CET D
POUVOIR DU CONFESSIONNAL — NORA EN PEINE — ESPIONNAGE CLÉRICAL—ARROGANCE D’AUTORITÉ — LA CLEF DE ST. PIERRE — VÉRITÉ, Voix DE DIEU — L’AGNEAU SANS TACHE.
Toute puissance m’est donnée dans le ciel et sur la terre. NonTRE GRAND PRETRE.
AE U commencement de la semaine Nora reçut une lettre de ses parents la faisant demander, parce que sa mère était malade.
: De retour le vendredi, au lieu de se mettre à l'ouvrage comme à l'ordinaire, elle vint directement dans mon cabinet d'étude. Après la salutation de rigueur, elle me confia, d’un air gêné, que sa mère n’était point malade comme on le Jui avait mandé, et qu’on s'était servi de cette ruse pour l’attirer à New-York ; puis elle se mit à sangloter.
— Qu'y a-t-il, Nora, fis-je en l’invitant à s’asseoir. Qu’appréhendez-vous? Désirez-vous quelque chose de moi ?
- O non, Monsieur, répondit-elle, je suis seu-
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90 Face à Fuce.
lement venue vous prévenir que je dois vous quitter.
— Trouvez -vous le travail de la maison trop pénible, ou n’êtes-vous pas satisfaite du salaire?
— Ce n’est pas cela, Monsieur.
— Alors est-ce qu’involontairement quelqu'un d'ici vous aurait offensée ?
— Loin de là, Monsieur; jamais je n’ai été traitée avec tant de bonté.
—— Pour quelle raison voulez-vous donc partir?
— Mais, Monsieur, je n’ai pas dit que je voulais m'en aller ; j'ai dit qu’il me fallait vous quitter ; et elle se remit à pleurer.
— Enfin, Nora, que veut dire ce mystère ?
Vous partez sans nous avoir donné avis, comme nous étions convenus, et sans nous dire quels motifs vous font agir; j'avoue que je ne nvattendais pas à cela de vous.
—— Comment pourrais-je vous déclarer...
cependant c’est mon devoir... et absorbée par son idée fixe elle se mit à invoquer Saint Patrick.
— Laissez là Saint Patrick pour le moment et tranquillisez-vous. Si vous mettiez plutôt votre confiance en Jésus, vous pourriez obtenir la paix. Mais agissez selon la dictée de votre conscience, Si vous jugez que c’est vôtre devoir de confier vos soucis, faites le sans crainte.
Sur ces entrefaites Mme. Beaudry entra, et le
Espionnage Clérical. 91
visage de Nora, boursouflé par les pleurs, rayonna subitement. A l’orage d’été succède le reflet doré des rayons du luminaire céleste ; en s’épenchant sur les gouttes d’eau, il les fait scintiller comme des perles précieuses tout en décorant l’horizon d’un brillant coloris. Il en fut ainsi de Nora ; son visage s'illumina, et comme quelqu'un qui vient de remporter une grande victoire morale, elle s’écria :
— Je commence à concevoir que je me suis méprise. Je me suis trop longtemps laissée influencer par ces despotes inexorables — ils sont cruels, impitoyables. Oui, je sens que Dieu seul doit gouverner la conscience. Je ne puis dire exactement comment cela se fait, mais je me sens dégagée des entraves qui me retenaient captive : mon tourment s’est dissipé comme par enchantement. Je puis maintenant faire droit à votre légitime demande.
— C’est bien, ma Nora, dit Mme. Beaudry, dites la vérité, toute la vérité et rien que la vérité.
— dJ’essayerai, madame. Quelques jours avant de recevoir cette lettre de mes parents, des amis romains — des ennemis, j'aurais dû dire, — ayant appris que je prenais part aux conversations de M. Beaudry, en informèrent ma famille. Quand j'arrivai chez nous, jugez de mon étonnement : je trouvai ma mère bien portante, mais versant des larmes, et mon père en fureur. Il
m'enjoignit d’aller sur le champ me confesser au prêtre de la paroisse. Je m’y rendis quoique indécise, mais mal m'en prit comme vous allez voir. Bien entendu que je ne lui cachai rien. Ici elle hésita un moment, mais bientôt reprit.
Eh bien, je vous dirai tout ce qui s’est passé, autant pour me dégager de ce fardeau qui m’oppressait toute à l’heure, que pour ne pas encourir votre blâme. En premier lieu le prêtre me parla de vous en m’interrogeant sur vos vues religieuses et particulièrement sur les assemblées dans votre étude. Il paraissait parfaitement au courant de ce qui s’y passait. Ilme dit qu’il vous connaissait de longue date, vous et vos pareils. J’essayai de le convaincre que vous étiez un homme honorable sous tous les rapports ; que par mes relations avec votre famille j'avais pu apprécier que vous étiez des chrétiens, servant Dieu fidèlement. Il ne voulut pas m’écouter. Cela l’exaspéra même à un tel point qu'il m’interrompit en s’écriant : ‘ Taisez-vous, fille imprudente! Vous voilà presque protestante. Vous proférez un blasphème ! Parler ainsi d’un hérétique, d’un mécréant, d’un diable pieux ! Cet hornme est un nouveau Judas, un traître, un apostat.” Il continua longtemps sur ce ton là, et avec un tel emportement que ‘tais à demi morte de frayeur. Enfin il m’ordon- La d'abandonner mon emploi sans plus attendre, sous peine d’excommunication. Terrifiée je m’hu-
Décision. 93
miliai en promettant d’obéir à ses ordres, et voilà ce qui cause mon chagrin ; vous quitter me rend bien soucieuse.
— Consultez votre conscience, Nora. Si elle vous commande d’obtempérer à votre prêtre, partez sans hésiter. Je ne vous cacherai pas que nous vous regretterons beaucoup ; mais vous êtes libre d’agir selon votre propre mouvement qui, j’espère, s’accordera avec la volonté divine. Choisissez.
-- Vous êtes bien bon de me parler ainsi, Monsieur. O! si seulement je pouvais sortir de ce dilemme! Laissez-moi réfléchir.
Quelques minutes se passèrent en silence ; enfin Nora, relevant la tête, s’écria joyeusement: C’est décidé : je reste. Je me souviens avoir appris dans mon catéchisme que si on fait un serment, promesse ou vœu de faire quelque chose de mal, sous l'empire de la peur ou de la contrainte, une telle chose n’est point obligatoire. Je commettrais un nouveau péché en accomplissant une promesse tellement téméraire. En conséquence je resterai ici; c’est mon devoir, et je m'en rapporterai à la grâce de Dieu.
En annonçant ce dénoûment, elle nous fit sa révérence et se retira en souriant.
-— Que penses-tu maintenant du pouvoir clérical ? demandai-je à Mme. Beaudry.
— J'avoue que j'en avais une idée bien imparfaite, répliqua-t-elle. Je ne suis plus surprise de
leur grande influence ainsi que de leurs vastes connaissances. En employant de tels moyens, je veux dire les nonnes, les moines, et principalement les confessionnaux, avec un système d’espionnage si bien organisé, ce nouvel Argus pénètre dans l’intimité de chaque famille ; les personnages de quelque importance surtout sont surveillés d’une manière toute spéciale, afin qu'aucune de leurs actions n'échappe au contrôle de ce pouvoir occulte et terrible.
Après cette tirade Mme. Beaudry s’en alla à ses occupations de ménage, me laissant méditer sur cette occurence si inattendue, si singulière, et pourtant si commune. Nora reprit ses travaux journaliers avec son entrain accoutumé, Son aventure lui gagna l’estime de notre petite société et donna un nouvel élan à nos discussions.
A l’assemblée du dimanche tante : Mélie voulut être renseignée sur un autre point relatif à la confession, savoir, le pouvoir du prêtre à pardonner les péchés. La plupart des romains avec lequels jai eu occasion d’en parler m'ont affirmé, dit-elle, que le pouvoir du prêtre est absolu ; d’autres le circonscrivent, et quelques-uns ne lui en attribuent aucun. Comment sortir de ce dédale ?
— Pour en avoir une définition exacte il est indispensable de recourir aux ouvrages approuvés par l’église. Voici ce que tous les catéchismes nous disent : ‘ Quand le moment de se confesser
Confiteor. 95
est arrivé, il faut aller se mettre à genoux auprès du confesseur, de manière à ne pas le regarder en face; faire sur soi le signe de la croix, et dire; 6 Bénissez-moi, mon père, (prêtre), parce que j'ai péché.” Ensuite il faut répéter la prière suivante : ‘ Je confesse à Dieu tout-puissant, à la Bien heuheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel archange, à saint Jean Baptiste, aux apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les saints, et à vous, mon père.
— Ho! s’écria tante Mélie, cela semble me donner la clef de la question. Voici le prêtre et Dieu tout-puissant mis en même catégorie! Ça me fait frissonner. N'est-ce pas assez idolâtre de mettre les saints et la vierge Marie au niveau de la divinité ! * quand Dieu nous dit: ‘ Voici, la lune même ne luit point en sa présence, et les étoiles
* On reconnaît l'idolâtrie aux marques suivantes : Lo. Elle demande un Dieu visible, ou une représentation.(Exode, XX, 4 ; Actes, XIX, 35.). 20. Elle attribue à certains endroits, villes, autels, quelques vertus spirituelles qu’elle ne trouve pas ailleurs. (1 Rois, XX, 23,28; Mait. XXIV, 23,24; Bénarès, La Mecque, Rome, Lourdes, Ste Anne de Beaupré). 30. Elle attribue une valeur spéciale à certains jours, saisons, etc. (Col., IT, 16,17, Carême, Fêtes) 40. Elle attribus à certaines formules une efficacité magique. 50. Elle attribue à certains hommes des priviléges, droits, autorités qu’elle nie aux autres. (Conficius, Mahomet, Pape, etc). 60. Elle avilit les peuples qui s’y adonnent. (Ps, CXV,8, Cananéens, Israélites: Ex. XXXII, 25). To. Dieu punit l’idolâtrie plus sévèrement qu'aucune autre
infraction au décalogue. (Ex.,XX XII, 27-30., Deut., XII, et XIII ; XX VII, 15.)
ne sont pas pures devant ses yeux ; combien moins l’homme qui n’est qu’un ver, et le fils de l’homme qui n’est qu’un vermisseau.” Mais peut-être que vous pouvez me donner des renseignements encore plus approfondis sur ce sujet.
Me tournant vers Mr. G., qui était présent, je Jui dis :
— Vous souvenez-vous de ce qu’en disent les livres d'instruction ?
— Certainement, j'ai encore en mémoire les demandes et réponses du catéchisme en usage au Canada :
‘ D. Les prêtres ont-ils le pouvoir de pardonner les péchés ?”?
‘“R. Oui, les prêtres ont le pouvoir de pardonner ou de retenir les péchés.
“D, Peuvent-ils pardonner tous les péchés, même les plus énormes ?
“R, Oui, ils peuvent pardonner tous les péchés, même les plus énormes, pourvu qu’on s’en confesse avec une sincère contrition.”?
— Ah, dit Luella, comme cela ils se trouvent être plus puissants que Jésus-Christ lui-même, car il a formellement déclaré qu’il y a un péché qui ne peut être pardonné, savoir, le péché contre le Saint-Esprit, tandis que les prêtres ne font pas d'exception.
Et, ajouta Mme. Beaudry, le pénitent avant d’aller à confesse a la contrition, ou ne l’a pas; s’il
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Arrogance,. 97
l'a, Dieu lui a déja remis ses péchés ; sil ne l’a pas, le prêtre ne peut pas les lui remettre ; donc, il est inutile d'aller à confesse au prôtre.
— Ces remarques sont piquantes, continua notre ami, mais le catéchisme ne contient pas tout l’enseignement de l’église sur ce point. Dans un des livres du collége, * j'ai lu que le prêtre a la puissance de lier et délier la conscience ; qu’il peut offrir le corps et le sang de Jésus-Christ en sacrifice ; le distribuer aux fidèles ; communiquer des grâces aux vivants et aux morts au moyen des sacrements, et chasser les démons.
‘Quel langage humain pourrait décrire la grandeur, la dignité de la prêtrise ! s’écrie l’abbé Jean Gaume. Le ministère du prêtre l'élève au-desus d'Adam, de Moïse, de Josué, des rois, et même de la Vierge ""--ie, puisque seul il a la prérogative de pardouue: les péchés. Supposez que le Rédempteur en personne descende au tribunal de la pénitence, ferait-il plus que le prêtre ?
‘ Le prêtre, par les pouvoirs qui lui sont délégués, peut instantanément arracher à l'enfer sa proie, et la placer au séjour des justes en paradis. D'un esclave de satan il peuten faire un enfant d'Abraham, car Dieu est contraint de ratifier le jugement, s’y étant engagé. Le prêtre prononce la sentence : Dieu l’approuve. Peut-on concevoir
x D sur les vérités de la Religion, page 297.
un pouvoir plus absolu, une dignité aussi grandiose ? ”
Toutefois, l’abbé se laisse distancer par la rhétorique de son collègue de Bavière, Herr Kinzelman, recteur de Gestrass. Ce Monsieur, dans un récent sermon prononcé à Algau et imprimé dans la gazette de Kempton, nous assure dans son enthousiasme, ‘que le prêtre est au-dessus de tout gouvernement ; qu’il plane sur les empereurs, rois ou princes, et qu’il est au-dessus d’eux comme le ciel est au-dessus de laterre. Ils sont à nous ce que le plomb est à l'or, s’écrie-t-il. Les anges et les archanges nous sont également inférieurs, parce que nous pouvons, à la face de Dieu, pardonner les péchés, et qu'eux ne peuvent pas. Nous sommes plus exaltés que la Vierge Marie, qui n’a donné naïssance au Christ qu’une seule fois, quand nous le reproduisons journellement. Par nos fonctions nous sommes, dans un certain degré, au-dessus de la divinité, car elle s’est astreinte à la formule de consécration dans la Sainte Messe. De même que Dieu a créé le monde par les mots: ‘Ainsi soit-il”, nous, avec les paroles sacramentelles, créons Dieu lui-même.”
— Merci pour vos renseignements, Mr. G.., dit tante Mélie. Est-ce qu’une telle exhibition d’audace, de fatuité et d’arrogance n’est pas épouvantabl: ? Comme cette jactance est bien le fruit naturel d’un système monstrueux. C’est sa logigue
Dieu seul Pardonne. 99
destructive. Oui, c’est l’accomplissement littéral de la prophétie de Saint Paul concernant ‘ l’homme de péché, le fils de perdition, qui s'oppose et qui s'élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu, ou qu’on adore, jusqu’à s'asseoir comme un Dieu dans le temple de Dieu, voulant passer pour un Dieu.” -- On m’a toujours fait croire, remarqua Nora queles prêtres avaient tout pouvoir. S'ils ne peuvent pardonner les péchés, qui donc le pourra ? Comme tous les yeux se tournaient vers moi, je répliquai: Toute l’Ecriture nous enseigne que c’est l’attribut de Dieu. David dit : “Tu as ôté la peine de mon péché.” Jean : ‘ Si nous confessons nos péchés, Il est fidèle et juste pour nous les pardonner.” Il en est des affaires spirituelles comme des temporelles. Légalement le magistrat suprême, le souverain seul peut grâcier un coupable et lui pardonner. Jésus-Christ, étant le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, peut seul octroyer l’absolution à ceux qui ont enfreint la loi divine. Quandil dit au paralytique : “Tes péchés te sont pardonnés,” les pharisiens murmurent contre lui et disent: ‘ Qui peut pardonner les péchés que Dieu seul” ? Ceci prouve deux choses : 10. que l’absolution cléricale ne faisait point partie de la croyance juive, et 20. que si Jésus-Christ eût été un simple mortel, les pharisiens auraient été dans leur droit en le traitant de blasphémateur. C'était pour prouver sa divinité que Jésus leur
pose cette question : “Lequel est plus aisé de dire à ce paralytique : Tes péchés te sont pardonnés, ou de lui dire: Lève-toi, emporte ton lit, et marche.” Par son raisonnement comme par son action Jésus prouve, dans cette instance comme par grand nombre d’autres, que le pardon des péchés est équivalent au pouvoir créateur, et est la prérogative exclusive de la divinité, n'ayant jamais été départie à l'humanité. Dieu se sert parfois de l’homme comme d’un instrument pour opérer des miracles en son nom, mais jamais pour pardonner les péchés. Gardez en vue cette distinction.
— Ce que vous dites, observa Mr. G., me fait souvenir de deux citations qui m’ont bien embarrassé quant à l’application de leur vrai sens.
— Enoncez-les, et nous tâcherons de les rendre claires.
— Ce sont les paroles de Jésus-Christ contenues dans les Evangiles selon Saint Mathieu et Saint Jean. Le premier: ‘ Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel” Et le second passage est un peu plus explicite : “ Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez ils leur seront retenus.” Avec cela les prêtres affirment que le Christ leur a délé-
La Foi Efficace. 101
gué tout pouvoir au Ciel et sur la terre, le même pouvoir dont il jouissait lui-même.
— Papa, fit Jean inquiet, je pense que tu auras du fil à retordre pour résoudre ce problème. De quelque côté que je l’envisage jy vois de la difficulté.
— Pourquoi craindre, mon petit. Saches que beaucoup de choses qui paraissent ambiguës au premier coup d'œil, s’expliquent aisément quand on a l’expérience que confère l’étude. Il n’y a pas d’équivoque : la vérité évangélique, commise aux apôtres par le Sauveur, avec le Saint-Esprit qu’Il leur envoya à la Pentecôte, voild le pouvoir par lequel les hommes sont amenés au salut. Voïci le témoignage des Saintes Ecritures : ‘ Si vous persistez dans ma doctrine, vous serez véritablement mes disciples, dit Jésus-Christ, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.” Et dans sa prière avant la crucifixion, IL s’écrie: 4 Père, sanctifie-les par ta vérité ; ta parole est la vérité. ” Enfin dans sa commission finale il dit : “Allez-vous en par tout le monde, et prêchez l'Evangile à toute créature humaine. Celui qui croira, et qui sera baptisé, sera sauvé; mais celui qui ne croira point, sera condamné. ”
— Oh! je comprends maintenant, s’écria Mr. G. enchanté. Oui c’est bien ça. Le salut, le pardon, c’est l'Evangile accepté avec foi, et qui le rejette est perdu.
— C’est exactement l’idée, cher ami ; c’est une vérité simple, et puissante par sa simplicité.
— Mais vous nous disiez tantôt que c’est Dieu qui pardonne les péchés, et maintenant vous dites qu’on est sauvé par la vérité, observa Nora quelque peu d‘routée.
— La vérité, repris-je, est la voix de Dieu, quelle que soit la bouche qui la profère. Ecoutez ce que dit Saint Paul aux Romains: ‘Je n’ai point honte de l'Evangile de Christ, puisque c’est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient : premièrement des Juifs, et ensuite des Grecs. Car c’est dans cet Evangile que la justice de Dieu est révélée de foi en foi, selon qu’il est écrit : Le juste vivra par la foi.” Aux Philippiens il écrit: “Il est vrai que quelques-uns annoncent Christ par envie et dans un esprit de contention, et d’autres le font avec une intention sincère. Les uns annoncent Christ dans un esprit de contention, et non pas purement, croyant ajouter un surcroît d’affliction à mes liens ; mais les autres le font par affection, sachant que je suis établi pour la défense de l'Evangile. Mais quoi? De quelque manière que ce soit, soit par un zèle apparent, soit avec sincérité, Christ est toujours annoncé; c’est de quoi je me réjouis, et je m'en réjouirai toujours.”
Saint Pierre aussi comme tous les autres apôtres s’accorde parfaitement avec Paul sur ce point,
La Vraie Clef. 103
disant : “ Ayant donc purifié vos ânes en obéissant à la vérité par l'Esprit, étant régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la Parole de Dieu, qui vit et qui demeure éternellement. ”?
— Je m'aperçois, dit Nora, avec un air de contentement, que les apôtres ne s’appuyaient que sur la vérité que le Maître leur avait confiée.
— Vous le verrez encore plus clairement, j’espère, avant que nous terminions. Le Seigneuw dit : “ Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient point de péché; mais maintenant 1]ls n’ont point d’excuse de leur péché, ? Voyez quelle responsabilité nous encourons! Si nous croyons et obéissons à la vérité, nos péchés nous sont pardonnés et nos cœurs purifiés par le pouvoir de cette vérité ; si, au contraire, nous résistons à l'Evangile, non-seulement nos péchés demeurent en nous, mais ils s’aggraventen proportion de la mesure de connaissance qui nous est parvenue et qui nous enlève toute excuse. La vérité met chaque individu en rapport avec Dieu. Saint Paul dit encore : “ Qu’est donc Paul, et qu'est Apollos, sinon des ministres par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun ? J'ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a donné l’accroissement, C’est pourquoi celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose ; mais C’est Dieu qui donne l’accroissement, ”
— Ce langage ne ressemble en aucune chose à celui des prêtres de Rome, s’écria Mr. G., et nous donne une preuve convainquante qu'ils ne sont pas les apôtres du Christ, comme ils le prétendent.
— Le ministre du Saint Evangile n’est qu’un faible instrument entre les mains du Maître pour faire connaître la vérité, et c’est le privilége de tous les croyants. Si je porte à boire au blessé altéré sur le champ de bataille -- comme cela n’est souvent arrivé — il pourra dire que je lui ai sauvé la vie; mais c’est une erreur, c’est l’élément créé de Dieu qui aopéré. Je ne puis être ni l’eau ni le pain de vie, tout ce que je puis faire c’est de les faire connaître. La connaissance de la vérité, voilà la clef que Jésus a donnée à toute son église aussi bien qu’à Pierre. Elle était à la portée des Juifs, mais ils ont repoussée avec mépris ; C’est pourquoi le Seigneur le leur reproche, disant : ‘“* Malheur à vous, docteurs de la loi! parce qu'ayant pris la clef de la connaissance, vous n’y êtes point entrés vous-mêmes, et vous avez encore empêché d’y entrer ceux qui voulaient le faire.” Le passage parallèle dans Saint Mathieu
amplifie encore l’idée : “ Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n’y entrez point, et vous n’y laissez point entrer ceux qui voudraient y entrer. ” Ces malédictions étaient prononcées sur eux parce qu'ils rejetaient l’'Evan-
L'Agneau de Dieu. 105
. gile du Christ, et qu’ils empêchaient les autres de l'accepter. Ilest donc évident que la vérité de l'Evangile est la clef du royaume de Dieu. Quiconque la reçoit avec joie, et veut s’en servir selon l'intention divine, possède les trésors qu’elle découvre, comme Pierre, comme tous les autres apôtres, et comme tous les disciples d'âge en âge.
— Christ n'avait donc pas dessein de donner plus de pouvoir aux douze qu'aux autres croyants ? proposa Mr. G.
— À eux Il confia, d’une manière spéciale, son Evangile, et leur premier devoir était de le prêcher dans toute la terre. Aïnsi, comme Paul, chaque apôtre pouvait dire: “#$i je prêche l'Evangile, je n’ai pas sujet de n’en glorifier, parce que la nécessité m’en est imposée ; et malheur à moi si je ne prêche pas l'Evangile. ” Et nous voyons dans les Actes des apôtres qu’ils se réunissaient en concile pour décider de l’orthodoxie des doctrines, en qualité de dépositaires et de surintendents de la discipline de lEglise, mais encore leurs décisions étaient fondées sur le vote de l'Eglise entière. { Voir St Mathieu, XVIII, 17,18; Actes, XV ; XXI, 18— 22 ; Rom., XVI, 17 }.
Il est évident que Christ ne leur a jamais donné le »ouvoir d’absoudre les péchés, en son nom, dans le sens prétendu par l'Eglise romaine pour les raisons suivantes : 10, une telle croyance ne se trouve nulle part dans l'Ancien Testament, et 20,
les apôtres de Christ n’ont jamais exercé de telles fonctions. En son nom ils ont opéré des miracles, guéri des malades, même ressuscité les morts, mais ils n’ont jamais prononcé d’absolution. Créer, et pardonner les péchés, sont des prérogatives de Etre suprême, que nul homme ne peut sarroger sans blasphème. Dans Apocalypse de Saint Jeun, chapitre premier, versets 17 et 18, nous entendons Jésus disant : ‘ Je suis le premier et le dernier ; je suis vivant ; jai été mort, mais maintenant je suis vivant aux siècles des siècles, Amen ! et je tiens les clefs de l'enfer et de la mort. ”
— Je me demande après cela, dit Mme. Beaudry, | comment la qualité de prêtre peut s'adapter aux ministres du Nouveau Testament: ce me semble que celui qui ose se donner cette dignité le fait soit par ignorance ou par fourberie.
— Ce titre neleur sied nullement, repris-je.
Les prophètes de l’ancienne alliance étaient un type des prédicateurs ou ministres de la nouvelle, comme les prêtres, par leur fonctions sacerdotales, préfiguraient le Christ. Et Jésus, en commissionnant ses apôtres, leur a défini leur devoir, disant : ‘ Allez donc, et instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, et leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé.” Saint Paul dit à son tour: “ Ce n’est pas pour baptiser que Carist m'a envoyé, mais c’est pour annoncer l'Évangile, non avec des
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discours de la sagesse humaine, de peur que la croix de Christ ne soit rendue inutile. ” ‘ Car, il dit plus loin, nous ne prêchons point nous-mêmes, mais nous prêchons Jésus-Christ, le Seigneur ; et pour nous, nous sommes (non vos prêtres et seigneurs), mais vos serviteurs pour l’amour de Jésus. Maïs nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous. ”
— Je comprends maintenant, dit Nora, que les apôtres voulaient s’amoindrir ou se cacher et toutes leurs fonctions pour mieux faire paraître et valoir la vérité de l'Evangile, la puissance de Dieu dans tous les esprits et les cœurs. Ce n’est pas ainsi qu’agissent nos prêtres.
— C’est ça. Le ministre n’est pas le chemin, il n'en est que l’indicateur. Il ne peut pardonner les péchés, mais il ne doit cesser de dire: “ Voici V'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. ” Comme la goutte cristalline, à la fin de l'orage, qui, quoique cachée dans l’azure, fait resplendir le radieux arc-en-ciel, ainsi le serviteur de Dieu ne doit que faire refléter la vérité, la bonté et la puissance de son Créateur. Les langues de feu de la Pentecôte étaient non-seulement une manifestation prodigieuse de la Toute-Puissance, mais aussi un symbole convenable du ministère évangélique : le vrai talisman de la nouvelle alliance. De quel autre que du Christ pourrions-nous dire, comme
Saint Pierre le fit: ‘C’est lui que Dieu a élevé à sa droite pour être le Prince et le Sauveur, afin de donner à Israël la repentance et la rémission des péchés. ”
— Maintenant, donc, dit Luella, est accomplie cette parole de Jésus à Nicodème : “ Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. ”?
— Vraiment, est-ce là qu’on trouve le salut?
s'écria Nora. N'y a-t-il qu’à regarder à Celui qui est mort et ressuscité pour avoir la vie ?
— La Sainte Écriture nous le déclare : ‘ Vous, tous les bouts de la terre, regardez vers moi, et soyez sauvés; car je suis le Dieu fort, il n’y en a point d'autre.” Et, ‘tous les bouts de la terre s’en souviendront, et se convertiront à l'Eternel, et toute les familles des nations se prosterneront devant toi. ”
— Quelle force et quelle grandeur d’âme dans la remarque du célèbre philosophe grec à Alexandre le Grand, qui voulait conférer des honneurs au cynique. ‘Tout ce que je désire de toi, dit Diogène, c’est que tu condescendes à ne pas m’intercepter les rayons du soleil. Ne me prends point ce que tu ne peux me donner.” A nous d’imiter la sagesse du païen, étant persuadés que Dieu ne veut point d'autre intermédiaire que Jésus entre
La Sainte Parole. 109
Lui et nous. Tout autre objet n’est qu’un obscurcissement.
Pénétrés de ces saintes et puissantes vérités, nous terminâmes notre séance, en répétant chacun à son tour, comme nous avions l’habitude souvent de faire, un passage d’Ecriture Sainte approprié.
Tante Mélie : “Qui est sembiable à toi parmi les forts, Ô Eternel? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, redoutable, digne de louange, et qui fais des merveilies. ” Ex., 15, 11.
Mme. Beaudry : ‘ Rendez hommage au Fils, de peur qu’il ne se courrouce, et que vous ne périssiez dans cette voie, quand sa colère s’embrasera tant soit peu. Oh! qu’heureux sont tous ceux qui se retirent vers lui.” Ps., 2, 12.
Mr. G.: “O Dieu! lève-toi, juge la terre, car tu posséderas en héritage toutes les nations.” Ps., 82, 8.
Nora : ‘“O Eternel! qui es le Dieu fort des vengeances, fais luire ta splendeur. Toi qui es le juge de la terre, élève-toi, rends la récompense aux orgueilleux.” Ps., 94, 1, 2.
Luella : ‘ Eternel! je te célébrerai, parce que t’'étant courroucé contre moi, ta colère s’est détournée et tu m’as consolée.”?” Isaïe, 12, 1.
Jean : “Dieu a tellement aimé le monde, quil a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle, ” Jean, 3, 16.
Marie : “Mais Jésus leur dit : Laissez ces petits enfants, et ne les empêchez point de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. ? Matt., 19, 14.
Et moi: ‘Si noûs marchons dans la lumière, comme Ilestlui-même dans la lumière, nous avons une communion mutuelle, et le sang de son Fils Jésus-Christ nous purifie de tout péché.” 1 Jean, L.7: