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FABRE D EGLAXTINE JUGE PAR ROBESPIERRE

Des principes et point de vertus ; des talents et point d'âme ; liabile dans l'art de peindre les hommes, beaucoup plus habile dans l'art de les tromper, il ne les avait peutêtre observés que pour les exposer avec succès sur la scène dramatique ; il voulut les mettre en jeu pour son profit particulier, sur le théâtre de la Révolution : connaissant assez bien les personnages qui marquaient dans tous les partis, parce qu'il les avait tous servis ou trompés ; mais affectant de se tenir à côté des plus zélés défenseurs de la liberté ; se tenant à Técart avec un soin extrême, tandis qu'il faisait agir les autres à leur insu, moins encore pour cacher ses intrigues que pour les soustraire à la défaveur de sa mauvaise réputation, seul préservatif contre son caractère artificieux ; mais compromettant le succès de ses intrigues politiques, par le scandale de ses intrigues privées, et nuisant à son ambition par sa sordide avarice. Placé au centre des opinions diverses et des factions opposées, il travaillait avec assez d'habileté à en diriger les résultats vers son but particulier : des intérêts de plus d'un genre l'attachaient au projet de renverser le gouvernement actuel. Fabre a un frère digne de lui, dont il voulait absolument faire un général ; c'est pour cela (ju'à diverses époques il avait courtisé Beurnonville, ensuite intrigué pour faire

nommer Alexandre (1) et perdre Bouchotle. In motif plus puissant encore le portait à cabaler contre le comité de salut public et contre le ministre de la guerre ; sans compter le désir ambitieux de placer à la tête des affaires ses amis et lui-même, il était tourmenté par la crainte devoir la main sévère des patriotes déchirer le voile qui couvrait ses criminelles intrigues, et sa complicité dans la conspiration dénoncée par Chabot et Bazire.

De là le plan conçu par cette tête féconde en artifices, d'éteindre l'énergie révolutionnaire, trop redoutable aux conspirateurs et aux fripons ; de remettre le sort de la liberté entre les mains du modérantisme ; de proscrire les vrais amis de la liberté, pour provoquer une amnistie, en forçant les patriotes même à la désirer, et, par conséquent, de changer le gouvernement, dont les principes connus étaient de réprimer les excès du faux patriotisme, sans détendre le ressort des lois vigoureuses, nécessaires pour comprimer les ennemis de la liberté.

Telle fut la source principale des dissensions et des troubles qui, dans les derniers temps, agitèrent tout à coup la Convention nationale. Fabre et ses pareils avaient jeté un œil observateur sur cette auguste assemblée, et ils avaient cru y trouver les éléments nécessaires pour composer une majorité conforme à leurs vues perfides.

La Républitjue était alors déchirée entre deux factions, dont l'une paraissait incliner à un excès d'énergie, l'autre à la faiblesse ; factions opposées en apparence, mais unies en effet par un pacte tacite, et dont les chefs avaient le secret de les diriger par l'influence des tyrans étrangers ; factions

(1) Commissaire des guerres dans les armées de la République. Il se distingua dans la journée du 10 août. Le 22 juin 1793, il fut proposé par Harère comme ministre de la guerre et même nommé; mais Hillaud-Varcnnes et Thuriot firent rapporter le décret qui lui confiait ce poste. Après le IS brumaire, Alexandre devint membre du Tribunal.

qui, par leurs crimes mutuels, se servaient d'excuse et de point d'appui, et qui, par des routes opposées, tendaient au même but, le déchirement de la République et la ruine de la liberté.

Fabre prétendait faire la guerre à celle qui fut appelée, assez légèrement, ultra-révolutionnaire. Voulait-il la détruire ? Non ; il ne voulait qu'en faire le prétexte de ses jtropres machinations, et le point d'appui à son système perfide. Le vit-on jamais dénoncer les grands conspirateurs qui ont, tour à tour, déchiré la République ? Quelle résistance a-t-il opposée à ce dernier complot où il était initié, dont le but était de mettre la liberté aux prises avec la religion ? Ne l'eut-il pas favorisé même pour son propre compte. 11 a dénoncé clandestinement le nommé Proli, et il dînait avec lui.

Comment un coupable, tremblant devant son crime, peut-il poursuivre d'autres coupables ? Les fripons de tous les partis se connaissent, se craignent et se ménagent mutuellement ; ils laissent combattre les hommes purs et cherchent ensuite à usurper les fruits de la victoire.

Que voulait-il ? Gagner la confiance des patriotes, en leur dénonçant des abus véritables et quelques intrigues subalternes ; confondre ensuite, avec ces intrigants, les vrais patriotes dont il voulait se défaire : répandre des nuages épais sur les trames contre-révolutionnaires, dont il était un des principaux artisans ; donner le change à 1 opinion publique, et surtout à la Convention nationale, sur le but des conspirations et sur leurs chefs ; frapper les imaginations d'un grand danser, et détourner ensuite les soupçons et la sévérité de la Convention contre des personnages insignifiants, et contre les patriotes qull voulait perdred).

1) Rapport fait au nom de la Commission chargée de V examen dea papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, par E.-B. Courtois, député du département deV Aube, dans la séance du 16 nivôse an III... Paris, an III (1795 , p. 199.

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APRES LEXKCUTIO.N.

Fabre d'Eglanline venait à peine d'être guillotiné lorsque trois délégués du gouvernement, Remy et Joseph, et David, membre du Comité de sûreté générale, se rendirent à sa maison de la rue la Ville-rEvêque et apposèrent les scellés sur ses meubles et effets. L'opération faite, ils redigèrent ce procès verbal :

« Le seze Germinal deuxième de la République française une et indivisible. Le Comité révolutionnaire de la section de la République ont pris un arretté d'après l'exécution de la personne de fable [sic] Deglanline. Les citoyens Uemy, Joseph et David, membre du Comité, se sont transporté chez le cidevant fable Deglantine Député à la Convention pour y mettre et aposerles sellé sur ces meubles et effets qui sont dans sa maison rue Ville Leveque n^' 998. Nous nous sommes adressé au citoyen Jean Vautier (sic) gardien du sellé qui renfermait les papiers, et pour sûreté des meubles et effets garnissant la maison dudit feu Deglantine a qui nous avons demandé s'il y avait quelque personne dans la maison qui fut parant ou allez avec le cy devant defîunt. Nous a répondu que ouy, et nous a conduits dans un apartement à rez de chossé à gauche où nous avons trouvé une citoyenne a qui nous avons demandé son nom. Nous a dit sapeller Carolinne Rémy qui nous a déclaré qu'il y avait cinq ans quel était avec ledit Deglantine dont elle a eus deux enfants <jui sont mort et nous a déclaré quel était

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enseinte de cinq mois, quel avait sa chambre quand elle s'était mise avec le dit Deglantine mais qu'el n'avait rien à nous dire pour répéter les meubles et effets qui composait la garniture de son logement attendu que le dit fable avait vendu lesditte meuble et effets quelque temps après quel a été sa compagne et ne peut répéter que ce que les autorité constituée voudront bien en juger suivant la loy, attandu que la citoyenne est actrice au théâtre de la République et quel a un apointement de cinq mil livres par an.

Daprès(.sîc) nous l'avons sommé de nous faire voire tous les apartemens pour mettre sous les sellé tous les effets meubles et papiers qui sont et qui se trouve dans la ditie maison. >'ous a conduit avec le dit Vautier, gardien des sellé des papiers que le Comité revolutionaire de la ditte section a aposé lors de l'arestation du dit Deglantine. Nous avons mis sept sellé tant sur les portes que sur les croisée a rez de chossée et au premier nous avons mis un sellé sur la principale porte des apartement et deux sur les petitte armoire à côté de la cheminée dans la chambre ou couche le gardien. Ensuite nous avons decendu à la cave où il y avait une cinquentaine de bouteille vide. Ensuite passé à la cuisinne nous avons mis toute la batterie de cuisinne dans une petite office dont nous avons aposé les sellé le tout en sire verte avec une bande de papier cachette avec le seaux du dit Comitté. Nous avons laissé la ditte citoyenne (Remy; dans sa chambre à coucher avec un petit cabinet donnant sur la cour, lui servant de garderobe, dont nous luy avons donné la jouissance des ditte deux pièces. Ensuitte dans une remise où il y a une berline et un cabriolet que nous avons laissé à la responsabilité du dit gardien avec aussy deux harnoy de carosse et un de cabriolet, attandu qu'il n'y a pas de porte à la remise et que nous n'avons pas put les mettre sous notre sellé. Ensuitte nous avons emporté cinq carabinne, un mousquet.

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un fusil, quatre pistollel darçon, deux sabre à la houzarde, et la citoyenne Remy à signé avec nous.

Caroline Remv. Yautier Joseph. Remy David (1).

Quelques jours plus tard, le 7 floréal (26 avril), l'archiviste du tribunal révolutionnaire signa un certificat constatant que le citoyen Degaigné, huissier au tribunal, avait déposé au grefTe c une redingote de soie, une de laine, un gilet de satin blanc, une paire de draps, un traversin et deux couvertures de laine, huit chemises dont six en toile de colon, six mouchoirs rayés à carreaux, quatre bonnets de coton, une paire de bas blancs en soie, quatre mouchoirs et quatre cravates » .2). C'était une partie du linge et des effets que Fabre d'Eglantine avait emportés dans sa prison.

Dans les dix ou douze mois qui furent nécessaires pour liquider sa succession, aucune réclamation ne se produisit, ce qui prouve qu'il ne laissait pas de dettes, mais sa veuve se trouvait dans une situation très précaire. Elle fut obligée en 1796 d'adresser au Conseil des Cinq Cents une demande de secours, qui fut transmise par Jean Debry, le ler juin, et favorablement accueillie.

Fabre d'Eglantine n'était plus à cette époque qu'une victime de Robespierre. Estimant avec raison qu'on lui devait une réparation, le gouvernement fit imprimer aux frais de l'Etat une de ses comédies posthumes, les Précepteurs, et cinq cents exemplaires furent distribués aux écoles centrales et spéciales de la République.

(1) Arch. nat. F', 4702. La levée des scellés eut lieu les 24, 26 et 27 prairial (12, 14 et 15 juin 1794). Nous en avons donné les procèsverbaux. Le 25 pluviôse an III (13 février 1795), Prévost, commissaire du bureau du domaine national du département de Paris, dressa l'inventaire des meubles et elïets. La prisée s'éleva à la somme de 29.509 livres,

(2) Autographes. Documents historiques... de la collection Paul Dablin, Paris, 1903, p. 69.

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Né en 1779, comme nous l'avons vu, le fils de Fabre d"Églantine fut admis en 1800 à TEcole Polytechnique. Sa matricule de cette école donne sur lui quelques détails intéressants :

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