse comme la plus sotte.

Motion sur l'adresse des Jacobins à toute la République. Moyens de la faire parvenir.

Moyen relatif à Pétion .

Ce qu'on dit.

Le parti dominant aujourd'hui ne veut pas la République. En voici les preuves :

i^ Il a fait ce qu'il appelle la constitution, si populacière, si jacobinière, si indéterminée, si faible, qu'il est impossible qu'elle serve de baze à un gouvernement quelconque. Aussi est on bien loin de vouloir qu'elle s'exécute et ne prépare-t-ou aucune des loix réglementaires qui seraient nécessaires pour son exécution. Le code civil même et le décret concernant les écoles primaires sont renvoyés aux kalendes grecques, et auront le même sort que cette constitution qui n'en est pas une.

2'^ Danton et Lacroix, ces deux coquins si scandaleusement enrichis de nos dépouilles que Chabot, Fabre d'Eglantine, Panis, Sergent, etc., etc., en sont presque jaloux; Danton et Lacroix sont notoirement complices de Dumouriez. Cependant on les laisse tranquilles ; on les met même à portée de sortir de France s'ils le veulent ; et si l'opinion publique forçait aies accuser, ils seraient acquittés. Cela serait convenu d'avance avec la commission sanguinaire, comme il était convenu (avant l'accusationj qu'elle ferait périr

Vergniaud et autres qui voulaient la République. Or Danton et Lacroix sont deux patriarches des Jacobins et deux des principaux moteurs de la fatale journée du 2 juin qui nous coûte Toulon et toutes ces centaines de millions qu'on emploie en corruption et en espionnage. Donc les meneurs des Jacobins et de la Convention montagnarde veulent le rétablissement de la royauté et étaient d'accord avec Dumouriez auprès duquel ils avaient envoyé Danton et Lacroix.

30 Ne pouvant pas arriver à ce rétablissement par les voies ordinaires, ils favorisent les révoltés de la Vf^ndée. 100.000 hommes sont employés contre eux et ils sont plus redoutables que jamais. Peut-être en ce moment sont-ils maîtres de Saint-Maiô ! Est-ce par la connivence des commandants et des commissaires de toutes les livrées qui sont avec eux ? On est forcé de le croire. Eh bien, ces commandants et ces commissaires sont des energumènes jacobins. Donc ete. (sic).

40 Et en même temps qu'on emploie ces manœuvres criminelles et ruineuses pour la nation, omanà exprès la République exécrable par les massacres judiciaires auxquels on livre des milliers d'innocents, par les emprisonnements arbitraires des meilleurs patriotes, par l'espionnage et la délation les plus abominables, par la violation continuelle des propriétés, par... toutes les horreurs que des législateurs pervers et ignorants peuvent amonceler pour faire regretter la royauté, toute affreuse qu'elle était.

O France, tes malheurs A l'Anglais même arracheraient des pleurs. O sagesse des dieux, je te crois très profonde ; Mais à quels plats coquins as-tu livré le monde !

J'ajoute que l'affaire des prêtres, des églises et de la religion semble n'avoir été imaginée que pour précipiter le dénouement en faveur de la royauté. Non, l'absurdité, l'im-

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prévoyance ne peuvent pas aller jusques là. Il faut qu'il y ait mauvaises intentions. Quelle force les fanatiques de la Vendée ne vont-ils pas acquérir ?

Ce qu'on dit.

Chabot, ex capucin, par conséquent n'ayant rien lorsqu'il a été nommé député ; Chabot, riche aujourd'hui, ainsi que son faste chez lui l'annonce, et qu'il en est convenu aux Jacobins, en disant que sa femme lui avait apporté une dot de 200.000 fr.,à la manière de celle de Danton : Chabot est notoirement un fripon ; et l'aventure qui vient de lui arriver en est une nouvelle preuve ; s'il n'a pas fait sa déclaration au comité une heure au plus tard après avoir reçu l'argent. Or il a pris un bien plus long délai ; on le sait déjà ; il n"a parlé que quand il a vu qu'il allait être découvert. Eh bien, qu'arrivera-t-il ? Ses amis du comité le blanchiront ; et ce n'est que pour cela qu'ils difïï'rent de faire leur rapport.

Citoyen Représentant.

J'avais mille choses à te dire que je ne voulais pas confier au papier. J'avais prié Brunot (1) de venir me voir, je les lui aurais confiées; il a eu l'imbécihté de me faire dire qu'il ne pouvait faire cette démarche sans s'exposer. Je t'avoue, citoyen, que cette bêtise m'a fâché. Je me

(1) « C. Brunot, citoj-en de Paris, de la section de Mauconseil. Il eut le courage d'adresser, le 8 août 1792, une lettre à l'Assemblée législative pour désavouer les principes énoncés dans une pétition présentée au nom de cette section, par laquelle on demandait la déchéance du roi. Il déclara que plusieurs signatures en étaient fausses, les autres mendiées, et que cette pièce était le fruit d'une intrigue odieuse. » Biographie moderne. Leipzig, 1SU7.

décide en conséquence à t'écrire. Le Monsieur en question continutt; son impudence et ses propos, il dit, et ce sont ses termes, que tu as eu la bassesse de solliciter les Soliers (?) et autres acteurs composant le spectacle pour les entraîner à convenir qu'il avait tenu le propos pour lequel tu l'as dénoncé, il ajoute que tes sollicitations sont infructueuses et (ju'il a trouvé le moyen de leur faire donner une déclaration par devant le commissaire de la section qui dit qu'il n'a Jamais tenu ce propos, qu'ils le reconnaissent pour un bon citoyen, malg?*:- que tu aies sollicité et même menacé pour leur faire dire le contraire; il ne te ménage pas, citoyen représentant, il dit avoir à sa dévotion le commandant Henriot, il le sollicite vivement, il le flagorne dans des lettres dont il me donne lecture, il le presse de le venir voir, il lui prétexte des abus à détruire qu'il ne peut, dit-il, lui écrire, et je te dirai, avec vérité, que les plus grands abus sont commis par lui. Aujourd'hui le Drôle reçoit sa femme avec laquelle il fait orgie, le lendemain il reçoit sa maîtresse avec laquelle il se prostitue et il est bien véritablement le plus grand prévaricateur aux règles et au bon ordre de la Maison. Tu ne te fais pas une idée de son impudence et des égards que les guichetiers ont pour lui. Il est l'ami de Despagnac, de Bacon de la Cheva)3rie et d'un grand prédicateur républicain, un nommé Gonchon, sans culote de mine seulement. Il a aussi des sollicitants auprès de Chomet {sic] de la commune. Je ne puis t'en dire davantage. Il y a des indiscrétions qu'il ne rougit pas de commettre et que je ne peux véritablement pas écrire. Sois content de la présente pour le moment et crois que j'ai le plus grand plaisir à faire quelle que [sic] chose qui te soit agréable.

Je te salue et te prie de brûler mes lettres.

Ce lu nivôse.

RÉSUMÉ DU RAPPORT d'aMAR, LU A LA CONVENTION

LE 16 MARS 1794, SUR l'affaire chabot (1).

La discorde a soufflé ses poisons parmi nous. Le ferment d'une division funeste devenant plus actif, les ennemis qui l'avaient excité en calculaient d'avance les résultats.

La République compte avec indignation plusieurs Français parmi les agents des puissances coalisées. Ils voulaient ruiner notre fortune publique et nous donner un Roi; mais le complot est découvert, le crime affreux ne sera pas consommé. Nous terrasserons tous les intrigants, tous les traîtres qui osent se placer entre le peuple et nous.

Pitt a mis en usage tous les moyens de corruption pour déprécier nos assignats, amener le renchérissement des denrées, l'accaparement des marchandises, exciter une insurrection et nous remettre sous le joug du despotisme. Il s'est servi d'hommes ambitieux, d'hommes dévorés de la soif des richesses, de faux patriotes et d'égoïstes. Ces agents ont affecté un grand zèle pour l'intérêt général, mais l'intérêt privé a été seul écouté.

Des usuriers, des banquiers anglais, des fripons que la cour de Londres a semés sur nos côtes, ont mis en usage les combinaisons de la scélératesse la plus profonde ; ils ont effrayé le cultivateur, le négociant et le capitaliste par

',1) Journal de Perlet, n^' du 17 mars.

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le mot banqueroute ; de là raccaparement, la faveur exagérée du papier étranger sur les assignats; de là la disette factice.

Chabot, Bazire, Julien de Toulouse, Delaunay d'Angers, Fabre d'Eglantine ont suivi, les uns, les conseils perfides des Autrichiens; les autres des banquiers anglais. Ils ont eu des relations criminelles avec la compagnie des Indes. Ils se sont attachés Je ci-devant comte de Proly (1), fils naturel du prince de Kaunitz, ami de Guadet et de Gensonné, affidé de Dumouriez et du roi de Prusse; les deux barons de Frecht [sic], juifs anoblis par Avarie-Thérèse d'Autriche ; Boyd, banquier anglais, grand spéculateur sur la baisse et la hausse des efTets publics; Grenus, banquier genevois (2); Gusrnan, espagnol 3); le ci-devant baron de Batz, ex-constituant, et son confident Benoît. Ils ont spéculé ensemble sur les actions de la compagnie des Indes, et se sont partagés le projet de la vSpéculation.

Chabot nous a dit qu'il soupçonnait que le motif qui avait engagé les Frecht à lui donner leur sœur, était d'acquérir une réputation de patriotisme et de faire lever les scellés apposés chez eux, comme étrangers. La vanité de ces gens-là, ajoutait-il, était flattée de donner leur sœur au premier révolutionnaire d'Europe.

(1) Le haron de Proh-, né à Bruxelles, membre du Comité central en 1793, envoyé, avec Pereryra et Dubuisson, par le ministre Lebrun, pour surveiller la conduite de Dumouriez, qu'il dénonça au mois d'avril, à la tribune des Jacobins. Attaché au parti des « enragés », il fut guillotiné, à 42 ans. le même jour qu'Hébert. Rien ne prouve qu'il fût fils naturel de Kaunitz.

(2; Grenus, banquier et littérateur, n'était pas né à Genève, mais ù Lyon en 1755. Il était venu se fixer à Paris en 1786.

(3; Héberliste. Condamné à mort le 5 avril 1794, comme complice de d'Orléans et de Dumouriez, et pour avoir voulu massacrer les patriotes du comité et du club des Jacobins. « Les Parisiens avaient surnommé Gusman Don Tocsinos, par allusion au tocsin qu'il fit sonner le 31 mai 1793, pour provoquer la perte des Girondins. )) Biographie moderne.

Dans un autre interrogatoire il nous a fait l'éloge de ses beaux-frères. Il nous a dit qu'ils avaient été pendus en effigie, à Vienne, pour un ouvrage philosophique en faveur de la liberté, et que leurs biens avaient été confisqués. Quoi! Les Frecht ont été victimes de leur amour pour la liberté ; et ils ont trois frères au service de l'empereur ! Leurs biens ont été confisqués; et ils ont donné 200.000 livres de dot à leur sœur !... Quelle effronterie dans de telles assertions!

Bazire a eu avec Delaunay d'Angers une conversation dans laquelle on voit toute la perversité de Pitt mise en action. Delaunay reprochait aux Montagnards de ne pas savoir imiter les membres du parlement d'Angleterre qui vendent leur conscience. Il lui disait qu'il préparait un mémoire sur les vices d'organisation des compagnies financières pour les discréditer dans l'opinion et faire baisser leurs effets : qu'il ne lui demandait autre chose que de laisser agir et qu'il ferait les parts du bénéfice.

Julien, associé de Delaunay, promit à Bazire 100.000 livres pour sa part, s'il voulait se taire; il en promit autant à Chabot.

Julien, Chabot et Delaunay furent, à force d'intrigues, adjoints au comité des finances. Ils travaillèrent à leur plan. Leurs manœuvres secrètes n'empêchèrent pas que la compagnie fut supprimée. Le décret, amendé par Fabre d'Eglantine, fut renvoyé à une rédaction définitive. Delaunay lui fit ofTrir aussi 100.000 livres pour convenir des termes de Tamendement; il fut gagné, et l'association voulant faire tourner à son profit les lois rendues, substitua sa volonté à votre décision, et rendit préjudiciable à la République un décret qui lui était avantageux. L'Etat se trouva ainsi privé de plusieurs millions.

Pourquoi Bazire a-t-il gardé un silence profond sur ce brigandage infâme? Pourquoi ne l'a-t-ilpas dénoncé? Illaissait agir le crime, et en en le laissant agir, il le commettait.

FABRi: D EGLANTINE

La rédaction du faux décret excita quelques débats entre les associés... Julien de Toulouse désolait iescourtierspour sa portion. On contesta. Quand on présenta à Chabot les 100.000 livres qui lui étaient promis, il dit : « Je suis ferme et pur, attendons; nous partagerons ensemble, afin que nous ne nous accusions pas les uns les autres de friponneries... » Cette horrible hypocrisie serait la honte de l'humanité, si elle restait sans vengeance.

Ils convertirent leurs fonds en papiers sur l'étranger, par l'entremise des beaux-frères de Chabot, qui coulaient se ménager, disait-il, une ressource en cas de contre-révolution.

Les visites chez les banquiers ont tout découvert. Il paraitque Julien de Toulouse voulait faire l'abbé d'Espagnac son légataire universel : il avait pour lui une grande prédilection.

11 Y a eu une intrigue dans l'atTaire des 21 députés conspirateurs. Cinq cents mille livres ont été données pour sauver Fonfrède et Ducos. Chabot est accusé d'en avoir été le dépositaire : aussi les a-t-il ménagés dans ses dépositions lors de ce procès.

Ce complot infernal s'identilie avec celui qu'ont ourdi les puissances coalisées : toutes les factions sont dévoilées : le tribunal fera son devoir, il frappera tous les traîtres. Qui ne rendra pas hommage à la Convention, qui aura chassé de son sein ceux de ses membres parjures? Soyons inexorables envers eux; que ceux qui cherchent à se rallier pour anéantir les droits du peuple périssent. Serronsnous autour df l'arche sainte qui renferme les droits <le l'homme. Le peuple est là pour seconder nos efforts : qu'il soit libre, qu'il soit heureux : nous aurons parcouru notre carrière politique avec honneur, nous aurons assez vécu.

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