CHAPITRE III
ATEUER THÉATBAIi. ! — BOUTIQUE m ROUANS. — ^03 RELATIONS ÉPISTOLAIRES AVEC M. DUMAS. «-^ ANECDOTES.
Mais d'abord il nous faut combattre ua détestable argument, que certaines personnes ont la bonhomie de trouver péremptoire.
Les peintres , dit-on , les sculpteurs font travailler leurs élèves ^ et pourtant les œuvres sont toujours signées du maître. Or ce qui a lieu danslesartspeutégalement avoir lieu dans les lettres; donc M. Dumas a le droit de se faire aider par qui bon lui semble et; de signer toute |a be^ sogne.
Voici qui est concluant.
Nous félicitons de grand cœur le philosophe qui raisonne avec une mé^ thode aussi Ifirge et une précision si parfaite. Il nous prend envie de briser notre plume , de nous prosterner devant cet homme profond et de lui demander humblement à baiser le bas de sa robe.
Toutefois, essayons de lui répondre.
« Ce qui a lieu dans les arts peut également avoir lieu dans les lettres. * • »
Permettez ! il y a dans la peinture et la sculpture une p^tie esseptiellement matérielle qui n'existe en aucune sorte dans les travaux littéraires,i k moins qu'on ne tienne compte delà besogpe du copiste, et nous sommes à peu près sûr que les collaborateurs de M. JQumas se révolteraient énergiquement contre celui qui les traiterait de copistes. Un livre n'a que deux choses, le fond et la forme, la conception et le styte. Paus les arts , au contraire , la partie matérielle du travail laisse des traces très visibles. Les élèves de Raphaël qui travaillèrent à la belle toile de la Transfiguration^ les élèves de Michel- Ange qui travaillèrent à la Chapelle^SixHne, les praticiens de tous les maîtres en sculpture ont pu prêter leur labeur sans toucher à la pensée créatrice. Qu'ils aient broyé des couleurs ou qu'ils les aient étendues sur une esquisse ; qu'ils aient coi^vert une toile de ces pre-
miers plans de cdoris , forme insignifiante qn'anime ensuite le sonffle do maître, il n*y a aucune comparaison à étaUir avec ce qui se passe dans les lettres.
Et voyez cette différence.
Raphaël a pu emprunter la craie de Jules Romain pour transporter son carton sur la toile. Ce carton, dépositaire de la pensée du maître , est dans les yts ce que le plan d'un livre est dans les lettres. Or M. Dumas achète des plans et devient vis-à-vis du vendeur ce que Jules Romain était vis-àvis de RaphaêL
Ajoutons que, dans les lettres, bien plus que dans les arts, la pensée première constitue Tœuvre véritable. On peut avoir le don du coloris ou le don des lignes, et être un grand artiste. Mais sans la conception , sans l'étincelle créatrice, sans l'idée, le poète ressemble à ces ouvriers tisserands qui rencontrent sous leurs doigts les fleurs les plus éclatantes d'un cachemire, sans se douter du mystère qui les fait éclore.
Enfin les grands-maîtres en peinture n'ont jamais exercé leurs élèves en vue de la production, mais en vue de l'étude.
Durant lés saintes veilles de ces laborieux enfants d'une école, le maître ne comptait point l'or que chaque heure de travail pouvait amener, mais les éclairs de génie que chacun de ses regards faisait luire sur le front du travailleur. Profanes , ne confondez point l'exploitation avec l'initiation ! De toutes les écoles d'Italie sont sortis des maîtres et des chefs- . d'œuvre. Que sortira-t-il de l'usine littéraire de M. Dumas? de la honte pour lui, de l'épuisement et de l'obscurité pour les autres. Raphaël enseignait à Jules Romam le sentier qui mène aux cimes de l'inspiration ; M. Dumas ne montre à ses travailleurs que la route qui descend aux abîmes. Raphaël prêchait à ses élèves le dogme de l'idéal et les pieux mystères de la beauté absolue ; M. Dumas apprend les hommes de lettres qu'il exploite à se moquer des pruderies de la muse et ne se les rend féconds et fidèles qu'à force de les corrompre.
Résumons-nous :
Les maîtres, dont on allègue ici les traditions d'atelier, donnaient le génie à leurs élèves en échange de quelques coups de brosse ou de ciseau, qui servaient^ dégrossir une œuvre; M. Dumas ne donne qu'un peu d'or en échange d'une âme qu'il absorbe tout entière. Ses collaborateurs sont les Raphaël ; le copiste, le dégrossisseur (forgeons le mot), c'est lui.
Dans une œuvre littéraire , tout se tient , tout s'enchaîne. Ce n'est pas un édifice que Ton peut construire par portions détachées. La page qui suit est la sœur de la page qui précède; elles sont du même sang, de la même pensée ; la conception pas plus que l'exécution ne sont intermittentes, l'une et l'autre se produisent d'un seul jet Deux hommes s'accouplent pour faire un livre , les choses se passeront nécessairement de telle sorte que l'un oréera le fond i l'autre la forme ; mais on ne verra jamais l'un concevoir
-^ttft^A.
une partie de l'oavrage et habiller le reste. Il est évident que ces deux hommes sont égaux par le travail et par le mérite du résultat. Si l'un des deux se cache , il donne nécessairement à l'autre une partie de puissance qui n'appartient pas à celui-ci. Dans les arts, c'est bien différent Un élève saura préparer une palette , esquisser un œil , empâter un premier plan » fondre un horizon, masser un feuillage, indiquer une draperie, et partant aider à l'œuvre du maître, tout en essayant ses forces dans un travail utile; mais est-ce à dire pour cela qu'il fût capable de l'œuvre entière, soit dans sa création, soit dans son exécution?
S'il y a donc en peinture des élèves, il n'y a dans les lettres que des collaborateurs, qui sont tous forcément sur le pied d'une égalité parfaite. Où cette égalité cesse, la morale reçoit une grave atteinte. En peinture, c'est l'enseignement ; en littérature, c'est le vol. M. Dumas signant les œuvres des hommes de lettres dont il s'entoure, c'est Horace Yernet signant un tableau de Paul Delacroix^ c'est Bosio signant un groupe de Pradier. M. Dumas puisant dans la pensée de Shakespeare, de Goethe, de Schiller, c'est Delaroche transportant sur l'une de ses toiles le Crucifiement du Guide.
Nous avons entendu notre héros faire l'apologie du plagiat Voyons un peu comment il a su mettre en pratique son honorable système. Et d'abord prenons l'une après l'autre chacune des pièces de théâtre pour lesquelles on ne lui connaît point de collaborateurs vivants, ce qui ne veut pas dire le moins du monde qu'il les ait fabriquées tout seul.
HENRI III. — C'est là votre plus beau succès, monsieur Dumas ,• c'est là
sans contredit la pierre, angulaire de votre réputation, le commencement de
vos triomphes, la plus juste excuse de votre orgueil. Mais n'auriez-vous
jamais par hasard entendu citer le nom d'un certain Pierre de l'Étoile,
grand audiencier de la chancellerie de France, un homme très-aimable,
qui vivait de 15^0à 1611 et qui hantait beaucoup les grands de son époque?
Ce Pierre de l'Étoile, pendant les trente-cinq dernières années de sa vie,
a rédigé le journal le plus curieux et le plus intéressant qui se puisse lire.
Or vous avez soustrait à ce recueil toutes les péripéties de votre drame et
l'histoire de la Mort de Saint-Mégrin, mot pour mot, lettre pour lettre.
Ah çà, nous direz-vous, il n'est donc plus permis de consulter les vieux
documents? Consulter nous paraît si modeste que nous sommes presque
tenté de vous donner raison, monsieur Dumaa,
Mais , à propos , vous connaissez beaucoup mieux un nommé Walter Scott , chscur romancier d'outre-Manche , qui parfois en vérité n'est pas dépourvu de mérite. Vous avez également appris que, vers la fin du dernier siècle, existait en Allemagne un petit maraud de poète qui s'est permis de faire neuf tragédies magnifiques.
Neuf, juste le nombre des muses, quelle prétention ! Vous avez pris à l'auteur de fVaverley l'admirable scène de la bruCa-
lîté de RnthTen ; vous avez pris à Tauteur de Don Carlos la scène entre Don €arlos et le jeune page. Qu*avez-vous pris encore, bêlas ! et pourquoi notre faible érudition nous empêche-t-elle de découvrir tous vos larcins ? Mais on écrirait des volumes à les mentionner, et nous en savons déjà trop pour le cadre restreint d'une brocbure. Z.'^omme de génie ne vole pas, il conquiert : soyez tranquille , nous choisirons vos plus beaux faits d'armes. En attendant , Pierre de l'Étoile vous a fourni Tébaucfae de Henri III; Scott et SchiUer ont posé les couleurs..... Voilà le tableau fini
Salut aux véritables auteurs de votre pièce !
Du reste, M. Dumas est tellement convaincu de cette vérité-pratique : // faut prendre son bien où on le trouve^ quil ne se gêne pas le moins du monde pour cacher ses pirateries.
Un jour, il entre chez l'un de ses collaborateurs avec un volume de Goethe dans sa poche. H prend ce volume , l'ouvre et le place sous les yeux du susdit collaborateur, en s'écriant :
— Regardez cette scène d'Egmont? je l'ai mise tout entière dans Christine.
Voilà l'homme !
Il est une chose évidente, et dont chacun n'hésitera pas à convenir avec nous : c^est que la destinée aurait dû faire naître M. Dumas un siècle plus tôt, sous les poétiques ombrages de la forêt de Bondy. Grâce au sang africain qui coule dans ses veines, il lui eût été loisible de se livrer tout à Taise au genre d'exploit que réclame sa nature. Mais la destinée ne fait que des sottises. On lui demande une carabine et un sifflet, la capricieuse vous donne une plume ; on la supplie de vous laisser courir les grands chemins, elle vous enferme dans une bibliothèque : alors , il faut bien prendre des livres.
CHARLES VIL — Un célèbre jurisconsulte , disciple de Cujas et qui , vers la fin de sa carrière, abandonna la chicane pour s'occuper de Recherches sur la France et sur s^s Lettres, nous raconte l'histoire que voici :
Le poète Ghartier , secrétaire de la maison de Charles VI, se tronvait endormi sur une chaise , quand vint à passer Marguerite d'Ecosse, femme du Dauphin ( depuis Louis XI ). Elle s'approcha du dormeur et lui déposa très-gentiment un baiser sur la bouche... Oui , ma foi ! pauvre dauphin ! La gaillarde prélendit que, de cette sorte, elle marquait le cas qu'elle faisait d'une bouche d'où étaient sortis tant d'éloquence et de beaux discours.
Or, monsieur Dumas, vous imitez l'exemple de Marguerite d'Ecosse, et vous embrassez, non pas le poète Ghartier, mais son frère , gros moine de Saint-Denis , qui bien sûr vous enverrait au diable avec votre baiser , si depuistroissièdesetplusil ne dormait sous la tombe. Vousmarquezàvotre tour par cette galanterie lé cas que vous faites de ce précieux moine et de
ses Grmndêê ChténiquesiU l^NisUnre de France ^û'oû xùtxe Charles Fil est sorti toat armé, comme autrefois Minerve du Crâne de Jupiter. Encore si vous aviez reçu le coup de hacbe ! mais vous avez sdn d'extraire li sagesse et le génie du cerveau des autres, sans compromettre votre propre cerveau : c'est moins douloureux et plus sûr.
Que nos lecteurs prennent la peine de parcourir les œuvres du moine Chartier, historiographe du roi Charles YII , ceuvres publiées en 1476 , ils pourront voir que M. Dumas exploite et ne cwieulte pas, lis reconnaî-tront d'un bout à l'autre le récit de V attentat d'un page de Charles d^ Savoisy. S'ils daignent en outre jeter le regard sur une espèce de tragédie portant l'intitulé d'^ii(2roni«4U€, ils verront que M, Dumas a daigné reprendre à cepoUsêOH de Racine une infinité de choses, que celui-ci lui avait soustrsdtes autrefois En couvraM Charles FIT des dépouilles d'^ndrofMque^ peut-être bien n'a-t-on pas eu d'autre projet que celui de transporter sur la scène française des beautés scéniqueê inconnuee ; mais bien des gens n'admettront pas cette excuse et crieront de toutes leurs forces.
Au larron !
Nous n'avons pas le droit de les en empêcher.
STOCKHOLM. — Prenez de grâce ce même volume de Goethe, effrontément ouvert sous les yeux du collaborateur d'un grand homme ; lisez cette même tragédie dont le manteau d'or a déjà revêtu Christine et jetez la scène du duc d^Mhe au nez de M. Dumas, en criant une seconde fois :
Au larron !
L'ÀLCHIMISTË. •— Eh ! mon Dieu , puisque nous aivcms conqiHsla France et l'Allemagne , nous pouvons bien tenter une petite descente sur le territoire d'Angleterre. Vj4ldiim%»te n'est rien «utre chose que le Faxio de Mibnan, pièce mglaise signée Dumas»
Assez ! nous€riera*4-on. Pardonnez-lui, Seigneur... ear il saittrès-bi»B ce (pi'â fait ! Que diable , on n'écrase pas un komme 4e ksorte , il flut un peu d'indulgence.
De l'indulgence ! vous avez dit de l'indulgence ? Mais vous oublier que, si les morts se laissent dévaliser sans rien dire, les vivants crient et font du tapage. Vous oubliez que M. Emile Souvestre a fourni le sujet A'An^ ^on^, et qu'on n'a pas nommé M. Emile Souvestre; que Prospck Mérimée s'est vu prendre sa nouvelle des jémes du purgatoire et qu'on les a fourrées, ces pauvres âmes, dans l'enfer de Don Juan. De l'indulgence, bon Dieu ! Demandez à Cooper , dans le cas où il s'aviserait de traverser l'Océan, s'il aurait lieu d'être flatté de voir le Paul Jones de son Pilote misauipiiori par M. Dumas sur l'affiche d'un véritable bouge, appelé le théâtre du Panthéon ; demandez à M. Alfred de. Musset si l'on a le droit de lui ravir les plus belles perles de son écrin, s'il est permis de défigurer la plus charmante esqois^ du Spectacle dam wi ftMtemlponveïi
faire cet affreux drame de Lorenzino ; demandez à Alphonse Brot , si Ton n'a pas pillé le meilleur de ses romans pour en ex;traire le Mariage sous Louis XV.
Et vous osez nous conseiller Tindulgence !
Ainsi voilà toutes les pièces que M. Dumas a gréées, seul : Henri III^ Charles VI U Stockholm, V Alchimiste ^ Antony, Don Juan^ Paul le Corsaire^ Lorenzino^ Mariage sous Louis [XV Voilà quelles sont les bases de son immense célébrité, de sa réputation européenne. On conçoit dès lors qu'il ait eu, par intervalles, la fantaisie de se croiser les bras et de prendre des collaborateurs.
C'est-à-dire, entendons-nous, des fabricants.
Vous devinez bien que , pour M. Dumas , la collaboration représente le repos, le far niente, les doux loisirs, le divan d'une maîtresse, la détonation du Champagne , les bals masqués , les voyages en poste , les joies de Florence, les courses en Suisse, les biftecks d'ours et une foule de choses gracieuses, dont il n'aurait pas le bonheur de jouir si, par-ci, par-là, il ne confiait à d'autres la confection d'un chef-d'œuvre.
Dieu s'est reposé le septième jour de la créatian.
Par conséquent, vite à la besogne, messieurs Anicet, Durieu, Brunswick, Gordelier-Delanoue, Goubaux et Beudin, Maquet, Dennery, tous les fidèles de mon atelier théâtral ! Ne laissez pas refroidir Tenthouslasme de ce bon public et conservez-moi son amour. Je dis conservez-moi, prenez en note l'expression. Vous sentez^ mes petits agneaux, que, sans avoir précisément le projet de vous tondre, je ne puis, toutefois, vous laisser brouter l'herbe fleurie de mon domaine. Or, mon domaine , mes bien tendres , c'est l'engouement du public, c'est le retentissement du nom. Vous aurez quelques écus sur la recette, mais de publicité, pas l'ombre. On est célèbre pour soi, rien que pour soi. Mon nom sera prononcé devant le parterre; mais le vôtre jamais C'est une chose entendue, marchons!
Et M. Dumas eut le courage de s'attribuer toute la gloire des pièces que voici :
Teresa.
Angèle. ) Anicet.
Caligula,
Le "Mari de la Veuve. — Anicet, DuftiEtJ.
Mademoiselle de Belle-Isle.
Les Demoiselles de Saint-Cyr.
Le Laird de Dumbiky. \ BRUNSWICK.
Le Mariage au Tambour.
Louise Bernard.
Une Conspiration sous le Régent (non encore jouée).
Napoléon. — CoaDEMER-DELANQUE.
Richard ^Arlington. — Goubaux et Beudin.
Bathilde. — Gordier-Delanoue et Maquet.
Halifax. — Dennery.
Un seul des collaborateurs de M. Damas osa se plaindre : ce fut M. Gaillardet, auteur de la Tour de Nesle.
La Tour de Nesle ! avons-nous besoin de reproduire ici de scandaleux détails? Faut-il répéter tout ce que nos lecteurs savent aussi bien que nous , et la collaboration primitive de M. Jules Janin, et la recollàbo^ ration de M. Dumas , et le nom 'de celui-ci remplacé sur TafiSche par des étoiles mystérieuses (1) , et les recettes dissimulées au plus grand dommage du véritable auteur, et le jugement du tribunal de commerce, et les SOIXANTE francs alloués à M. Gaillardet par chaque représentation, salle pleine ou salie vide , juste sentence des magistrats qui ne virent pas de moyen plus sûr d'empêcher les duperies?
Non , monsieur Dumas, nous nous écrions à notre tour : G'est assez » c'est trop î
Pourtant, nous n'en sommes pas encore au plus pénible de notre besogne.
Jusqu'ici qu'avons-nous vu? des plagiats, des noms de collaborateurs escamotés sur TafiSche. £h! cela se voit tous les jours, nous dira-t-on; vous n'avez absolument prouvé qu'une chose, savoir : que M. Dumas n'invente pas. Or il l'avoue lui-même et convient avec la plus adorable franchise qu'il n'a qu'un talent, mais un talent immense, celui d'arrangeur.
Voilà ce que nous ont répondu, ce que nous répondent tous les jours ceux qui se chargent de prendre la défense de notre adversaire.
Gomme il nous est facile de vous confondre, messieurs les avocats de l'immoralité !
Un talent immense, celui d'arrangeur? ô les habiles! ô les bons logiciens Oui ! sans doute, il y a du mérite à être arrangeur ^ mais c'est à condition qu'on n'arrange que ses propres richesses. Et tenez, voici le capitaine d'un brick flibustier qui vient de prendre un navire marchand à l'abordage. Ce capitaine est un garçon fort aimable, il n'égorge pas les matelots qui rendent les armes... Commentdonc, au contraire ! il leur verse du rhum de sa propre main pour les aider à se remettre des fatigues du coipbat; mais il n'en fait pas moinstransporter sur le pont de son brick et deiscendre à fond de cale une infinité de ballots précieux, qu'il a soin de placer lui-
(i) Se Toyant sommé par huissier de nommer M. Gaillardet, M. Dumas, qui atait juré de no jamais souffrir lé voisinage de personne, se cacha soos le pseudonyme de Trois Étoiles,
même dans un endroit convenable. Dien, rhonnèie homme ! comme il arrange bien !
C'est pitié vraiment qne de voué battre ainsi, nos 8«igneur$«
£t vous viendrez nous dire, en outre, que de tout temps au théfttro il y a eu des collaborateurs cachés ? pour la justification de M. Dumas vous invoquerez l'exemple de Pixérécourt, qui signait seul, quand presque toi^ours quatre ou cinq ouvriers avaient prêté les mains à la confection de ses drames? Souiïrez ici que nous haussions les épaules. Jsunais les tripotages d'autrefois ne justifieront les tripotages d'aujourd'hui; jamais les injustices du passé ne rachèteront les injustices du présent. D'après vous, l'un de ces escarpes, dont les journaux, depuis deux mois, nous racontent les jolis tours, peut nous placer le poignard sous la gorge et nous voler bourse et montre, parce que, la veille, un sien confrère s'est livré quoique part au même genre d'industrie ? Oh ! ne vous récriez pas ! c'est votre système et vous auriez tort de vous plaindre dès qu'on le met en pratique.
A côté du nom de Pixérécourt vous citez celui de M. Scribe.
Voyons, messieurs, nous attaquons votre honorable client avec loyauté, sans détour, les preuves en main : soyez donc assez adroits pour le défendre de même; autrement, vous perdrez sa cause. S'il plaît à un homme de poser le pied dans un tas de boue, c'est une fantaisie qu'il peut se permettre f on n'y apportera point obstacle ; mais qu'il ramasse de cette même boue et qu'il s'efforce d'en couvrir les autres... un instant! ceci blesse d'abord toutes les règles de la propreté la plus vulgaire ; ensuite, il est parfaitement injuste d'éclabousser un voisin, parce qu'on a bien voulu soi-même se tacher de fange.
M. Scribe n'est jamais sorti des bornes de la collaboration permise.
M. Scribe a nommé ses collaborateurs.
M. Scribe a partagé non- seulement la recette, mais la gloire avec ceux qui lui sont venus en aide pour ses travaux scéniques. Il n'a point accaparé le succès à son profit , il n'a point arraché les couronnes du front de ses confrères.
M. Scribe a fait les Duveryer, les Bayard, les Théaulon , les Mélesville et bien d'autres.
M. Scribe n'a pas fermé sur lui la porte de la lice^ II n'a pas laissé dans l'ombre ceux qu'il devait mettre au grand jour; il les a pris par la main pour les conduire en présence du pnblic, et le public les a vus debout à ses côtés. S'ils ne sont pas au niveau du maitre , Us marchent du moins les premiers à sa suite.
M. Scribe , en un mot, n'a pas fait de ses collaborateurs ce que vous faites des vôtres, monsieur Dumas.
Il ne les a pas mis sous le boisseau.
Il ne les a pas étouffés secrètement dans les ténèbres de la coulisse pour
venir seul moissonner les Seurs ii la clarté de la rampe et JQwr de^ 9pp|au*
dissements du parterre.
Il ne s'est pas enrichi de leurs dépouilles.
Il ne leur a pas enlevé ce qu'un homme de lettres a de plus précieux,' la gloire du nom.
Maintenant, que nos lecteurs jugent !
Nous avons montré M. Dumas exploitant les auteurs morts et puisant l'une après l'autre ses pièces de théâtre jusque dans les œuvres des auteurs qui existent, preuve d'audace et d'effronterie qui nous révèle déjà tout ce dont l'homme est capable. On l'a vu s'entourer d'ouvriers qui lui brodent les scènes, qui lui tournent les péripéties^ qui lui forgent les dénouenients. Donc l'atelier théâtral est bien connu, ses mystères sont à jour. Un coup de sifflet du machiniste et le magasin de nouvelles, la manufacture de feuilletons , la boutique de romans se déroule à nos regards.
Enfin, c'est à votre tour^ messieurs Mallefjlë, Paul Meurice , HiP- POLYTE AuGïER, AUGUSTE Maquet (doublement collaborateur) j Fioren- TINO, CouAiLHAC, VOUS les principaux fabricants, vous les premiers de cette manufacture, vous qui ne rougissez pas de vous faire les complices du brocanteur de phrases , de lui vendre votre esprit et votie âme ! Si la nécessité, si 1^ gêne, si les dures exigences de la vie parisjienne vous ont poussés vers ce déshonneur, vous êtes à plaindre plutôt qu'à maudire. Mais si, comme on l'affirme, vous n'avez souillé votre plume et renié toute gloire littéraire que dans l'unique but de tripler des ressources déjà suffisantes; si le$; besoins du luxe ou les fantaisies du caprice vous ont fait contracter un marché honteux ; si vous avez traîné de gaieté de cœur la bannière des lettres dans le bourbier du mercantilisme à genoux, soldats
indignes ! à genoux , transfuges de l'intelligence ! courbez la tête et qu'on vous dégrade !
Vous n'êtes plus hommes de lettres, vous mentez à ce titre, vous en répudiez les devoirs.
Pères sans entrailles, vous livrez vos enfants au marchand d'esclaves et vous tendez la main pour toucher le prix de la vente. Est-ce que votre âme ne saigne pas ? est-ce que rien en vous ne tressaille ? est-ce que le remords ne vous déchire point la conscience ? est-ce que ces fils de votre imagination que vous avez abandonnés lâchement ne viennent pas se dresser à votre chevet pour épouvanter vos rêves ?
Oh ! se prostituer ainsi pour un peu d'or, jeter à la voracité d'un autre sa portion de gloire , dépouiller une auréole , salir des palmes , renoncer au triomphe !
D'architecte qu'on était se faire maçon !
Les professions honorables ne manquent point ici-bas. Il en est de plus lucratives et de moins fatigantes que celle que vous exercez à votre honte prenez-les et n'avilissez pas la nôtre ?
Mais rindignation nous mène trop loin peut-être. Encore une fois ceux pour lesquels nous nous montrons si rigides n*ont pu devenir coupables qu'à partir du jour où la misère et la faim se sont installées à leur porte. S'il en est ainsi , nous n'aurons plus pour eux ni reproches ni paroles d'amertume. Nous leur tendrons la main comme à des frères tombés, et nous leur dirons : Relevez-vous ! ayez le courage du repentir, proclamez la dissolution d'un pacte qui ne vous engage plus , dès qu'il vous déshonore ! Que votre talent brise enfin sa chaîne et sorte du cachot de l'anonyme , pour déployer sous les cieux son aile vibrante ! Restituez le prix de votre âme et réclamez vos droits en face du monde ! Que dis-je ? ne restituez rien.
Son budget-monstre est le résultat de vos travaux et de vos veilles. N'avez-vous pas sué des lignes, qui sont tombées dans son coffre en perles d'or ? C'est à lui de rendre gorge et [non pas à vous. L'or , il l'a jeté dans le gouffre de la folie ; mais la renommée, vous pouvez la lui reprendre.
De l'énergie , frères , nous sommes prêts à vous soutenir et le public applaudira.
Vous, le plus fécond, le plus habile ; vous que M. Dumas a nommé devant le comité de la société des gens de lettres, M. AUGUSTE Mâquet, ne craignez pas d'avouer que Sylvandire est votre ouvrage, que le Chevalier d'Harmental est sorti de votre plume, que les Trois Mousquetaires sont à vous. Dites-le bien haut , criez-le de toutes vos forces. Que les abonnés du Siècle l'apprennent et se réunissent en masse pour sommer la rédaction du journal de ne plus souffrir au bas de ses colonnes une signature menteuse.
M. Paul Meuricê , annoncez aux lecteurs de la Presse qu'Alexandre Dumas n'a pas fait une ligne des quatre volumes à'Amaury : Vous êtes l'auteur de ce livre.
Et vous, M. FiORENTiNO, VOUS qui , sans être né sur le territoire de la France, écrivez néanmoins noire langue avec tant de goût et de pureté, vous qui avez fait le CorricolOy le Spcronare et le Monte-Christo dont les Débats attendent la suite , reprenez cette richesse littéraire. A vous l'honneur , à vous la gloire de ces dix volumes.
A vous Georges t M. Mallefile.... Un chef-d'œuvre. M. HiPPOLYTE AuGiER , Fernande vous appartient. La Fille du Régent est votre fille, M. Couailhac. Oui , vous vous êtes laissé tromper et séduire , vous que nous avons déjà nommés, vous que nous devons nonuher encore, MM. Bourgeois, Laverdan, Vacquerie, Gérard de Nertal, dont le style a de l'originalité, de la fraîcheur et de la grâce. Permettrez-vous qu'on vous enlève ces qualités brillantes ? souffrirez-vous qu'un vampire s'attache aux veines de votre jeune talent pour en extraire le sang le plus chaud ? vous tous , en un mot, fabricants^inconnus, qui avez écrit le reste des ouvrages, dont
— Ailes titres nous échappent, tous qu'on paie à raison de deux cent cinquante francs le volume, tous à qui Ton commande des nouvelles bien corsées , des canevas bien nourris , revenez aux pures traditions, rachetez vos consciences vendues, sonnez le tocsin , prenez les armes ! Attaquons l'ennemi de front, mais n'oublions pas que la ruse est permise. Dressons des embûches sous ses pas, creusons des fosses à chaque extrémité du chemin. Qu'il évite l'une, il tombera dans l'autre ; qu'il aperçoive la première, il ne se défiera pas de la seconde. Si l'un de nous est trahi , tous ne devront pas l'être.
Ecoutez-nous donc.
Nous pouvons conspirer à haute voix. Peu nous importe de préparer l'hameçon sous les yeux du requin. Le monstre estvorace, il le gobera tôt ou tard, soyez tranquilles.
M. Dumas achète des manuscrits, c'est une chose avérée. Le monde des lettres s'en indigne. Jamais aussi lâche commerce n'a souillé le temple intellectuel. Prenez l'un après l'autre les plus beaux noms de la littérature française, remontez les siècles, allez jusqu'à Rome , visitez la Grèce, cette mère-patrie de l'éloquence et des beaux-arts, et dites-nous si vous rencontrez dans ce trajet immense un seul homme qui ait eu la pensée de signer une ligne qu'il n'avait pas écrite. Nous l'avons dit et nous le répétons encore : « Le propre de l'écrivain c'est l'individualité ; où Tindividualité s'efface , Técrivain disparaît. » Donc , M. Dumas n'est pas un écrivain. C'est un prêtre sacrilège qui se raille des choses saintes et blasphème le Dieu qu'il est chargé de défendre. Notre devoir est de l'an-acher du sanc- 'tuaire pour le traîner devant les juges de la loi.
Mais il est des hommes qui , profondément pénétrés du sentiment de la justice, tremblent, lorsqu'il s'agit de prononcer une sentence, et ne condamnent que sur des preuves matérielles, des preuves palpables. Il en est d'autres qui flottent éternellement dans la vague atmosphère du doute et qui, semblables au disciple incrédule , veulent toucher du doigt la plaie saignante.
Voilà ceux qu'il faut décider , voilà ceux qu'il faut convaincre.
M. Dumas achète des manuscrits? Vendez-lui donc un manuscrit! mais lisez-le d'abord à vingt, à trente, à cent personnes s'il est possible. Qu'on sache bien que c'est votre œuvre , qu'on en témoigne au besoin. Présentez-vous ensuite au marchand qui débattra le prix de votre âme sur son comptoir d'infamie. Emportez son or, emportez-le ; mais qu'il soit déposé sur l'heure en main tierce... et quand M. Dumas osera dire que votre enfant à vous est son enfant à lui ; quand il osera publier dans un journal ce livre conçu péniblement au miUeu de vos veilles ; quand il aura l'impudeur de le signer de son nom , prenez le double du manuscrit^ que vous aurez eu soin de garder pour cette occasion solennelle , publiez-ie dans un autre journal et signez sans crainte. Renouvelez l'histoire scanda-
Jeuse dn Naiional et de la Presie s d'un côté le Téritable auteur, de l'autre le pirate. M. Dumas irrité tous appellera deyant les juges ; mais devant les juges vous lui rejetterez son or à la face ; mais devant les juges vous dé^ voilerez ses honteuses manœuvres , son déshonorant tripotage. On vous condamnera , oui certes , car il n'est pas de loi qui défende à un écrivain d'acheter un manuscrit, comme il n'est pas de loi qui empêche de vendre aa conscience ; mais cette condamnation deviendra pour vous un triomphe , mais le public vous absoudra , mais la ruse de guerre aura pleinement réussi , mais les preuves deviendront palpables. On verra les plus timides courir sus au corsaire ; les incrédules porteront le doigt sur la plaie saignante, et M. Dumas , une ibiâ dévoilé, n'existera plus.
< Eagëoe de Hireconrt? En effet, je connais cela ! Il m*a écrit, ce Monsieur, pour me « proposer des romans.... Je n'en ai pas \oula. »
Si nos lectenrs daignent se le ra{qpeler, ce fhrent les pnq;>nes parades de M.. Dmnas, en présence du comité réuni.
« Je connais cela ! » Voici d'abord un membre de phrase, qoi nous aemble d'un goût parfait. M. Dumas est sans contredit le plus gracieux modèle de l'urbanité française, et, puisque nous l'attaquons sous tant d'autres ra{^Kn'ts, nous saisirons avec joie la circonstance heureuse, qui nous permet de lui adresser une louange. D'autres à notre place prétendraient que CELA n'est pas honnête^ que cela ne se dit guère en parlant d'un homme qui mérite au bout du compte une certaine considération ; mais CELA diez M. Dumas nous paraît si naturel et si simple que c'est, en vérité, de grand cœur que nous prenons sa défense. U doit nous examiner de si haut Nous devons être si peu de chose à ses yeux, dès qu'il compare à ses richesses notre pauvre bagage littéraire. U est vrai que ce bagage est à nous, bien à nous ; mais cette £iible considération ne nous donne pas le droit de nous enorgueillir, tandis que l'orgueil de M. Dvmas est tellement motivé que cela ne nous étonne aucunement de sa part.
Oui, nous vous avons écrit, monsieur Dumas, et nous vous avons écrit pour vous tendre ce piège que nous venons de signaler. Tous nos amis le savaient., malheureusement, car il s'est trouvé parmi eux un indiscret ou un traitre. On peut annoncer une embûche, mais prononcer le nom du chasseur c'est prévenirie gibier, c'est lui conseiller la défiance. Or vous étiez prévenu, monsieur Dumas, et vous le nieriez en vain. Pourquoi dites-vous que nous vous avons proposé des roumms, lorsque dans nos deux lettres il n'y a pas un mot qui puisse justifier cette assertion? nous ne voulons pas dire ce mensonge^ puisque c'était un roman que nous avi(m& en eifet le désir très-vif de vous proposer.
Voici le texte de la première lettre :
Mon SIBUK ET CBEl CONF&iRE ,
< M *éUnl présenté pliuileari (ob i TOtre domicile et n'ayant paa «a llionneiir de Toni y a rencontrer, Je tous prie de Toulolr bien m'indiqner le jour et Phenre où Toni poorrez a me raeevoir : j'ai à Tona aatieteBir d^ne alAtire iipportnntn,
« Afrtep, ete. -^ »
Vous le voyez, monsieur Dumas, nous ne tous touchions pis le moindre mot au sujet d'un marché de livres, Donc, au lieu de cet autre membre de phrase : « Il m'a éôrit, ce monsieur, pour me proposer des romans, » vous deviez dire : « Il m'a écrit, ce monsieur ; mais on avait daigné m'avertir du lourde Jamac qu'il était dans l'intention de me jouer... Diable! je l'ai échappée belle ! » Vous avez eu tort d'ajouter surtout : « Je n'en ai pas voulu. »
Ce Je n*en ai pas voulu est un gros mensonge.
Dès que vous vous teniez sur le pied de la méfiance, on ne pouvait rien vous offrir, vous ne pouviez rien refuser.
Je n'en ai pas voulu ! Voudriez-vous faire croire que vous ai?ez jeté l'œil sur ce roman, que vous l'avez trouvé mauvais , détestable, absurde? Prenez garde, monsieur Dumais, prenez garde ! ne jugez pas aussi sévèrement ce que vous n'avez pas lu , ce dont vous ne connaissez pas même le litre. L'ouvrage est assez bien, croyez-le; nous y avons mis tous nos soins. Le DOUBLE MANUSCRIT est là sur notre bureau ; toutes les feuilles sont au net , il y règne une correction charmante. Nous gardons cela précieusement, car viendra le jour où, de ces deux manuscrits vous en signerez un, nous vous le promettons, monsieur Dumas, et nous vous demandons trèshumblement la permission de signer I'autre. Vous figurez- vous par hasard que nous renonçons à notre piège? non certes! Il est sûr que nous n'aurons pas l'outrecuidance de vous jToposernous^même la moindre ligne, mais un de vos fidèles , que nous avons converti facilement à la bonne cause, voudra bien se charger de la besogne. Chut! attendons la fin;
M. Dumas ne daigna pas nous répondre.
Ainsi que nous l'avons annoncé précédemment , il ne se gêné guère pour donner un croc-en-jambe à la politesse et aux usages.
Ne sachant à quoi attribuer ce silence de fâcheux augure et ne voulant pas renoncer si facilement à notre espoir , nous lui écrivîmes une seconde épître , un peu railleuse , mais dont néanmoins il n'aurait pas eu le droit de se formaliser, dans le cas où notre dessein ne lui eût point été connu.
« Monsieur et cher confrère,
« Une lettre, qoe f ai ea l'iionnear dévoua écrire, il y a plaade qainie jonra, étant « restée aans réponae, perraetiez-moi de youa en témoigner ma surprise. Vous Aies trop < homme du monde pour être impoli ; tous êtes trop au dessus de nous, jeunes Utléra- « teora, pour noua faire tentir TOlre supériorité, que nous sommes, da reste, les pre- « miêfi à reçonnaitre. Veuillez donc, Je tous prie, m*a£Corder l'entretien que je réclame « de votre bienveillance.
« RecoTes, etc., . »
Inutile d'annoncer que cette lettre eut le sort de la première. Si nous avions tenu sériensement à obtenir un autographe de M. Alexandre Dumas, nous aurions eu le chagrin de ne pouvoir en enrichir notre collection.
Maintenant on nous rapporte que , depuis la séance du 29 décembre, notre adversaire prétend qu'il possède quatre lettres ^ par lesquelles liousle supplions de nous acheter des romans.
S'il est vrai que M. Dumas ait tenu ce propos , nous donnons à M. Dumas un démenti formeL
Il ne peut avoir que les deux lettres dont nous avons gardé précieusement copie et que nous venons de consigner sur ces pages ^ à la plus grande gloire de la vérité. Peut-être, d'ailleurs, sera-t-on curieux d'apprendre qu'il entre dans les habitudes les plus excentriques de l'homme de supposer y lorsqu'il en a besoin pour sa défense , certaines missives qu'il n'a jamais reçues. Ainsi M. Bonnaire, de la Revue de Paris, et M. Alexandre Soumet nient positivement que les lettres, insérées dans la Démocratie pacifique , aient été écrites par eux à aucune époque. Madame d'Alteinhem, fille de M. Soumet, déclare dans le monde à qui veut l'entendre que celles attribuées à son père sont entièrement fausnes et controuvèes.
Miséricorde ! bornez-vous à emprunter la plume des autres, M. Dumas , et ne prêtez la vôtre à personne, pas même à nous... Merci de l'obligeance ! Quatre lettres? C'est deux de trop : Ne nous forcez point à signer vos œuvres.
£li bien ! que pensez-vous de cette manière de répondre ? Est-elle franche? est-elle loyale? Vous nous avez mis en demeure de nous disculper : notre justification ne tourne pas à votre honneur. Il est clair que nous serions bien ignoble et bien lâche , si nous avions pu concevoir la pensée coupable de trafiquer d'une seule de nos lignes. Alors notre attaque ne serait plus que le cri du désappoiAtement et de la colère. Alors on devrait nous honnir plus que tout autre ; alors nous permettrions, nous aussi, qu'on nous souffletât avec nos proprés paroles et qu'on nous criât : « A genoux , soldat indigne ! à genoux, transfuge de l'intelligence ! courbe la tête et qu'on te dégrade ! » Mais , ne vous en déplaise, monseigneur, nous continuerons de nous tenir debout et de porter le front haut en présence de nos amis qui nous connaissent , en présence de nos ennemis qui nous connaissent mieux encore , puisque leur haine n'a pris naissance qu'au sujet de notre opinion bien arrêtée sur leur genre de commerce , sur les souillures qu'ils impriment au front des lettres , nos maîtresses chéries. Depuis deux ans « nous imitons l'exemple de cet inflexible censeur qui disait et redisait toujours en plein sénat de Rome : Delendaest Carthagoy détruisons Gartbage! Nous répétons comme lui, nous répétons sans cesse : U faut détruire un abus scandaleux , il faut chasser les marchands du temple , il faut qu'ils emportent en fuyant le cachet de l'opprobre et que partout on les reconnaisse, que partout on les méprise!
A nos yeux, Fauteur qui vend sa plume descend plus bas, s'il est possible , que la prostituée qui vend ses charmes. Il 'est cependant un être plus vil encore : celui qui spécule sur celte vente, qui exploite celte prostitution.
Nous avons dit que M. Dumas recopiait ; mais cela ne lui arrive pas toujours. Parfois même il oublie de lire, la veille , ce qu'il doit signer le lendemain.
C'est aiûsi que Fauteur des Trois Mousquetaires voulant prouver jusqu'à l'évidence que soa chef de manufacture n'ajoutait pas une syllabe et ne retranchait pas un iota du travail primitif , composa , séance tenante, sous les yeux d'une demi-douzaine d'intimes , une phrase étrange , une phrase barbare, une phrase de cinq lignes, dans laquelle était répété seize fois le mot que , cet étemel désespoir de Fécrivain', ce caillou qu'une langue ingrate fait rouler constamment sous notre plume. Jugez de Fharmonie de la période. Les intimes s'écriaient : — Dumas en biffera bien deux ou trois ! — Je parie pour sept ! — Il en restera neuf , c*est fort raisonnable!
M. Dumas ne biffa rien.
Le jour suivant , on put voir toute cette four'miiière de que grouiller dans le feuilleton du Siècle. Concluez !
Autre exemple :
En écrivant Amaury^ M. Paul Meurice, voulant essayer sans doute le pouvoir de la flatterie sur le patron , ne s'avisa-t-il pas de citer le nom d'Alexandre Dumas à côté de celui des plus illustres prétendants au fauteuil académique. Ceci ne devait pas franchir le seuil de l'atelier ; c'était une petite collation de famille, où Fon servait au maître un plat de son goût. Mais voilà que le maître ne jette pas même un coup-d'œil sur la table et prie [sans façon le public de s'y asseoir. C'est-à-dire, pour nous expliquer plus clairement, qu'^^aury parut dans la Presse et fut publié en volumes avec la citation courtisanesque. Amaury est signé : Alexandre Dumas , et Fon y cite Alexandre Dumas comme Fun de nos écrivains les plus dignes de revêtir Fhabit à palmes vertes. — C'est impossible ! nous direz-vous. — Ah ! c'est impossible ? Eh bien , ouvrez le roman, parcourez le premier chapitre et vous n'arriverez pas au bout sans acquérir à cet égard une pleine certitude. M. Dumas a-t-il examiné, oui ou non, les fournitures de M. Paul Meurice ? Non! car il ne les aurait pas débitées avec cette phrase outrecuidante. Non ! car un homme d'esprit, tout larron qu'il se fasse, ne poussera jamais à ce point la stupidité de l'orgueil.
Il est acquis au procès que M. Dumas imprime et signe, de temps à autre, tout en s'épargnant jusqu'à la fatigue d'une simple lecture.
Puisque nous sommes en train de raconter des anecdotes , veuillez en écouter une encore.
Un bouqumiste de Florence vendit un jour à notre homme certain ma-
tttiscril tuàesqtiéi très déchiBraWëi lequel fût payé imia franés «ngl-^clnq centimes. Le {JHk était modeste. Madame Dumas, qui accompagnait son épôtlx, et qiii po^ftde parfaitemeilt la langue allemande, venait de lire ces mots sar le premier feuillet du manuscrit : Contes inédits d'Hoffi^nn^ Quelle bonne fortutie !
On câlina si bien niadame Dtimas iqn^elie se dépêcha de tk^duire. Son heureux époux mit les virgules, corrigea quelques petites fautes d'orthographe, et tes V(mtés inédits d^ Hoffmann font aujourd'hui partie des œuvres complètes du romancier français.
Il est assez probable, monsieur Dumas, que vous ne rencontrerez Hoffmann qu'an jour du jogement.
Nous avons grand' penr que la va&ée de Josapbat ne soit témom d'une scène factieuse, car les Allemands ont mauvûse tête. Le conseiller du tribunal d'appel de Berlin pourra vous reprocher à juste titre de fié )>as nommer v^ coHahorateurs,
Depuis que M. Dnraas s'est volontairement privé des ressources précieuses que lui offrait l'érudition de sa compagne , il prend à ses gages uâ traducteur dont la besogne principale est de lui faainller en français les pièces et lès livres qui nous débarquent des provmces allemandes, l'out cela rentre dans l'alimentation des théâtres et des journaux de Paris. Or, habitué qu'on était à ne solder les traductions qu'en nature, on trouva Menfdt pénible de payer d'une autre façon le nouveau fonctionnaire^ dl'on oublia de lai servir ses gorges. De ta , plaintes et menaces de procès. Alors M. Dumas daigna se résoudre à donner chaque jour deux ou trois billets d'orchestre ^ que cet exigeant traducteur vend à l'administration de h claque.
C'est toujours payer en nature.
Ârrêtons-n(yns... autrement , nous finirions par écrire l'histoire en pil-* lage organisé.
Dn restev que pourrîons-nous ajouter encore?
Que la Vendée et Madame n'est pas l'œuvre de M. Dumas, mais Men celle du général Dermoncouit? — On le sait fmrfaitement
Que M. Gosselin , libraire , a vendu , sous le pseudonyme de DmsAB, une traduction de Jacques Orêex, roman d'Ugo Fosoolo ? — Ce n'est pas M. Gosselin tfn'on accuse.
Que M. Dumas, dans un jour de disette péctmiaire dt ne trouvaiit nea BOUS sa griffe pour achever un vehime , trompa la bonne foi d*«n autre éditeur et lui donna la Chasse au ilhastre , feuffleton dé&cienx que M« Méry , trois jours auparavant , avait publié dans la Presst ? — On n'est pas encore Tévenu de li surprise causée par cette effronterie.
Qu'^JWnc cfu la Chambre Rouge lest la traduction ServBc "dVin ronïan d*Outre-Rhin. *— M. Dumas a payé le droit de signer i:e HVrè. * . 'en MBètt d'-ofch^stre*