CHAPITRE IX
Étuve. — Je dispose l'étuve de la façon suivante:
Elle est divisée en un nombre de compartiments tel que chacun d'eux représente le travail d'une journée ; si on la divise en 8 compartiments par exemple, on en aura toujours 6 en séchage représentant 6 jours de fabrication, un en chargement, et l'autre en déchargement. Chaque compartiment chargé de châssis est disposé de façon à avoir un vide, à chaque rang, alternativement d'un côté et de l’autre, afin d'obliger le courant d'air chaud dirigé par un ventilateur à suivre le circuit indiqué au dessin, fig. 8. Les compartiments une fois chargés sont pleins de toutes parts, sauf les vides alternatifs à chaque rang que je viens de signaler.
On place les châssis jointifs de façon à laisser le moins de jour possible entre eux, et on place les pains se touchant sur les châssis, afin qu'ils ne présentent autant que possible directement au courant d’air que la face supérieure. Dans le bas de chaque compartiment sur toute la surface du plancher, j’ai établi — je dirai toutà-l’heure pourquoi — un système de chauffage formé de tablettes en tôle galvanisée très mince t dans lesquelles circule de la vapeur d’échappement ; les tablettes sont légèrement inclinées dans le sens de leur longueur, alin de favoriser l'écoulement de l'eau condensée dans un collecteur placé lui-même en contre-bas, et d’éviter ainsi les claquements. Un robinet, dans chaque compartiment, permet de régler l'introduction de la vapeur d'échappement.
Un conduit d'air chaud À traverse toute la partie supérieure de l'étuve et communique avec chacun des com-
partiments par des registres a ; un conduit d’échappement B donnant accès à la cheminée court parallèlement au conduit A et, comme lui, communique avec chaque compartiment par des registres b ; un conduit O traverse également toute l’étuve dans le bas à l’angle opposé, pouvant mettre en communication tous les compartiments entre eux et notamment les nos 8 et 1, au moyen des registres c ; ces compartiments 8 et 1 peuvent également communiquer avec ce conduit c de la partie supérieure par les registres d, et à l’aide de communications verticales prises dans les murs extrêmes ; enfin des registres d et e permettent à chaque compartiment de communiquer directement avec son voisin par le haut et par le bas.
Si nous supposons les 6 premiers compartiments chargés de la manière que j’ai indiquée, le premier étant le plus ancien, 7 sera en chargement et 8 en déchargement ; les registres ouverts seront les suivants : dans le n° 1, les registres a et e; dans les nos 2 et 4, les registres d; dans les nos 3 et 5, les registres e ; et enfin dans le n° 6, le registre b communiquant avec la cheminée.
Contrairement à ce qui a été fait jusqu'ici, la température décroît au fur et à mesure que les pains sont plus secs, ou plus justement la température augmente au fur et à mesure que l’air arrive sur des pains plus nouveaux ; mais aussi plus les pains sont secs et plus est sec l’air avec lequel ils se trouvent en contact. Ainsi, dans l’exemple ci-dessus, l’air chauffé à une température de 50 à 55° est introduit par le registre a en haut du premier compartiment, et il circule alternativement sur chaque rang comme je l’ai indiqué déjà ; en arrivant dans le bas, il est chauffé par les tablettes l de ce premier compartiment, passe par le registre e dans le n° 2, se chauffe encore aux tablettes du bas et remonte ensuite vers le haut en circulant en sens inverse ; arrivé en haut, il passe dans len°3 par le registre d, recommence une circulation identique à celle qu’il a suivie dans le n° 1 et se chauffe encore aux
tablettes en arrivant dans le bas. Il continue ainsi sa circulation pour arriver à s’échapper en haut du n° 6 après s’être chauffé dans le bas de chaque compartiment.de telle façon que la température initiale de 50 à 55° a atteint dans le dernier compartiment 70 à 75°.
Je vais expliquer pourquoi j’ai imaginé une telle façon de procéder si contraire qu’elle soit à ce qu’on a fait jusqu’ici.
L’air.en traversant chaque compartiment.se charge de plus en plus de vapeur, et se refroidirait en même temps s’il n’était réchauffé; mais précisément dans chaque compartiment aussi, d’après mon système, non-seulement il récupère la chaleur perdue, mais sa température est élevée de façon à augmenter progressivement d’un compartiment à l’autre sa capacité de saturation, et à maintenir ainsi son pouvoir desséchant : l’air saturé à 50° contient 82 grammes de vapeur par mètre cube, et l’air saturé à 75° en contient 239 grammes, (Formulaire de l’Ingénieur par Armengaud jeune, Table d’après Régnault, page 62).
Tandis que dans les applications diverses de séchage méthodique qu’on a essayé de faire jusqu’ici, l’air chaud arrivant sur les pains les plus secs est introduit ou porté immédiatement à sa plus haute température, soit 75° environ, et sort, après avoir traversé les pains les plus humides, à sa température minima, soit vers 35 ou 40°; or la capacité initiale de l’air introduit à 75° est de 240 grammes de vapeur d’eau par mètre cube, et sa capacité est descendue à la sortie à 50 grammes, qui correspondent au poids de la vapeur contenue dans un mètre cube d’air saturé à 40°.
Il s’est donc trouvé un instant, pendant le refroidissement graduel de l’air circulant dans l’étuve, où ce dernier était saturé, soit vers 65° parexemple, l’air ayant alors une capacité de 129 grammes.
Mais comme cette capacité est descendue à 50 grammes avant de sortir de l’étuve, il en est résulté forcément une condensation qui s’est effectuée progressivement sur
la seconde partie des pains, et qui serait dans le cas présent de :
129 grammes — 50 gram.=79gram. d’eau par mètre cube d’air.
On voit donc qu’une grande partie de l’eau enlevée aux pains les plus secs s’est forcément reportée sur les pains déjà les plus humides ; aussi la fermentation a-t-elle chance de se produire alors dans ces derniers, grâce à cette basse température humide.
Dans mon système, au contraire, la capacité de l’air augmente progressivement de façon à maintenir sa force de séchage jusqu’au bout; l'air sort emportant avec lui 239 grammes d’eau par mètre cube au lieu de 50 grammes environ dans le cas précédent. Les pains refroidissent lentement tout en achevant de sécher, et la fermentation est rendue impossible dans les pains les plus humides, à cause de la haute température relalive à laquelle ils sont soumis. En outre, pas de condensation possible.
La progression de la température sera donc maintenue avec le plus grand soin, de façon à la répartir uniformément entre les compartiments de l’étuve; des thermomètres placés à demeure en bas et en haut de chacun d’eux, la tige émergeant au dehors, permettent de bien se rendre compte des températures et de régler le chauffage du bas, en ouvrant un peu plus ou moins les robinets respectifs qui donnent accès à la vapeur d’échappement dans les tablettes l. Il sera bon de mettre également un thermomètre de contrôle plongeant dans la cheminée d’échappement de l’air saturé.
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