CHAPITRE V
§ 1. — Considérations générales.
Les procédés et les machines exposés dans la classe concernant cette spécialité ont autant d'importance que les moyens de la filature, mais présentent peut-être moins de subdivisions tranchées. Le matériel du tissage ne varié pas sensiblement suivant la nature des matières preniières, mais selon le mode d'entre-croisement des fils. Les dimensions des métiers, la force des organes et certains détails accessoires subissent seuls des changements déterminés par la largeur, l'épaisseur et la constitution de l'étoffe. Les appareils pour préparer les fils au tissage reçoivent quelques modifications en raison des caractères de la substance ; les machines à appi^êter varient en raison des effets recherchés pour donner au tissu l'apprêt le plus flatteur et le plus durable. L'outillage du tissage peut donc se diviser en appareils et machines préparatoires et en métiers à tisser ; ceux-ci comprennent les :
^" Métiers à tisser les étoffes unies ;
Métiers à tisser les étoffes dites armures unies ; Métiers h boîtes multiples h tisser les étoffes à armuFes et à trames de couleurs variées ; Métiers à tisser les velours unis, bouclés et coupés ; Métiers à tisser les façonnés ; Métiers à mailles élastiques pour bonneterie ; Métiers à mailles fixes pour tulle à la chaîne j Métiers à mailles fixes pour tulle bobin ; Métiers à mailles nouées pour filets.
§ s. — Maehines prépanttoires.
Ces appareils comprennent les machines à ourdir et à encoller les fils de chaîne, les métiers à doubler, ainsi que les canetières destinées à enrouler les fils de trame sur les tuyaux de la navette.
§ s. — Onrdissolr à ea^se-fll délirayevr.
L'Exposition renfermait un spécimen perfectionné de Tourdisspir automatique. Cet appareil est muni d'un casse-fil qui produit un arrêt immédiat, déterminé par la rupture d'un fil quelconque de la chaîne. Cette addition réalise un pro^ grès considérable. Jusqu'ici l'ouvrière chargée de la surveillance devait débrayer à la main, mais son attention ou même sa vue pouvait faire défaut ; car il n'est pas rare d'ourdir jusqu'à dix mille fils. Dans le cas le plus favorable, où la vigilance de l'ouvrière lui permettait de s'apercevoir de l'accident, il se passait un temps sensible entre ce moment et celui de l'arrêt. Le caîse-fil débrayeur remédie à pet inconvénient, ajoute au perfectionnement de l'opération une notable économie de temps.
Une autre modification intéressante de l'ourdissoir consiste
MOTEN$ ET MATÉlilEL DU TISSAGE. iS^
dans la disposition du peigne pu râtelier dont les dents s'écartent ou se rapprochent au moyen d'une vis, en raison de la réduction des chaînes qui se succèdent 5ur la même machine; en voici d'ailleurs la description d'après la machine exécutée par ïa maison Stehelin :
Planche IX, fig. 1. Elévation et vue de côté de l'ourdissoir ;
Fîg. 2. Elévation et Vue de devant (nous ne faisons voir que* les pièces faisant partie de l'appareil casse-fil) ;
Fig. 3. Plan horizontal ;
Fig, 4. Détails indiquant l'arbre de va-et-vient, et les tiges de casse-fil avec leurs supports et traverses.
Description. — ' Sur l'arbre du tambour enrouleur de la machine sont placées les trois cames M qui font faire au levier K[ un mouvement d'oscillation autour de son axe n.
Le levier N porte à sa partie supérieure un petit cliquet o, qui, dans son mouvement avec le levier N, cherche à entraîner le bout du ressort de la détente P, de manière à faire sortir ce ressort de son cran d'assis et faire passer la coprroie de la poulie fi]|^e sur la poulie folle et arrêter la machine.
Le bout du cliquet communique avec un bras Q qu'il entraîne danç le sens de la flèche (1), dans son mouvement d'oscillation. Le bras Q communique l'action qu'il reçoit du cliquet o et du levier N à l'arbre R, sur lequel il est fixé. L'arbre R et, par conséquent, le bras Q sont ramenés dans leur position, que le cliquet o leur a fait quitter, par un petit ressort à boudin S, fixé sur l'arbre même, et qui cherche à le faire tourner dans le sens de la flèche (2).
Le bras Q suit donc tous les mouvements du levier N, étant entraîné dans le sens de la flèche (1) par le cliquet o fixé au levier N et dans le sens de la flèche (2), par le ressort S de l'arbre R. Il retient le cliquet o relevé de manière qu'il ne puisse pas accrocher le ressort P dans son mouvement de va-et-vient.
Sur l'arbre R se trouvent les bras T supportant deux trin-
gles U et U' q>§ passent dans toute la largeur de la machine. Ces tringles suivent le mouvement de va-et-vient de Tarbre R, et passent sous les tiges du casse-fil B et B', etc., qui sont accrochées aux fils de la chaîne f et /'. Il y a autant de tiges au casse-fil qu'il y a de fils de chaîne.
Aussitôt qu'un fil de chaîne vient à casser, celle des tiges B et B' qui communique à ce fil tombe par son propre poids dans Tune des fentes c, c' de la traverse C, et dépasse assez cette traverse pour se placer devant Tune des tringles U, U' et empêcher le ressort S de ramener l'arbre R dans le sens de la flèche (2). L'arbre R étant arrêté, le bras Q ne suit plus le cliquet o, celui-ci tombe alors sur le bout du ressort P, qui sort de son cran d'arrêt, pousse la tige V et déplace la courroie de la poulie fixe sur la poulie folle.
Le crochet Q n'agit donc que quand l'une des tiges du cassefil B, B' se présente devant les tringles U, U' ou que quand un fil de chaîne vient à se casser. Pour arrêter plus instantanément la machine quand le casse-fil agit, on a placé sur l'arbre du tambour enrouleur une poulie de friction D, qui agit aussitôt que le ressort de détente P sort de son cran d'arrêt, par le levier E et le contre-poids F, qui sert la bandé en tôle G contre la poulie de friction, pour faire freinl
§ 4. — Maehiiles & parer, & eneoUer et à monter les ehalnes.
La substitution des encolle uses à tambour sécheur aux pareuses à brosse et à ventilation avait réalisé, dès l'Exposition de 1862, un progrès important, puisqu'une seule des nouvelles machines remplaçait six appareils de l'ancien système et réduisait ainsi les frais de matériel et de l'opération. Les encoUeuses à séchage par contact ont reçu un perfectionnement de plus, et peuvent aujourd'hui encoller et sécher à la fois deux chaînes
superposées. Malheureusement, ces appareils encore h l'essai ne figuraient pas à l'Exposition ; nous devons nous borner à l'indication des études dont ils sont l'objet en Angleterre. Les machines à encoller enroulent directement la chaîne sur l'ensouple du métier à tisser ; mais pour les fils qui^ comme la soie, ne reçoivent pas de parements, l'ourdissage et le montage forment deux opérations distinctes; à Lyon, notamment, se trouvent, en assez grand nombre, les monteurs à façon qui transportent la chaîne de l'ourdissoir sur l'ensouple du métier à tisser. Un mécanicien suisse, dont nous avons déjà signalé les travaux, M. G. Honnegger, expose un appareil à ourdir et à" monter simultanément les chaînes de soie qui a le double avantage de supprimer une opération lente et coûteuse, et de ménager le fil en réduisant le nombre des manipulations.
La planche X représente les appareils à ourdir et à plier, tels qu'ils sont généralement usités et ceux imaginés par M. Honneger. Une simple inspection de ces figures suffit pour démontrer que les quatre opérations préparatoires successives qu'on fait subir à la soie pour en disposer les fils de la chaîne au tissage, sont réduites à deux. En effet, les préparations de l'ourdissage (fig. 1), le levage de la chaîne (fig. 2), le pliage (fig. 3) et le montage et nettoyage (fig. 3 bis et 4), sont réunis dans l'ourdissage et le pliage simultanés (fig. 5 et S bis) et le montage (fig. 6 et 6 bis). Ainsi les fils de la chaîne H, venant du cannelier pour se rendre sur le tambour T de l'ourdissoir, pour être divisée ensuite (fig. 2) et transportée sur l'ensouple B (fig. 3), dans le procédé nouveau, se rendent des bobines du banc à ourdir directement sur le tambour T. Le faisceau H (fig. 5) montre une portée de fils dirigée par le guide G et la lunette / sur le tambour T. Celui-ci est doué d'un double mouvement, l'un circulaire autour de son axe commandé par la pouUe P, et l'autre de translation parallèlement à ce môme axe, afin que les portées se rangent régulièrement les unes à côté des autres, conformé-
ment à la disposition indiquée (fig. S bis). Ce dernier mouvement est imprimé au tambour par son arbre fileté a, tournant dans un écrou e, commandé par un pignon/?. Une fois toute la chaîne H enrotilée sur le tambour, un compteur avertisseur rindîque par un timbre et la chaîne s'ai^rêtô spontanémetit. Sui' le bâti A, B, G, D de cet ourdissoir plieur (fig. 5, 6 et 6 bis)^ se trouve placé à la partie inférieure un rouleau ëtisouplé R sur lequel là chaîne est directement dévidée. On la développé à cet eftet du tambour T pour la faire passer sur le rouleatl tendeur t^ d'où elle s'envide sur Teiisouple R destinée à être portée au métier à tisser.
Quant au nettoyage des fils, il est pratiqué, au besoin, sur la distance assez grande existant entre le cannelier ou banc des bobines et le tambour T,
Il paraît évident que Topéfation peut se pratiquer âvfec autant de soin, ainsi condensée, que par les procédés en usage, ëfl permettant dé réaliser une économie notable dans ces opérions préparatoire^. Le systènae proposé par M. Hônneggôf est depuis longtemps en usage pour le tissage de certaines autres substances, et notamment pour le coton. Les machines qui fonctionnaient à TExposîtion, poiir les fils de soie, né laissaient d* ailleurs tien à désirer.
g 6. «^ MackÉses ft encwllèr.
Il y a quelques années encore, oh se servait presque exclusivéthent des machîiies à parer pour enduire de colle les fils d'une chaîne en coton ou en laine. Lé caractère distinctif de la pareuse consisté dans le mode de séchage dès fils après qu'ils se sont enduits de collé. A la sortie de Tauge, oti ils s'en imprègnent, ils parcourent, dans une disposition parallèle, suivant un plan horizontal, Un certain espace pour pouvoir se sécher. Le se-
MOYENS Et MATÉRIEL DU TISSAGE. 15Ô
Chage est activé par une ventilation d'air chauffé, provenant soit de la chambre d'un calorifère ou du rayonnement de tuyaux à tapeur ; et afin qiié la fcolle enduise bien uniformément tous les flls, les machines sont presque toutes garnies de brosses chargées d'étaler l'enduit par un mouvement de va-et-vient. Ces machines ont une marche assez difficile, exigent un entretien de tous les instants; leurs brosses rendent souvent les fils duveteux, et la production est relativement peu importante. Cependant , les pareuses automatiques sont encore très employées, surtout pour les articles fins en coton. Pour les autres substances, et la laine, entre autres, nous avons déjà décrit les diters systèïîies en Usage. (Voir lé Traité du travail des laines.) • Quant à l'encollage des cotonnades drdîtiaîres et du lin, il se fait généralement sltijourd'huî par les machines dites encolleuses. Elles diffèretit des pareuses en ce (Jûe les fils se sèchent par le contact d'un gros tambour chauffé par la vapeur dans lent intérieur: Cette simple modification a t)erînis de produire beaucoup plus qu'aux pareuses. Il n'a failli rien moins qu'une économie d'au moins 80 pour 100 dans les frais du parage des artîclesl courants pour faire prendre cette machine , tant ses premières applicatiotts, en France, laissaient à désirer. Les chaînes préparées sur- les nouvelles encolleuses étaient loin d'offrir la flexibilité de celles parées à l'ancien appareil. Le fil, qui doit être intiriiement imprégné comme s'il était recouvert d'un vernis, ne Tétait pas parfaitement ; sa surface s'écaillaîi
en quelque sorte, tombait en farine et en fragments duveteux ft l'action du tissage. Enfin le produit présentait certaines défectuosités ; les trames né se serraient pas convenablement dans l'angle formé par les fils de la chaîne, et les lîéières n'avaient pas la régularité et la netteté qui sont, en général, l'indice d'un bon produit.
A force de recherchés, on s'est bientôt assuré qu'on pourrait éviter ces fâcheuses conséquences de l'Usage de rencolleusè
automatique en modifiant la composition de la colle, et surtout en améliorant la cuisson de façon à n'opérer qu'avec un liquide très-adhésif et d'une fluidité parfaite. Quoique nous ayons déjà, dans nos précédents écrits, donné plusieurs recettes plus ou moins satisfaisantes suivant les cas, en voici encore une qui en diffère peu et dont on tire de très-bons résultats :
Eau 120 litres.
Fécule 20k,000
Suif ,850
Sulfate de zinc ,225
Savon vert ,700
Ce mélange étant fait, on le cuit plus ou moins longtemps dans les appareils ordinaires. Il faut parfois une heure. Avec l'appareil autoclave spécial, exposé par M. Simon, de Saint- Dié, vingt à vingt-cinq minutes de cuisson suffisent pour obtenir la colle dans un parfait état.
Ce petit appareil est représenté, en élévation, fig. 3, pi. III ; c'est un vase cylindrique V, terminé par deux calottes hémisphériques, boulonnées au rebord du cylindre, à la partie supérieure et inférieure. L'appareil se trouve ainsi fermé hermétiquement de toutes parts. Il reçoit divers tuyaux munis de robinets pour le service. La colle à cuire, d'un. volume déterminé, est introduite par l'entonnoir E, dont la communication ou l'interception avec le vase V est établie par un robinet. La vapeur, pour opérer la cuisson, est amenée par le tuyau T et son robinet R. Lorsque l'appareil a été purgé d'air par le tube t et le robinet r, l'écoulement de la colle en vidange a lieu par le robinet X placé sur un gros tuyau ajusté au fond du vase ; o eio' sont des petits robinets indicateurs de niveau pour des volumes diflérents. Si, par exemple, le plus grand volume de l'appareil correspond aux dimensions pour faire cuire 100 litres de colle, on le remplira jusqu'au robinet o. Si on n'en veut confectionner que 50 litres, le niveau du liquide ne dépassera pas le point o'. Le
MOYENS ET MATÉRIEL DU TISSAGE. I6i
-constructeur fait , bien entendu , des appareils en raison de rimportance des établissements et du nombre de métiers à desservir.
Description de tencolleuse^ pi. XI. — Ces sortes de machines, sans être identiques dans leurs dispositions générales et les divers détails, ont toutes les mèpies organes et tendent au même résultat par des moyens qui ne changent parfois que dans des formes accessoires.
La figure 1 donne la machine en élévation , la figure 2 la re* présente en plan du système le plus efficace. Pour travailler, elle reçoit six rouleaux H formés à l'ourdissoir précédemment décrit. Ces rouleaux, chargés de fils, sont placés à Tune des extrémités de la machine sur un bâti en fonte G. Il est très-important que tous les fils se déroulent uniformément, pour s'étaler parallèlement entre eux dans leur marche. A cet effet, les fils des divers rouleaux se réunissent successivement et passent alternativement au-<lessus et au-dessous des deux cylindres successifs. Ainsi, les fils du premier rouleau, du plus éloigné du baquet à colle, se déroulent sur le suivant. Supposons, par exemple, une chaîne de 2 800 fils à encoller. Chacun des six rouleaux en portera 467. Les 467 du premier viendront passer sur le second et se réunir à ses fils. Le nouveau faisceau, par conséquent formé de 934, ira passer en dessous du troisième, où il se joindra à ses 467^ pour former une nappe de 1 401, qui passera sur, le quatrième rouleau, et ainsi de suite jusqu'au sixième pour former la chaîne entière. Tous les rouleaux, bien entendu, d'une égale grosseur et également chargés de fils, seront nécessairement entraînés avec uniformité sans rupture sensible par le développement et la marche de leurs fils pour se rendre au vase V contenant la colle. Ils se dirigent d'abord sur un premier cylindre i en cuivre poli , tournant librement sur ses axes, puis entre les dents d'un peigne, au sortir duquel ils se rendent sur un second cylindre i\ et enfin sous un tambour
khziM, — Arts textmes. 11
plongé dans le récipient à colle V. Ce tambour peut être soulevé ou abaissé au moyen de crémaillères œ, agissant à chaque extrémité de son axe, afin de faire immerger les fils plus ou moins, selon les besoins. La colle est maintenue aussi chaude que possible par un chauffage à la vapeur de sa bâche, au moyen d'un serpentin percé de petits trous. Lorsque les fils sont bîeti imbibés de colle Bouillante, ils passent de nouveau sur deux grands cylindres en cuivre tj t, plongés dans la colle jusqu'à leur axe. Des rouleaux presseurs r, r en fonte massive et enveloppés de drap ou de flanelle tournent par entraînement sur les premiers, directement commandés parla transmission générale. Le passage des fils entre ces derniers rouleaux a pour but d'enlever l'excès de colle dont ils pourraient être imprégnés. A la sortie du dernier presseur, une brosse circulaire B à mouvement de rotation tend à coucher le duvet du fil ; pour que cette action ait toute son efficacité, il faut maintenir constamment la brosse en parfait état de propreté » Une seconde brosse R en crin légèrement humide, parce qu'elle baigne dans Teau, vient tourner contre la première à cet effet* La bâche et Tappareil à colle étant fermé par un couvercle T, on en fait échapper la vapeur au dehors par une cheminée quelconque, figurée en N.
Dans certaines machines anglaises, les fils passent immédiatement et directement autour de grands tambours métalliques ,pour se chauffer et se sécher. Dans certaines encoUeuses fran* çaises, et notamment dans TencoUeuse Gelly, représentée &gk 1 et 2 (pi. XI), la chaîne parcourt librement une certaine distance pour se rendre dans une chambre chaude D, aussi bien fermée que possible, et contenant des cylindres 0, 0', O*', etc., chauffés également à l'intérieur et contre lesquels commence le séchage pour se finir toujours par ses contacts alternatifs dessus et dessous la série des cylindres E, E, placés à la partie inférieure de la chambre D. Ces cylindres sont chauffés avec la vapeur d'éché^ppement des premiers 0, 0', etc. Delà, les fils de
la chatne secs sont conduits autour de Tensouple S, après s'être solidement envergés au moyen de cinq baguettes «, e^ comme dans toutes les machines de ce genre.
La commande générale part des poulies motrices M, M'.
L'inspection de la figure suffit pour voir comment elle se transmet aux divers organes tournant de la façon la plus simple. Quant aux deux cônes X et Y , ils ont pour but de maintenir la régularité de Tenvidage, malgré l'augmentation de diamètre de Tensouple S, grâce au déplacement de la courroie sur les deux cônes, et, par conséquent, au ralentissement proportionnel de vitesse à mesure que la courroie se rend du plus petit au plus grand diamètre. Ce déplacement a lieu , comme à l'ordinaire , par la transmission lente d'une vis sans fin / sur roue h' agissant sur une tringle de la pièce qui guide la courroie.
Au lieu d'entrer dans des calculs de transmission de mouvement qui n'ont rien de particulier, et qui ne donneraient que le rendement théorique de la machine, nous préférons en indiquer la production pratique. Avec une machine semblable, on peut encoller une chaîne de 2 800 fils sur une longueur de 100 mètres en quatre minutes un quart au maximum.
Comme nous l'avons dit plus haut, l'emploi de ces sortesd'encoUeuses a permis de réaliser une économie de près de 80 pour 100 sur les pareuses. Le chiffre de cette économie, pour un établissement de moyenne importance, de deux cent cinquante à trois cents métiers automatiques pour le coton, peut être évalué de 8 à 10 000 francs par an.
Encolleuse anglaise^ sans chambre à air chaud. — Ainsi que nous l'ayons dit plus haut, il y a des encoUeuses qui diffèrent par certains détails de celle qui vient d'être décrite. La figure 3, pi. XI, donne la partie d'une encoUeuse concernant seulement l'appareil sécheur , tout le reste de l'encoUeuse étant identique à la disposition des figures 1 et 2.
Ce qui caractérise la figure 3, c'est en effet le gros tambour T
sécbeur creux chauffé à son intérieur par de la vapeur. La La chaîne H s'y rend après s'être imprégnée de colle dans le vase V , entre deux cylindres dont la %ure ne montre que les rouleaux presseurs R,R'. Une brosse circulaire B est chargée d'égaliser la colle et de coucher le duvet. Après avoir enveloppé une grande partie de la circonférence du tambour T; la chaîne se rend sous le cylindre de tension tj et sur celui de guide t% suivant la direction indiquée par les flèches ; les autres dispositions de la machine sont celles de l'encoUeuse Gelly. On voit que c'est par le séchage seulement que les deux systèmes diffèrent. Ici le fil devant être séché sur un parcours moindre doit, par conséquent, présenter moins de flexibilité ; les fils sont plus durs ; de plus, la vapeur est moins bien utilisée. Cette disposition est d'ailleurs celle dont on se servait à l'origine de l'emploi des encolleuses ; celle des figures i et 2 de la même planche a été établie pour répondre à des besoins que la première ne satisfaisait pas.
§ •. — Maeliiiies préparatoires pour transformer
les fils de trame.
Ces machines comprennent les dévidoirs, les doubleuses et les canetières. Les deux premières ne sont pas toujours indispensables; nous mentionnerons seulement la première et décrirons les systèmes les plus intéressants de l'Exposition concernant celles-ci.
Machines à dévider et à doubler. — Les machines à dévider sont, en général, tellement simples, qu'elles ne se distinguent que par le degré de perfection de leur exécution. Elles n'ont, par conséquent, pas besoin de figures ni de description spéciales ; d'ailleurs les machines à doubler sont de véritables machines à dévider réalisant les conditions les plus compliquées
qui peuvent se présenter dans l'opération du dévidage. Les doubleuses, pour remplir complètement leur office, doivent purger et dévriller les fils ; de plus, pour éviter une des principales causes d'irrégularité dans les doublages, il est nécessaire que la bobine dont un des fils casse s'arrête spontanément aussitôt.
Il y avait à l'Exposition plusieurs dispositions remplissant ces conditions, mais celle qui paraissait fonctionner avec le plus de précision et de sécurité est le système de M. Ryo-Catteau. Nous en donnons, par conséquent, le principe.
Doubleuse de M. Ryo-Catteau. — La figure 1 de la plancl^e XII donne l'élévation d'un élément, et la figure 2 une projection horizontale d'une dévideuse agissant sur trois fils qu'elle réunit en un. Les canettes N des fils, au nombre de trois, sont, par conséquent, embrochées, par leurs brochés ou axes «,a, dans les supports 5,5,5, de l'étagère E. Un bâti peut contenir im plus ou moins grand nombre de têtes semblables, cela dépend de la longueur du métier. Les fils J, 2 et 3 se réunissent à l'entrée d'un système d'embarrage, entre les cylindres ou baguettes en verre c, c\ & ^ c'est-à-dire qu'ils passent sur le premier et le troisième et sous le second. Cette disposition des fils tend et dévrille, en les développant, ceux qui ne le sont pas. A la sortie du dernier, ils passent sur une tige en verre V pour s'envider autour de la bobine de rotation g^ après s'être réunis dans l'œil o du levier R. Le mouvement est imprimé à la bobine g par l'action de frottement qu'exerce en tournant le rouleau de commande G contre la circonférence du collet de la bobine g. Celle-ci est maintenue en contact du cylindre G, par l'extrémité recourbée d'un levier L ; le bec courbe b de ce levier vient agrafer la broche ou l'axe dans lequel la bobine entre librement. Elle est, par conséquent, placée et retirée parallèlement à elle-même dans cette broche, au commencement du dévidage et lorsque la bobine est pleine. Au mo-
ment du travail, le métier étant en marche, les choses sont dans la position indiquée par la figure 1 . Pour arrêter la marche de l'une quelconque des bobines g y il suffit d'incliner en avant le levier vertical / articulé en r. Ce levier / porte un galet e qui vient alors presser contre la partie inclinée f du levier L, force celui-ci à se soulever; il n'y a plus^alors de contact entre la bobine et le tambour G, le mouvement de Tenvidage cesse par conséquent. Cet arrêt a lieu toutes les fois que l'un quelconque des fils casse, grâce à la disposition suivante : chacun des fils passe dans l'œil d'une tige t,t. Cette tige a la position indiquée dans la figure pendant la marche du fil. Vient-il à se casser, la tige t s'infléchit en sens opposé à la direction actuelle, et la partie recourbée verticalement en u s'abaisse et vient ren^ contrer un obstacle dans utie palette tournante ou papillon /?, de façon à ce que le ressort r devienne libre ; il agit alors sur le levier /, pour le pousser en avant et amener le galet e sous le plan incliné du levier L pour le soulever et soustraire la bobine à l'action de rotation de son cylindre de commande g. Le mouvement cesse, par conséquent, de la part de la bobine jus* qu'à ce qu'on replace les choses dans l'état où la figure les montre, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on ait opéré le rattachage.
Production. — Une doubleuse de ce genre est moyennement garnie dé soixante têtes, trente de chaque côté du métier, et peut faire une quantité de produit variable en raison de la finesse des fils. En supposant des fils de coton simple du numéro 40 à 50 réunis en deux bouts , la machine peut, avec la surveillance d'une ouvrière, produire de 50 à 5S kilogranunes effectifs par jour.
§ 'V. — Machines A foire les«eanetCes pour les métiers ft tisser*
Le fil destiné à se loger dans la navette pour former la trame de rétoffe pendant le tissage est tantôt disposé sous la forme
d'un cylindre renflé par son milieu, présentant la forme d'une olive dont les deux peintes seraient coupées. Mais, dans la plupart des cas, on l'enroule de manière à former un cône tronqué ; de là sans doute son nom de canette. La forme cylindrique n'est guère appliquée qu'au tissage de la soie ; le cône est, au contraire, employé comme la disposition la plus avantageuse pour les fils de ooton, de laine, de chanvre et de lin. Dans l'un et dans l'autre cas, les fonctions de la canette et les conditions qu'elle doit remplir ne changent pas. Elle doit être aussi serrée que possible pour contenir le plus de longueur possible de fil, afin d'occasionner le moins de perte de temps pour le nombre de ses remplacements lorsqu'elle vient à s'épuiser. L'envidage doit avoir lieu de façon : à ce que le fil se déroule facilement et avec une grande régularité, à n'occasionner ni vrille ni autres défauts dans le tissage, ni éboulement dont la conséquenee serait un déchet de matière. Enfin, le fil, chassé par la navette, doit se dérouler avec une tension suffisante pour s'étaler uniformément ; la traction ne doit cependant pas exposer la duite à une rupture. Les canettes se sont fûtes pendant longtemps au rouet à la main ; elles se, font en grande partie, aujourd'hui, surtout pour le coton et la laine peignée, sur les métiers à filer lorsqu'il s'agit d'employer la trame simple. Mais s'il faut la composer de plusieurs bouts, ou lorsqu'il s'agit de fil cardé, de bourre de soie, de lin et de chanvre, il faut redéifider la matière pour en former des canettes.
On s'est ingénié depuis plusieurs années à réaliser ce travail automatiquement. Le principe des machines les plus usitées jusqu'ici consiste dans TappUcation de la friction de la canette tournant dans un cône en métal, et s'avançant peu à peu dans cette espèce de godet pour s'm échapper une fois la canette terminée. Ce système, qui tout d'abord s'est fait adopter à cause de sa simplicité, présente cependant les inconvénients suivants : les machines de m genre sont lourdes à mener et e^^igent, par
conséquent, une dépense relativement considérable de force motrice. On ne peut guère employer qu'un cône en bois comme support du fil, là où il est souvent nécessaire de se borner au papier. Le frottement direct sur le fil a également des inconvénients : il peut érailler la matière, la fatiguer, et surtout altérer les nuances. Ce dernier reproche explique comment ce genre de canetière dit à gobelet est plus répandu pour le lin que pour les autres substances.
Le système suivant peut, au contraire, s'appliquer indistinctement avec les mêmes avantages à toutes espèces de substances,
Canetière Ryo-Catteau. — La figure 3 est une élévation et la figure 4 (pi. XII) un détail de cette machine aussi simple qu'ingénieuse. Il s'agit de transformer une bobine B ou un écheveau E en canette. Si Ton opère sur une bobine, il est bien entendu qu'elle prend la place de l'écheveau ; celui-ci est disposé sur un asple ou dévidoir D à rayons R, R. L'axe du dévidoir est assemblé, comme à l'ordinaire, sur le montant M, par son pivot /> à sa partie inférieure, afin de pouvoir incliner cette partie du support, comme le montre la figure. Ce détail a pour but d^amener le montant en avant du bâti général pour faciliter le placement des écheveaux. Le contre-poids P doit équilibrer les pièces dans les diverses positions. La canette N se forme sur la broche b au moyen du fil f. La broche est douée d'un double mouvement, d'une rotation continue et d'un mouvement de translation vertical de va-et-vient, comme dans les métiers continus ordinaires. La figure 3 donne bien les transmissions du mouvement de rotation imprimé par les courroies ou cordes allant du tambour T aux noix n,n des broches ; mais cette figure ne donne pas la commande du chariot, qui ne présente rien de particulier. La particularité spéciale du système consiste dans le guide y du fil ; il est assemblé à un écrou c d'une vis V, commandée par un pignon o, recevant son mouvement par la roue K, engrenant elle-même avec d'autres
transmissions que la figure n'indique pas ; ces transmissions ont leur point de départ sur Tarbre moteur M' du tambour T, La figure 4 montre le guide-fil en détail sur une plus grande échelle. Lorsque la machine fonctionne, le fil se distribue régulièrement de haut en bas et de bas en haut sur la canette N, grâce au mouvement de va-et-vient imprimé à la broche b. Mais une cause quelconque vient-elle à faire casser le fil, Fécrou du guide-fil, au.lieu d'un mouvement de translation et de cheminement dans la direction de la vis, tournera sur place autour de la vis, jusqu'à ce que le fiLsoit rattaché, ce qui a lieu à la place où la rupture s'est produite. Pour arrêter le travail, lorsque la canette est terminée, c'est encore en faisant cesser la communication du fil /avec son guide g qu'on y arrive. Cette machine offre, par conséquent, une réalisation pratique fort simple de ce problème délicat du canetage automatique.
Production. ^- Ici, comme dans tous les appareils de ce genre, la production est variable avec les titres et la ténacité des fils. Si nous prenons pour exemple l'une des matières lès plus susceptibles, dont les canettes sont encore généralement exécutées à la main, la laine cardée, la canetière en question produira moyennement 500 grammes par broche ; une femme ^ soignant un appareil de vingt broches fera, par conséquent, 10 kilogrammes de fil dévidé par jour. Ce résultat facilitera pour sa part le tissage automatique des fils de laine, pour lesquels il fallait parfois jusqu'à deux ouvriers par métier à la préparation de la trame, tandis que maintenant une ouvrière suffit pour alimenter cinq métiers.
g 8. — Canetière spéciale poar le tissage des soieries.
Dans le tissage des soieries, où les opérations antérieures ne rendent jamais le fil sous la forme de ranettes, on a de tout temps recherché les canetières pouvant répondre convena-
i70 LIVRE II. DU MATÉRIEL.
blement aux besoins de la spécialité. Ils consistent non-seule^ ment dans ceux que doivent remplir en général les appareils de ee genre, mais encore dans la nécessité de conserver au fil de la trame, formé souvent par plusieurs bouts, tout le brillant dont il est suseeptible. Les fils réunis, en se rendant des bobines sur la canette, doivent, par conséquent, être soumis i| une tension uniforme pour les maintenir parallèlement et ne pas se vriller ni se tordre.
Disposition générale. — Les figures 1 et 2 (pi. XIII) pré-^ sentent de face et de profil une capetière de ce genre exposée par M. J. Durand, de Lyon, Les figures montrent huit bo-> bines B, dont les fils sie réunissent en un pour s'enrouler sur la canette e, où ils forment le cône ou la canette, gr&ce au double mouvement circulaire autour de Taxe et du va*et-vient ascensionnel et de descente de la burette c, ainsi que cela a lieu dan^ toutes les machines de ce genre.
Transmission de mouvement général. — L'appareil est mis en mouvement par une pédale N, dont l'action est régularisée par un volant V placé au-dessous sur Taxe de la pédale ; la partie supérieure de l'arbre vertical t de cette pédale commande les poulies à gorge K, K' et K". L'arbre horizontal J de cette dernière porte des poulies de friction F agissant sur les galets g portant les pivots inférieurs des broches des canettes chacun à chacun ; elles reçoivent ainsi* la rotation rapide autour de leur axe réciproque. Le mouvement de va-et-vient est imprimé à leur chariot T par l'intermédiaire jies leviers 1, â, 3 et 4, commandés par les pignons a et ô.
Arrêt de l'appareil à la rupture d'un fil. — Chacun des fils passç dans une pièce E, assemblée à une tige verticale A commune à toutes les bobines B. La tringle E est maintenue en avant par le fil qui y passe en allant s'enrouler. Vient-il à casser, cette tringle E tend h tomber. En décrivant un arc de cêrclip, elle agit sur la tige verticale A. Cette tige, repoussée
par Ë, recule en dégageant la tringle recourbée ou coudée m et en laissant tomber Taiguille h à contre-poids p. Celle-ci dans sa chute entraîne une cheville en fîl de fer verticale qui descend alors dans une encoche correspondante pratiquée dans le dis^ que o et l'arrête, par conséquent, ainsi que la canette. Pour remettre la canetière en train, on n'a qu'à agir sur la tige à ressort M pour repousser la tringle m, et remonter la tige h à sa position initiale.
Mode de tension.-^ Tous les fils se réunissent pour se tendr© également sur les rouleaux des disques D, D' ; de là, après avoir passé dans la tige Ë, ils se rendent dans un guide L placé sur une tige filetée 6, qui fait monter et descendre le guide, grâ^ce à up écrou G placé à la partie supérieure de sa vis. Cet écrou est commandé par le frottement d'un disque placé à la partie supé^ rieure de l'axe de la canette. Ces mécanismes, un peu compli* qués, sont cependant ceux dont on fait le plus usage à Lyon.
§ 9. — Métiers aiitoiiiatiqiiefi pour 1» tistMise «le« étoflbs iiai«St
Sous ce titre sont compris les métiers légers dont la largeur ne dépasse pas un jpètre employés au travail des cotonnades, des mérinos, des taffetas, et les métiers de même dimension réservés aux tissus forts comme les toiles à voile, les métiers pour draperie , et pour certaines toiles dont la largeur dépasse parfois trois mètres.
Le métier à calicot le plus anciennement appliqué au tissage automatique est l'objet constant de perfectionnements en vue d'accroître la production et la régularité des résultats. L'augmentation de stabilité dans les points d'appui et l'allégement des organes mobiles a permis d'atteindre à une vitesse de trois cents à trois cent cinquante coups à la minute pour des largeurs de 0",60 à 0"*,70. Il arrivait fréquemment, dans les métiers à grande vitesse, que la navette rencontrant un obstacle
OU s'arrôtant pour une autre cause dans le parcours de la chatne, le battant frappait avant que le casse-fil débrayeur eût agi, et les dents de peigne se trouvaient mises hors de service. Le peigne, articulé maintenant à la partie supérieure, s'écarte dès qu'un objet s'oppose à son action, et reste soulevé jusqu'à ce que le métier ait été replacé dans les conditions normales.
Une autre disposition permet de ramener automatiquement le tissu au point oîi s'est produite la rupture de la trame. Jusqu'ici le casse-fil avait seulement pour mission d'arrêter le métier, en faisant passer la courroie de la poulie fixe sur la poulie folle ; mais cet arrêt ne pouvant être instantané pour une masse lancée avec la vitesse indiquée plus haut, le moteur continuait à faire mouvoir les fils de la chaîne sans profit ; l'ouvrier rappelait à la main le métier au point où le tissage avait cessé. Un métier anglais effectue ces mouvements automatiquement à l'aide d'un mécanisme relié au casse-fil ordinaire. Nous allons donner un des métiers ordinaires dans son entier avec la plupart de ses perfectionnements récents. Nous reviendrons ensuite sur les autres détails qui viennent d'être mentionnés.
§ 't O. — Métier anfomatique ft flaire les étoffes unies.
La planche XIV donne les diverses vues d'un métier de ce genre. La figure 1 est une vue de bout du métier, la figure 2 une vue de face ; la figure 3 est un plan vu par-dessus, et la figure 4 une section passant par un plan vertical au milieu des figures 2 et 3. Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties dans les différentes figures.
Transmission du battant. — L'arbre A est l'arbre moteur principal, le point de départ des divers mouvements des organes du métier. Les poulies B; B', Tune fixe et l'autre folle, impriment ou suspendent l'action suivant la place de la courroie sur l'une ou l'autre de ces deux poulies. L'arbre A est
MOYENS KT MATÉRIEL DU TISSAGE. i73
en fer forgé à deux manivelles et bielles a cl et d' a'". Les bielles a" a" assemblées, par Tune de leurs extrémités, chacune à la manivelle, le sont dé l'autre au battant G. Cet assemblage permet au battant d'aller et venir autour de ses points d'articulation placés à Textrémité inférieure du bâti, et d'agir, par conséquent, deux fois sur l'étoffe pendant une révolution complète de l'arbre moteur A, de ses manivelles et de ses bielles.
Transmission du rouleau ensouple de la chaîne et des lisses. — Le rouleau ou cylindre ensouple D, porteur des fils de la chaîne, est placé à l'arrière du métier. Ses fils, en se déroulant, passent sur une pièce dj dite poitrinière^ pour se rendre dans les mailles ou orifices des lisses ou lames ee, ee^ et de là entre les dents du peigne b. Le mouvement est imprimé aux lames e dans l'ordre voulu pour faire une armure quelconque par des galets /, mus par les cames g g... placées à peu près au milieu de la longueur d'un arbre Ë. Cet arbre est commandé par des roues d'engrenage droites, 1 et 2, placées sur l'arbre moteur A, du côté opposé à cçlui des poulies motrices B, B'.
Commande des fouets de la navette. — Le taquet i, attaché par une lanière au levier y, est assemblé à la partie supérieure d'un arbre /', actionné à sa partie inférieure par unie came à courbure spéciale K, agissant sur un galet conique / placé au bas de l'arbre l.
Enroulement de [étoffe. — Le tissu produit passe sur la poîtrinière F, pour se rendre sur le rouleau tendeur H, et s'enrouler autour du cylindre souple G. Le premier de ces deux cylindres, le rouleau H, a sa surface garnie en verre pilé, en sable, ou avec de l'émeri par un collage, de façon a lui donner une propriété d'adhérence sensible, pour faire presser la pièce entre les deux rouleaux. Ceux-ci restent constamment en contact au moyen d'un levier à poids m, placé sur l'axe de l'ensouple G pour le maintenir tangentiellement contre le cylindre H. L'axe del'arbredu cylindre est disposé dans une coulisse pour lui per-
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mettre de descendre et de s'abaisser, à mesure que son diamètre augmente par l'enroulement de Tétoffe. GelleHîi est appelée par une commande directe consistant dans un pignon n, placé sur l'axe du cylindre H et engrenant avec le pignon n', sur Taxe duquel, et parallèlement à celui-ci, se trouve un troisième pignon n\ dont les dents sont actionnées plus ou moins par un cliquet d'une roue h rochets dont la prise est réglée en raison de la réduction à réaliser ; de même que la tension de Tensouple de chaîne peut être modifiée au moyen du degré de friction exercée par le poids o', agissant sur l'extrémité de la corde o enroulée sur Tarbre de l'ensouple de chaîne. En augmentant ou en diminuant ce poids o', ou le nombre de tours de cordes, on fera varier l'intensité du frottement en eonséquence.
Temple automatique. — Ce temple, pour maintenir constamment l'étoffe à sa largeur régulière et pour effectuer son enroulement sans qu'on ait à y toucher, consiste dans un petit cylindre I ; il peut tourner dans une auge concave et concentrique à la partie inférieure du cylindre j c'est entre la partie convexe du rouleau et concave de l'auge que passe l'étoffe. A chaque extrémité, et à la place des lisières, le cylindre est armé d'aiguilles inclinées, de manière à ce que ces dents, très^ fines, aient des directions opposées pour s'engager dans l'étoffe, et la lâcher, par suite de la direction de leur inclinaison , lorsque le tissu est entraîné. Pour empêcher certains accidents pouvant se produire dans la chaîne ou le peigne par des chocs contre le temple, celui-ci est assemblé à ses extrémités à des ressorts, et les dents du peigne, au lieu d'être fixées invariablement à leurs deux extrémités dans le peigne, ne le sont pas à la partie inférieure, et peuvent ainsi céder devant un accident, un choc, ou toute autre cause anormale, ainsi que cela a déjà été annoncé.
Mécanisme casse-trame pour arrêter spontanément le métier. •^ Il existe diverses causes de troubles dans le tissage automa*
tique, auxquelles on a cherché à remédier. Il se peut, entre autres accidents, que, par une cause quelconque, la navette soit mal dirigée dans sa course, vienne s'engager entre les dents du peigne, ou passer à travers les fils de la chaîne. Dans l'un et dans l'autre cas, elle sera déviée de sa marche normale, et il y a alors urgence d'arrêter aussitôt le métier, pour éviter les accidents plus graves encore et des détériorations, si la machine continuait à travailler. Il arrive également trop souvent que la trame casse, et que la navette continue néanmoins son trajet avec régularité. Elle ne fournit, par conséquent, pas de fils, et la pièce présenterait alers des claires à ces endroits, si on n'arrêtait le métier à temps, et si même on ne le faisait revenir à la place oîi les fils manquent, afin de les rattacher au point où la solution s'est présentée. Dans ces deux cas principaux, il y a donc urgence d'arrêter le métier aussi rapidement que possible, sans rien détériorer. Et comme l'œil du surveillant pourrait faire défaut, le métier doit suspendre spontanément le mouvement , soit lorsque la navette ne suit pas sa course normale, soit lorsque la trame vient à rompre. Il y a une disposition qui correspond à chacun des deux cas. Commençons par la description du mécanisme à mouvement d'arrêt spontané par suite de la déviation de la navette de son chemin régulière
Les détails du mécanisme sont surtout visibles fîg. 1 , 2 et 3. Une tringle horizontale, dont on voit la coupe en r (flg. 1), passe d'une extrémité à l'autre du battant. Elle est chargée d'opérer le débrayage et de faire passer la courroie de la poulie fixe sur la poulie toile. A cet effet, cette tringle r porte deux leviers r'f^ l'un à chacune de ses extrémités, destinés à agir sur un renflement placé dans l'intérieur de la boîte à navette ; cette même tige est munie d'un levier pn dans la direction de la pièce à entaille y, désignée sous le nom de grenouille. Ce levier peut agir sur la grenouille et, par suite, sur le ressort du levier K,
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sur les leviers et contre-leviers L et U. A Tintérieur de chaque boîte à navette se trouve une mince feuille métallique formant un renflement latéral sur laquelle s'appuient, du dehors en dedans, les leviers r'r\ pour la presser comme ils presseraient un ressort. Toutes les fois que la navette passe régulièrement, elle comprime le renflement élastique et maintient les choses dans la position indiquée par la figure 2. Il n'y a alors aucune jaction de la part du levier r" sur Tentaille de la grenouille q et la transmission de la courroie. Mais la navette vient-elle à manquer, le renflement conservera la position naturelle en formant saillie à l'intérieur, et permettra aux leviers r'r^ de basculer, de manière à abaisser le levier r" et à le mettre en présence de l'entaille q. Celle-ci recevra une légère impulsion parallèlement^à elle-même, et en prenant la position y ^'(fig. 3) la pièce agit sur une cheville ou goupille x placée sur le levier K, et force ce levier de sortir d une encoche où il est maintenu par un ressort pendant la marche du métier. Ce mouvement du levier fait dévier la fourchette K' de la courroie, et la transporte de la pouUe fixe B sur la poulie folle B'; le métier s'arrête par conséquent. Afin que cet arrêt soit plus sûr et plus prompt, la pièce à entaille, en se reculant, entraîne un levier articulé L, qui force une espèce de sabot ou frein L de frotter sur le volant L". L'arrêt ne serait pas instantané si le frein n'enrayait l'action.
Quant aux moyens pour suspendre le travail lorsque la trame vient à se rompre, ils consistent, en principe, dans les dispositions suivantes. A l'une des extrémités du peigne c est disposée une espèce de grille par des broches verticales c. Directement à l'opposé, en face de cette petite grille, est suspendue une fourchette oscillante S, qui, dans le mouvement du battant, vient s'engager dans les petits barreaux ou tringles de la grille c'.
'Ce levier S, articulé par le milieu de sa longueur, est re-
courbé en crochet, de haut en bas, à Textrémité opposée à celle disposée en fourchette. Cette fourchette est assemblée à une petite tige t ajustée, par une de ses extrémités, au levier horizontal ?/, lequel touche en un point de sa longueur le ressort du levier débrayeur A. D'autre part, sous la fourchette S, est disposé un levier vertical y, à crochet ou entaille, de façon à ce que sa partie recourbée corresponde à celle de la fourchette et puisse, dans une position déterminée, Tagrafer. Le levier y reçoit constamment un mouvement oscillatoire, qui lui est imprimé par un contre-levier à retour d'équerre y\ recevant lui-même son impulsion par une came placée sur Tarbre E. Tout le temps que le passage de la trame pendant le travail maintient la fourchette dans la position indiquée dans la figure 1, elle n'a pas de relation avec le levier vertical y. Mais si le fil de duite ne passe plus, la fourchette S s'incline en arrière, de façon à agrafer le bec du levier y. Le levier horizontal u sera aussitôt attiré en avant, de façon à dégager de son entaille le levier de débrayage A, et la courroie passera alors de la poulie fixe sur la folle. Mais pour qu'il y ait en même temps serrage du frein, comme dans le cas précédemment décrit, il y a aussi un efiFet simultané sur une seconde partie du mécanisme dont le point de départ est un crochet x\ correspondant au levier à poids N, déjà décrit. Ce levier est assemblé à une tige verticale V, suspendu par son extrémité supérieure à un levier x^ placé sous la poitrinière F. Il a la forme d'un bras incliné (voir fig. 2), reposant sur un galet ou petite poulie w de la tringle de débrayage. Il a également un crochet x\ qui se lève au-dfessus de la poitrinière, et peut agrafer le levier u. En un mot, les choses sont disposées de façon à ce que, dans le mouvement normal du métier, le levier X, et, par conséquent, l'équilibre du levier N et de son contre-poids, soient maintenus seulement par la suspension du crochet x'. Mais lorsqu'il y a rupture d'une duite, en même
ALG4N, — Arts textiles, 12
178 MVBE 11. DP IfATÉRICIL.
temps qu'il y ft pn engrènement entre la fourchette et le crqchet du levier y pour déterminer le passage de la courroie de la poulie fixe sur la folle, le galej; w met le levier x en liberté, ce qui permet au levier N d'agir sur L et de serrer le ffeiq du volant L'' de la manière décrite précédemment. Pour ren^ettre le métier en mouvement, op n'a qu'à agir sur le levier débrayeur au moyen de la main.
§ i i . ~ Métier Howard et Bvlloeh, sapprimMit Tarrèt du métier, et remplaçant spostavément la naTette déviée de sa direetion paf une noayelle aavette.
Ce métier, que nous appellerons métier à tisser sans arrêts^ réalise un progrès de plus. MM. Howard et Bulloch, à qui le tissage automatique doit déjà, entre autres perfectionnements, le mécanisme du casse-trame débrayeur, dont nous venons de parler, ont eïposé un métier à peine achevé, qui tisse pendant une journée entière sans nécessiter d'autre arrêt que le temps du graissage. Dès que le fil de la trame casse ou se trouve épuisé dans la navette, celle-ci est jetée dans une boite disposée ad hocj et une autre navette, placée en attente au-dessus de la botte du chasseur, vient prendre la place de la première. Ge double mouvement se fait simultanément, toujours au moyen du casse-tri^me qui, au lieu d'arrêter le métier, lui fournit une nouvelle alimentation. Il résulte une augmentation de travail de 2S à 40 pour 100, suivant que l'ouvrier tisseur conduit un ou deux métiers. Sans doute, ce perfectionnement soulève quelques objections, et Ton est disposé à craindre certains effets de malfaçon provenant de duites inachevées ou complètement absentes ; le premier inconvénient n*a pu encore être évité, le second a disparu, car le métier revient de lui-même au point où la duite entière fait défaut.
La fabrication d'un grand nombre d'articles courants n'exige
MOYENS ET BfATÉRIiX DU T13SAGE. 479
pa8, (l'splleufs, wm perfectioq telle, que quelques duites in* complètes caiisept fine âéprécit^tipn dû produit.
§ i 9. — Hétiev steylUlé pmur AUre Tarler le dnltage.
Un métier à tisser la toile à voile, construit par MM. Urquhart, Lindsay et G*^ de Londres, présente un perfectionnement aussi récent que le précédent et est destiné à faire varier le nombre de duites dans la proportion de quatre à vingt par centimètre, au moyen du déplacement d'un seul boulon. Ge boulon, fixé dans la glissière d'un levier qui commande Tappel du tissu, modifie 1{^ quantité d'enroulement suivant la longueur du levier. Les nombreux pignons employés avec les métiers en usage ne donnent pas des résultats aussi variés et causent une plus grande perte de temps. Cette disposition est représentée dans son ensemble flg. 1, pi. XV. Les figures 2 à 8 donnent les détails.
L'appel du tissu sur Tenspuple du métier est variable à Taide d'un bras de levier L, qui peut être fixé en un point quelconque de la coulisse M, au moyen d'un boulon à écrou a. La pièce L est calée à l'autre extrémité sur un excentrique fixé à un arbre b, commandé directement par l'arbre moteur, de sorte qu'à chaque duite le levier L imprime un mouvement de va-et-vient à la tringle î^ftiçulée f, Pftws h prewièr^ période de ce mouvejnent, de gauche à droite, F pousse dans le même sens la vis sans fin ar, montée folle sur la partie tournée / (voir fig. 2). Cette vis, en se déplaçant, &it tourner le pignon B, calé sur un axe commun, avec une autre vis K et une roue droite G (détails, fig. 4 et S). La vis E fait avancer l'engrenage G et produit l'enroulement du tissu ; dans le même temps, C agit sur le pignon D. Ce dernier fait corps avec la vis P et lui donne une vitesse quintuple de la vitesse de G, mais la vis P engrène aussi avec un pignon B calé sur le manchon A, et qui tend à
imprimer à P une vitesse moindre. P, sollicité dans le même sens par cette double commande, obéit à la roue D, avec laquelle elle se trouve liée d'une façon rigide, et, pour satisfaire sa relation avec B, prend un mouvement ascensionnel suivant la génératrice de D.
Dans la seconde période, lorsque la tringle F revient de droite à gauche, Tensouple ne doit recevoir aucuni mouvement, et, par suite, la vis K et le pignon B doivent rester immobiles. Pour obtenir ce résultat, la vis sans fin x tourne dans la denture de B en neutralisant le mouvement de recul que lui imprime F. En effet, la vis P et le pignon D, qui ont été soulevés dans la première période du mouvement, à la partie supérieure de l'enveloppe en fonte V, redescendent en vertu de leur poids. Mais, comme la roue C offre une résistance assez considérable à l'en-
tratnement, ce glissement se fait sans mouvement de rotation de la part de P, qui agit sur le pignon Ë et détermine par là le mouvement circulaire de x.
L'idée sur laquelle repose ce moyen de faire varier le duitage par une variation de l'amplitude de la course du levier-moteur F est ingénieuse ; il est seulement désirable de la voir réaliser par un mécanisme moins compliqué que celui représenté planche XV.
§ IS. — Héller anlomatlqne à tissar les soieries unies,
par H. SalUer.
Les figurjps 3 et 4, pi. XIII, donnent, la première, une vue de profil, et, la seconde, une élévation verticale du côté de la chaîne. Ce métier est surtout remarquable par la grande distance que parcourt la chaîne pour se rendre de l'ensouple aux autres organes. Cette disposition a pour but de faciliter la surveillance des fils de la chaîne, et de leur laisser toute l'élasticité désirable dans les mouvements. Le métier renfermant
d'ailleurs exactement les organes que nous venons de décrire dans les précédents, et étant fort simple dans ses transmissions de mouvement, une légende, sans autre explication, suffira pour le faire comprendre.
Les organes sont : Â, Tensouple portant la chaîne;
B, Tensouple portant de l'étoffe ;
C, poitrinière de la façure ;
D, appareil d'enroulement dit régulateur;
E, battant;
F, lisses avec leurs cordes de suspension F'.
Les transmissions comprennent les parties suivantes :
G, poulie motrice ; H, arbre jiioteur ;
I, I, marches ou leviers des lisses ; KK, chasse-navettes;
L, L, cames agissant sur les chasse-navettes ; M, m, la chasse et les transmissions du battant ; N, came d'action du battant ; 0, rouleau-guide de la façure ; P, débrayage; R et S, bâtis du métier.
Ce métier, quoique n'offrant rien de particulier, a cependant une apparence particulière et une certaine élégance dans sa disposition générale, parfaitement appropriée d'ailleurs au travail de la matière précieuse à laquelle il est spécialement destiné. Il a fonctionné d'une manière satisfaisante à l'Exposition.
§ 14. — Hétlers ft grandes largeurs.
Les fonctions de ces machines sont identiques à celles des métier^ légers et étroits, mais leur exécution présente certaines difficultés.
La navette, par exemple, ne peut plus étire Idticée comtiie dans les métiers du genre précédent ; lOs caines ordinaires du ishassenavette ne suffisent pas, et bii a dû adopter certaines dispositions qui, en donnant une plus grande surface à U touche du chasseur, en augmentent la puissance ; ces cames ont néanmoins l'inconvénient de fonctionner avec une vitesse déterminée et régulière. Le nombre de tours du moteur vient-il à diminuer, les touches fonctionnent mollement, la navette part sans force et s'arrête souvent avant d'atteindre à l'extrémité de la course; aussi les cames sont-elles généralement remplacées par des ressorts dont la détentfe, produite au moyen d'excentriques ou de manivelles, détermine te mouvement du chasse-navette avec une force indépendante de la vitesse du niétiei*. Mais ces ressorts se fatiguent assez rapidement, ils perdent ellol*s léui* élasticité et se rompent. Les ressorts bourrés de laine, indiqués parmi les progrès du matériel accessoire, offriront probablemeht un remède à cet inconvénient. Les tt'ansmissions destinées à l'enroulement du tissil et aU déroulement de la chatne sont aussi l'objet de modifications sur les métiers réservée âlit articles forts. Malgré les essais tentée, aUcun principe hôUveaU n'a prévalu sur la disposition de Vaucanson, qui se servait du rouleau presseur pour entraîner l'étoffe d'une feiçon indépendante du diamètre variable des ensouples de la chslthe et du tissu.
Métier à mouveinêHi ^arrtt loHqtitïn fil de chaîne tasse. — Nous regrettons de n'avoir pas vu figurer j parmi les perfectionnements mis en lumière par l'Exposition de 1867, la construction d'un métier à casse-fil de ch&itne. Ce métier fi*ançais, dont l'admission avait été accordée et qui n'a pu être prêt en temps, paraît avoir résolu un problème des plus intéressants. Depuis longtemps, le métier à tisser automatique s'arrêtait, avonsnous dit 4 lorsqu'un fil de trame était rompu, mais lés accidents de la chaîne n'étaient révélés par aucun moyen précis. Le métier [auquel nous faisons allusion s'arrête spdntàné*
MOYENS ET MATÉtllEL DU TISSAGE. 183
ment lorsqu'un fil quelconque de la chaîne vient à manquer. Métiers à armures. — Tous les effets façonnés pouvant être obtenus économiquement sur les métiers Jacquart, et les métiers à armures n'étant que les diminutifs des premiers, nous n'en dirotis qiie ({Uielquèâ mots. Ces métiers se distinguent etitre eux p^T le ndttibre de6 lisses ; celles-ci sont employées seules à réa-
User les entrelacements fondamentaux des fils, ou à produire certains effets qui exigent jusqu'à vingt lisses ; d'autres fois, elles servent d'auxiliaires au mécanisme Jacquart. Dans ce cas, celui-ci engendre lé façonné du tissu, et l'armure exéciite la partie unie ou fotid. Les perfectionnements des métiers à armures portetit sut* le fonctiohnement des lisses dont nous indiquons le rôle.
Les dispositions adoptées dans les divers métiers elposés donnent toutes de bbils résultats ; l'une d'elles consiste à faire soulever les lisses au moyen de chaînes métalliques commandées par des leviers verticaux en fer, qui sont eux-mêmes aniniés d'iin ffiouvement^alternatif de va-et-vient, à l'aide de galets en fonte guidés par des plateaux excentriques.
Dans d'autres, les excentriques soht remplacés par des fiches métalliques fixées dans des plaques en bois qui forment la ehaîUe sans fiU, et agissent successivement sur les leviers des lisses. Enfin, un dernier système exposé dans la section américaine présente les touches sous forme de galets : cette disposition paraît téunit les conditions de douceur et de résistance nécessaires à Une bdune marche.
Une autre modification à signaler consiste dans la division de la chaîne pour le passage de la trame, c'est-à-dire que les fils de la chaîne baissent et lèvent par moitié^ afin de diminuer l'angle résultant du soulèvement de tous les fils dans la même direction et d'amoindrir les frottements. Dans quelques métiers encore, les fils levés sont tous déplacés dans le même sens, mais les lisses de derrière ont une plus grande course que celles de devant, encore dans le but de réduirei'eSët des frottements.
§ 15. — Métiers automatiques à faire les velours.
L'étoffe la plus délicate à produire est sans contredit le velours. La formation des parties cannelées au moyen des fers ou
mouleSy l'enlèvement de ces moules pour laisser subsister les boucles dans le velours frisé, ou pour les fendre au sommet dans le velours coupé, constituent une opération lente et minutieuse. Malgré de nombreuses tentatives, le travail automatique n'avait pu être appliqué qu'aux velours à grosses boucles, aux tapis veloutés et aux peluches de la chapellerie. Nous avons vu, pour la première fois, à l'Exposition, un métier exécuter mécaniquement les articles les plus fins et les plus réduits. Ce métier est du système dit à la barre ^ employé presque exclusivement dans l'industrie de la rubannerie et de la passementerie pour tisser simultanément un certain nombre de pièces parallèles. Ce genre de tissage était borné aux articles unis, et le velours était produit isolément. Le métier Joyot exécute les rubans cannelés, veloutés et tous les autres articles obtenus par le concours des aiguilles, sans que le nombre des pièces soit limité autrement que par les dimensions du bâti. Cette invention permet également d'exécuter un ruban sans envers, c'est-à-dire un velours à double face qui constitue une nouveauté dans la rubannerie. Le métier à la barre de M. Joyot est d'awtant plus intéressant qu'il contribuera sans doute à améliorer la situation d'une industrie rudement éprouvée dans notre pays par la concurrence des contrées oîi la main-d'œuvre est à meilleur marché. Déjà les métiers automatiques ont réalisé, il y a une trentaine d'années, pour la fabrication des peluches, une transformation qui a fourni aux industriels français les moyens de soutenir victorieusement la lutte avec leurs rivaux, et d'augmenter les salaires de leurs ouvriers. Espérons que l'ap-
pUcation pratique du nouveau système aura bientôt les mêmes conséquences.
§ 1 6. — Métiers automatiques ft naTettes multiples.
Le nombre des métiers auxquels on a ajouté des mécanismes chargés de présenter spontanément, après chaque coup de battant, un fil de trame déterminé, est si considérable et les divers ssytèmes d'exécution sont si variés dans les détails, que cette partie de l'Exposition mérite une attention particulière. ^
Le besoin de s'affranchir du surcroît de main-d'œuvre payé au tisserand à la main suivant le nombre de navettes de diverses couleurs dont il fait usage, a été le point de départ de nombreuses recherches pour atteindre le but plus économiquement; mais, soit que les moyens laissassent à désirer, soit que les besoins du tissage fussent moins absolus, peut-être en raison de ces deux causas, les métiers à navettes multiples trouvèrent re* làtivement peu d'applications jusqu'à ces dernières années, et ne se montrèrent qu'en petit nombre aux précédentes Expositions.
La France et l'Angleterre seules en avaient présenté quelques spécimens, peu répandus encore en Angleterre et à peine essayés dans notre pays. Aujourd'hui, tous les mécaniciens qui construisent le matériel du tissage exposent des métiers de ce genre. Ils peuvent être classés en deux grandes catégories : celle où le changement de navettes s'effectue par un mouvement de rotation, dite des métiers revolvers, et le système à mouvement vertical de bas en haut ou de haut en bas suivant l'ordre déterminé par la composition du dessin. Les deux systèmes également bien exécutés donnent des résultats pratiques équivalents ; cependant la boîte à revolvers paraît devoir trouver surtout son application dans le tissage des fils dont le titre élevé n'entraîne pas à des dimensions de
186 LIVRE in nu matériel.
natettes trop considérables. Lorsque, psr suite de la largeur de rétoffe ou de la section des fils, les proportions des ttavëttes augmentent sensiblement, la disposition des boîtes rectangulaires devient préférable. Le nombre même des fils de trame de couleurs différentes que Tun et l'autre système emploient constitue un progrès de date récente, et démontre l'étude approfondie dont ces tJërfectiontiëtnetits diit été l'objet.
Certàihs de ces métiël^ tissent non-seulement suivant un ordrfe constailt et invariable, mais peuvent modifier l'ordre de la succession des duites. Une troisième amélîorsltion est la faculté d'éviter là juxtaposition de deux trames de tnêinë couleur. Dans la plupart des métiers, la navette, après avoir été lancée dans un sens, est Ramenée éii sens contraire à son point de déjpart ; de là, une juxtaposition inévitable de deux fils iden-
tiqtiés. Dans riitl des plus perfectionnés, le tnoUvement des bottes est réglé de telle façon qiie sept duites de couleurs différentes Jîeuvent être chassées successivettieilt dans l'ordre tiaturel des nombres pour fournir ensuite uhë liouvelle succession cri sens iriverse, soit dans le mêiiie drdre, soit dans uti ordre différent. Ainsi, les navettes riliinérotées de 1 à 7 seraient sùccëssivemeht envoyées de droite à gauche et deviendraient de gauche à droite, soit de 7 à 1, sôit dans tout autre ordre. Ces combinaisons, |)atefatées défluis ihoinâ d'iirié àilnéé, sont exécutées avec une grande perfection. Le fonctionnement de ce genre de métier ne laisse rien à désirel*. Il n'est pas inutile d'ajouter qu'ici, comme dans le tissage des unis, le métier s'arrête par l'effet dû cassë-fil dès qti'un accident se produit. Cette garantie contre la malfaçon devierit plus nécessaire à mesure que le travail automatique est appliqué à des articles d'une valeur plus grande.
Afin de dotlner un aperçu des conséquences de Templôi des métiers à navettes illultiplës, hous nous bornerons à citer les chiffrés suivants : dans le tissage à la main des draps lisses,
MOYEMd ET ttATÉRlEL Dt tlSSAGË. 187
l'ouvrier reçoit, eti moyenne, 9 & 10 centimes par 1 000 mètres de trame ëtnployés ; le tnêmë travail lui est payé, pour Tarticle de nouveauté, 23 cètitiities et demi lôfsqu^il ètnploie deux navettes; 2S centitnes pour trois tiavettes; 26 centimes podr quatre navettes, et 87 ou 28 centimes pour un nombre supérieur. L'importance des services k espérer des nouveaux métiers est d'autant plus grande, tjue dans les lainages seuls le nombre des articles de fiiUtâisië l'emporte de beaucoup siii* celui des tissus unis. Avec les métiers, dont nous parlons, le prix du tissage à plusieurs couleurs sera à peine plus élevé que celui des unis.
§ ilf. — Métiers ft tisser û, plasIeMrs navettes.
Nous donnons, planche XVI, un métier de ce genre construit par MM. Stehelin \
Fig. 1, un profil ; fig. 2, un plan ; fig. 3, un détail du mécanisme spécial vu de côté ; fig. 4, les plaques de commande formant chapelet, correspondant aux quatre positions des butteurs L, L', L", L^
A est la boîte à navettes à plusieurs compartiments ; elle est reliée au levier C par la tige B.
liC levier C porte plusieurs gradins correspondant aux diverses positions de la fcoîte à navette A ; ce levier est retenu dans ses diverses positions par le levier D et la goupille E, le levier D étant sollicité contre les gradins par le ressort M
(fig. 2).
Ces diverses parties restent au repos pendant la marche du
^ Cette planche ne donne que le mécanisme spécial du changement des navettes^ les autres organes et leurs transmissions n'offrant rien de particulier qui n'ait été détrit t^rébédëmmëilt.
métier, jusqu'à ce que le dessin exige une autre couleur, et, par conséquent, le déplacement de la boîte A et du levier G.
Ce déplaceâaent a lieu par le levier F, qui reçoit un mouvement vertical alternatif autour de son tourillon par l'excentrique G y fixé sur l'arbre à excentrique du métier à tisser; le levier F porte une goupille H correspondant aux crochets I, F, 1", qui ne peuvent s'accrocher à la goupille H que quand les aiguilles K, K', K'' (fig. 2) le permettent.
Ces ajiguilles K, K', K'', etc., sont sollicitées par des ressorts contre un chapelet de plaques en bois. Chaque fois qu'un changement de navettes doit avoir lieu, la plaque du chapelet, qui passe devant les tiges K, K', K", etc., portera un trou correspondant à l'aiguille du crochet qui doit s'engager, et permet à cette aiguille d'avancer ; le crochet se place alors sur la goupille H, qui l'entraîne dans son mouvement ascensionnel, ainsi que l'un des butteurs L, L', L", etc., auquel il est relié.
L'aiguille engagée dans l'un des lacets d'une plaque-chapelet (fig. 4) est dégagée par le mouvement de va-et-vient de l'arbre carré N sur lequel passe le chapelet.
Le mouvement, de va-et-vient est communiqué à l'arbre N par le butteur fixé sur le levier F ; ce butteur, "par le mouvement du levier, vient agir contre la saiHie fixée sur la tige P servant de support à l'arbre N. Cet arbre est ramené par le ressort au boudin Q.
Le chapelet avance, toutes les deux duites, d'une plaque au moyen du pont-levier R, qui accroche à chaque mouvement de va-et-vient de l'arbre N l'une des quatre dents placées sur cet arbre, et le fait ainsi tourner d'un quart de tour. Le ressort S, qui sert sur l'arbre N, l'empêche de tourner plus d'un quart de tour.
Les butteurs L, L', L", etc., qui ont des coulisses plus ou moins longues et des nez /, l\ F^ etc., plus ou moins saillants, sont en rapport avec le levier G au moyen de la goupille E. Si
Tun d'eux s'élève, il élèvera aussi le levier C, conformément à la longueur de la coulisse, et le levier C élèvera de son côté la boîte à navettes A.
Si, par contre, la botte à navettes doit tomber, l'un des nez /, /', P^ etc., se heurtera contre la poulie rf fixée au levier D et dégagera la goupille E du levier C pour le laisser descendre d'autant de gradins que la longueur dont le nez aura fait avancer le levier D le permettra.
Des . exemples expliqueront bien mieux l'opération entière. Admettons que la boîte à navettes doive s'élever de manière que la seconde navette (en commençant par compter par le haut) vienne à fonctionner; dans ce cas, la goupille H accrochera le crochet r qui appartient au butteur L" et relèvera, ainsi que le levier G, conformément à la longueur de la coulisse L".
Comme le butteur \I répond à la seconde position de la boîte k navettes, celle-ci se trouvera nécessairement à la hauteur voulue.
Si la boîte devait de nouveau retourner dans sa position la plus basse, la goupille H accrochera le crochet I qui appartient au butteur L ; L, qui a le plus grand nez /, débrayera la goupille E entièrement au moyen de la poulie d des gradins du levier C, et la boîte tombera par son propre poids jusque dans sa position inférieure.
La longueur du chapelet et, par suite, le nombre de plaques en bois dépendront de la longueur du dessin que Ton veut tisser.
Les pédales T et U servent à remonter ou descendre la boîte à navettes à volonté si le niétier est arrêté, dans le cas oîi l'ouvrier voudrait changer ou vérifier les différentes couleurs.
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