‹ Fabrication des étoffes: Études sur les arts textiles à l'ExpositionChapitre 20 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES MOYENS DE DÉTERMINER l'ÉTAT, LES QUALITÉS, LE TRIAGE ET LE CLASSEMENT AUTOMATIQUES DES FILS.

Les fils se présentent à divers états sur le marché. Les uns, comme ceux du coton et delà laine peignée, sont à peu près purs à la sortie de la filature. Les fils du chanvre, du lin et de la soie sont, au contraire, géhéralement à Tétat écru, recouverts, par conséquent, d'une quantité plus ou moins considérable de substance gommeuse naturelle. La laine cardée a ses fils lubrifiés seulement par un corps gras. Tous ces produits, étant hygrométriques, contiennent presque toujours une quantité plus ou moins notable d'humidité. Pour se fixer sur le degré de pureté des fils naturellement gommeux et les débarrasser de leurs corps étrangers, •on a recours au crémage et au blanchiment pour les matières végétales, au dégraissage pour les laines et au décreusage pour la soie.

Quant à l'appréciation de la quantité d'humidité, on y arrive par le conditionnement. Les procédés usités dans ce cas pour vérifier Tétât des fils étant bien connus, et n'ayant donné lieu à aucune modification récente, ni à aucune manifestation à

* Voir Dh travail du eoion.

l'Exposition, 'il suffit de les mentionner pour mémoire, sans nous y arrêter.

Les moyens pour déterminer le titre d'un fil, c'est-à-dire le rapport, soit du poids par unité de longueur, soit de la longueur par unité de poids, sont plus anciens et plus répandus encore; il n'y a pas d'avantage à y insister.

Les appareils à essayer la ténacité et l'élasticité des £ls, gui ne sont guère usités jusqu'ici que pour les fils de la soie et ceux du lin, commencent cependant à se faire adopter avec avantage pour les autres substances textiles. Aussi ces sortes d'instruments étaient-ils plus nombreux à l'Exposition de cette année qu'aux Expositions précédentes ^

On a également exposé des moyens et des machines pour trier les fils irréguliers, et pour réunir ceux d'une même partie ayant un même titre. Les différents procédés proposés et en présence peuvent se résumer en deux : 1® celui encore généralement usité, dit à tours comptés; 2** le système trieur automatique.

Système de triage et de dévidage à tours comptés. — La méthode consiste à dévider une longueur invariable de SOO mètres, par exemple, à la peser et à réunir dans un même écheveau les fils qui ont le même poids par unité de longueur. Lorsque les fils sont produits avec un grand soin et offrent la régularité des belles soies françaises, cette manière d'opérer peut suffire pratiquement. Mais lorsqu'il s'agit de produits plus ou moins irréguliers, comme les soies exotiques, par exemple, qui forment aujourd'hui la base de l'alimentation de l'industrie des soieries, il n'en est plus de même. Le procédé d'assortissâge par tours comptés n'offre plus alors les garanties suffisantes.

Il n'est pas rare, en effet, de trouver dans ces sortes de fils,

^ Nos traités précédemment cités ayant décrit la pratique du conditionnement, les divers sérimètres et Texpérimentateur des fils, nous n'avons pas à y revenir ici.

ALCAW. — Arts textiles, 10

sut une longueur de 500 mètres, des titres variant souvent du simple au double. Si, au lieu de dévider ces produits en longueurs de 300 mètres, on les dévidait par 100 mètres seulement, on y conétaterait au moins cinq poids très-différents et alitant de titres divers. Plus on multiplierait cette division du titrage, et plus les irrégularités seraient sensibles ; làoti le système à tours comptée donnerait, par exemple, un titre moyen de 33 deniers pout SOO mètres, on pourrait trouver des titres variant de 25 à 80 deniers. Ainsi donc, le procédé dit d toiirs comptés fi'obvie pas à rînconvénient grave de comprendre sur rùnîté de longueur des parties tellement irrégulîères, qu'elles varient de finesse ou de section dans le rapport de 1 à 2. Cette méthode a par conséquent le défaut de ne pas trier suffisamment des soies, telles que celles de la Chine, du Japon, dii Levant, de rinde, etc.

M. Gustave ïîontieggeîr â imaginé un appareil destiné â trîet les i§oîes automatiquement, et â èti faire un bien pliis grand nombre de titres que ne le fait le dévidage à tours comptés. Là où le système ne donne qu'un seul titré, Tappareil nouveau peut en fournir jusqu'à qus^tre ôU cinq eii moyenne. On arrive, de cette façon, à Une augmentation de régularité des quatre cinquièmes. Le métier automatique imaginé à cet effet, qui figurait à l'Exposition, mérite d'être décrit avec quelques détails.

§ i. — Ifachine â trier et à assortir les fils* pat Ht. G. Hoîiiie^gér.

Les figures 1 et 2 (pi. VII) présentetit, la preiiiière, Utie vue longitudinale, et la seconde, la machine vue de bout. Touteâ les autres figures de cette planche et de la suivante donnent des détails nécessaires à l'intelligence du fonctionnement de la ma' chine représentée dans les figures 1 et 2.

Disposition générale. — La disposition générale de la machine est à peu près celle d'un dévidoir ordinaire, auquel on a ajouté uti mécanisme spécial que Tautew désigne sous le nom d'appareil séparateur.

La lettre B (fig. 1 et 2) indique ttoîs organes semblables de chaque côté de la machine. Ils ont pour fonction de déterminer la grosseur du fil, comme nous le verrpns. Ces espèces de guides-flls sont fixés sur les pièces E, aûimées d'un mouvement oscillatoire par l'excentrique F. Cette dernière action a pour but de neutraliser le frottement exercé par le fil dans son passage entre les deux cylindres-guides. Le mécanisme a pour but, les dimensions de la section du fil ou sa grosseur changeant, de le déplacer pour le diriger sur Tune des bobines de la série qui lui est assignée. Dahs la fgiire 1, oïl a supposé que le fil à un seul écheveau serait trié par la machine en six titres différents ; il y a, par conséquent, six bobines Correspondant à chaque fil en dévidage.

H est â remarquer que, contrairement au dé vidage ordinaire, chacune de ces bobines a tin double mouvement : une rotation continue autour de son axe comme d'habitude, et un mouvement de translation ou de va-et-vient dans le sens de Taxe. Ce double mouvement, joint à la rapidité avec laquelle les guidesfils agissent, détermine un croisement très-multiplié et favorable au dévîdâge ultérieur. Le nombre des. fils en opération peut varier pour Une même machine en raison de l'emplacement, de l'exigence et de l'étendue des ateliers ; on peut les faire à six, douze, dix-huit ou vingt-quatre organes, à volonté.

Examinons chacun des organes séparément.

Appareil de séparation. — Cet appareil est vu en détail (fig. 3, 4, 5 et 6). Il se compose d'un châssis en fonte a, qui sert de point d'appui aux autres parties de l'organe ; d'un petit cylindre en bronze i, d'iiri diamètre de 0",06 et d'une largeur k la jatite de 0",024 (ce cylindre b est monté sur un axe en

acier); d'un cylindre plus grand, c, dit de surveillance (diamètre 0",18 et 0",024 de largeur). Son centre est alésé à 0",068 et reçoit un axe d'un diamètre de 0",06 seulement. La différence entre les dimensions de cet axe et la partie vide où il est logé détermine une excentricité à Taxe, et, par suite, une distance variable entre les couronnes des deux cylindres b et c.

Les dimensions de l'espèce de filière qui en résulte se trouvent ainsi déterminées en raison du fil à jauger. Le mode de fixation de Taxe en acier du cylindre c se fait par des vis, conformément à la disposition indiquée (fîg. 7). La figure 9 donne l'assemblage du cylindre c. L'axe de celui-ci, est reçu dans une vis en bronze fixée au support d. Le cylindre c est équilibré par un écrou e placé sur un fil de fer (fig. 6). Le déplacement de cet écrou permet d'équilibrer le cylindre c dans les différents cas qui peuvent se présenter.

Ce cylindre c porte un index / (fig. 4) dans le genre de celui d'une balance ; cet index sert à indiquer la position du guidefil. Un arc y, pourvu d'une fente (fig. 3, 4 et S), a pour but de soutenir l'index / en déplaçant le guide-fil et de compenser toute pression latérale.

Le cylindre b est fixé au contact intime du cylindre c. Il est monté dans le châssis a par deux vis. Le support a est prolongé par un levier h formant balancier. Ce mode de suspension permet d'écarter le cylindre 6 du cylindre c, lorsqu'une grosseur ou un obstacle quelconque du fil vient se présenter en passant entre eux. Quoique dévié alors, le cylindre b reste en équilibre grâce au balancier h.

Fonction de tqjrgane de séparation. — Cet élément de la machine est exclusivement destiné à ne livrer passage qu'à un fil ayant toujours la même grosseur. Pour introduire le fil à dévider entre les deux cylindres c et 6, on commence à faire tourner le cylindre c dans le sens de la flèche (fig. 8). Comme ce cylindre a un jeu à son axe, il ne peut tourner qu'en s'excen-

traiit, et en laissant successivement un intervalle qui va en s'agrandissant entre les points tangents des deux cylindres. Ils offriront successivement les positions indiquées dans les six projections de I à VI (pi. Vil). Dès que le fil peut passer entre ces cylindres sans occasionner de friction sensible, le cylindre c est arrêté parce que son poids prédomine, et le fil continuera à cheminer entre les deux cylindres, comme dans une jauge. Mais si le fil changeait de dimension, s'il devenait plus fin, par exemple, le cylindre c ne serait plus fixé par la friction exercée par le fil, il reprendrait un mouvement en arrière, à cause de la position de son centre de gravité hors de son axe, et dans ce mouvement il s'établit un contact plus complet entre les deux cylindres. Le passage du fil est alors intercepté, l'index / touchera en ce moment le guide-fil à mouvement de va-et-vient, et fera glisser ce guide pour transporter la nouvelle partie sur une autre bobine. Les détails des parties réaUsant ce déplacement sont indiqués, fig. 1 à 7 (pi. VIII) : a est le guide-fil du changement de position, b sa glissière.

Ce guide est disposé dans la machine au-dessus du grand cylindre c, de manière à ce que l'index f puisse le toucher dans les mouvements de va-et-vient imprimés à ce guide, d'une part, et au support ou châssis des cylindres, de l'autre. Les directions des mouvements de ces deux parties sont perpendiculaires l'une à l'autre. Dès qu'un changement dans le fil se présente, l'index /en est affecté ; il s'incline plus ou moins, et dans sa déviation il fait glisser et déplacer le guide-fil a sur sa glissière b (fig. 1). Le fil passera, par conséquent, d'une bobine sur une autre, et le mouvement de va-et-vient distributeur du guide-fil continuera à se faire pour chaque bobine d'une extrémité à l'autre du cylindre. Ce mouvement est, en conséquence, déterminé par un mécanisme spécial formé par une espèce de crémaillère (fig. 4) . Les coulisses d et leur support e sont doués d'un mouvement de va-et-vient en sens contraire à celui du

i§0 LIVRE II, DP MATÉRIEL,

guide du change. Le point d'arrêt c (fig. 1) passe, par conséquent, en avant des pointes des coulisses 5ur la distance comprise entre les deux points r et 5 (fig. 4). Mais, dès que le point d'arrêt changera par une différence de grosseur dans le fll, les coulisses ne pourront plus passer parce qu'elles rencontreront les crans jo ou y, ce qui les forcera de prendre leur course entre les points j9 et y ou entre x et y, ^t de déplacer le fil en conséquence.

Cette transmission de mouvement du déplacement est combinée de façon à ce que le fil en quittant une bobine la traverse d'un bord à l'autre, conformément au tracé (fig. 8), Ainsi, si le fll de la bobine n° 1 change de grosseur, en arrivant au point p il se déplacera instantanément du point p au point q. Chaque changement de grosseur se présentera au commencement du trancanage. Les bobines avec leurs fils triés par titres sont représentées dans leur ensemble par la figure 8,

Ce mode d'envider a une grande importance, parce qu'il per*met de retrouver le bout du fil instantanément après qu'on l'a coupé au trapcanage. Dans le cas contraire, si tous les commencements des bouts de chaque bobine, parfois au nombre de douze à quinze et plus, se trouvaient à des points quelconques de la bobine, il en résulterait de l'embarras, de la perte de temps et du déchet.

On voit, en résumé, que cet appareil, délicat en apparence dans la disposition et l'exécution des détails, est basé sur un principe rationnel. Il repose sur l'idée de faire passer un fil entre le point tangentiel de deux galets, dont l'un, au lieu de tourner concentriqueraent autour de son axe, a 5 millimètres de jeu sur cet axe, qui lui permet de prendre un mouvement d'une excentricité proportionnelle*

Il résulte qu'en faisant passer un fil plus ou moins gros entre ces cylindres, le point ©ù ces deux galets seront en équilibre pour le laisser passer changera avec les diverses grosseurs pré-

sentées par le fil à son passage. Chaque chaDgement de position relative du cylindre, à mouvement excentré, fera dévier un index auquel il correspond, celui-ci agira sur un guide pour déplacer le fil qu'il dirige, en même temps qu'une transmission se charge de transporter le mouvement de va-et-vient d'envidage du fil sur la bpbine voulue, par pe changement»

Si cet appareil peut être établi à des prix qui ne soient pas trop élevés, Jl est évidemment destiné à se répandre pratiquement, et rendra de véritables services, surtout aux industries qui emploient les soies exotiques.

§ 9. -*- Purge automatique des flls.

lie§ fil$ simples, formés ayefi Ips filaments on fibres de longueur^ trè§-limitée§, sont, ^n général, d'une régularité rem^rbl^ sur tout leur développement. Seulement ils offrent une surface plus ou moins duveteuse ^n raison même de la nature des

matières qui l^s constituent. Plus les filaments élémentaires sont courts et plus le fil dppt ils sp composent présente de petites pointes microscopiques qui déterminent une apparence de duvet à sa surface. Cette appi^rence est d'autant plus sensible que les fibres de h matière sqpt moins lisses. Aussi les fifs de la laine cardée sont-ils les plus duveteux, et ceux du chanvre et du lin ceux qui, après la soie, présentent le moins ce caractère. Quelquefois ce duvet est Tindioe d'un caractère nécessaire et recherché : c'est le cas des fils cardés employés à des tissus destinés au feutrage qui met à profit la partie filamenteuse ouverte ej; peu liss^, décèlée par le duvet.' Pour les fils des autres substances, (Jesltinés à des articles lisses, ras, et parfois aussi brillants que possible, il est nécessaire, au contraire, d'enlever cette espèce de peluche. Aussi la fait-on disparaître des fils sinaples pu retordus, Iprsqu'ils sont destinés à certains articles

152 LIVRE 11. DC MATÉKIEL.

déjà mentioiinés, tels que les fils pour tulles, popelines, lisses des métiers, etc.

On emploie, à cet effet, le gazage ou le flambage, dont les appareils ont été décrits dans nos précédents ouvrages. Si le duvet doit être enlevé de l'étoffe tissée, c'est encore* par des grillages combinés à des tondages décrits plus loin que le résultat est obtenu. Mais il est des produits spéciaux qui ne peuvent être traités par aucun de ces moyens, parce qu'ils seraient inefficaces : ce sont, entre autres, les articles exécutés avec les fils de douppions. Nous devons, par conséquent, nous y arrêter un instant.

Purge spéciale des produits des douppions. — Nous avons déjà caractérisé et constaté les défectuosités particulières de ces fils (chap. III, § 5). Nous avons indiqué un moyen par lequel, en les filant et moulinant simultanément, on était parvenu à en tirer un meilleur parti que par le passé. On a eu en tout temps ridée de les purger comme on purge la soie, en général, mais alors la production se trouve considérablement ralentie et le déchet augmente sensiblement. Si on essayait le gazage comme pour les fils réguliers, le moyen serait tout à fait inefficace. En effet, ce ne sont pas de petites barbes et fibrilles qu'il s'agit d'enlever ici, qui disparaissent d'ordinaire avec la plus grande facilité en passant dans la flamme d'un bec de gaz, mais bien des costes^ c'est-à-dire des paquets formés par des rebouclements au dévidage; ils adhèrent si intimement au fil, que celui-ci serait brûlé avant que la grosseur puisse être consumée ; mentionner ce moyen suffit pour faire comprendre l'impossibilité de son application. Aussi est-on revenu à la recherche d'une opération mécanique pour obtenir le résultat, et on y a complètement réussi. On fait actuellement des soies floches et des cordonnets en douppions aussi pures et aussi parfaites que si on y avait employé de la bonne soie courante et les meilleures qualités des soies exotiques, grâce à la purge automatique. Cette purge consiste à faire passer la soie doublée et tordue à deux

OU à trois bouts sur un appareil à raser. C'est ^ne espèce de dévidoir dont les baguettes ou palettes transversales sont des lames mobiles tournant avec une grande rapidité au contact du produit en dévidage. Toutes les parties saillantes du fil sont en quelque sorte raclée$ par le frottement rapide et énergique de la purgeuse automatique. On s'est bien gardé d'exposer cet appareil, aussi simple qu'efficace, dans la crainte de la contrefaçon.

Page 1