‹ Face à face ou Luttes mentales d'un catholique romain [microforme]Chapitre 15 sur 24 · RE CE, TAUPE LT CON PASSA A · texte numérisé non relu

RE CE, TAUPE LT CON PASSA A

mon oreille : Est-ce que tu ne penses pas papa, que Nora est véritablement convertie ? On dirait que son visage rayonne comme celui d’un ange.

— Il ne faut pas chuchoter ici, répondis-je sur le même ton, Nora parlera sans doute en temps et lieu.

— Papa, fit-il à haute voix, veux-tu continuer à nous décrire ton expérience religieuse ; nous sommes tous désireux de t'entendre discourir sur cette matière.

Voyant que chacun semblait adhérer à la proposition je m’exécutai sans plus tarder.

— Un événement providentiel, sans nul doute, vint, en 1852, faire époque dans ma carrière. Au commencement de Septembre, je partis de Ticonderoga, en compagnie de Joseph Cook, pour aller suivre les cours de lacadémie de Keeseville, Nous allâmes prendre pension dans le même hôtel. Mon compagnon n'était membre d'aucune église, mais 1l était strictement moral, il avait même de la piété, et la Bible lui était familière. Dès le premier dimanche que nous passimes ensemble, il me -proposæ -Wuailer assister au culte de l'Eglise presbytérienne. J’hésitai un moment, mais prenant mon parti je lui répondis que j’accepterais volontiers, s’il voulait en retour venir l'après midi à l’église romaine. Il acquiesça de si bonne grâce, que je fus frappé de labsence de préjugés chez lui. Mais avec la réflexion, je sentis que je

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venais de me placer dans un dilemme. En effet, j'avais une sainte horreur des temples hérétiques, dont je n'avais Jamais franchi le seuil. Que devais-je faire ? Je nvétais engagé peut-être bien légèrement ; mais j’aurais eu houte de fausser la parole donnée. Tout compte fait, je me décidai à encourir le blâme, dans Pespoir qu’il serait plus que compensé, par mes efforts pour attirer mon camarade dans le giron de notre sainte église.

A l’appel des cloches nous nous dirigeâmes vers l'enceinte redoutée. En route je crus ouir des voix mystérieuses bourdonner à mon oreille:

‘ Arrête ! arrête, malheureux ! ” Il me semblait que ma mère me tiraiten arrière par un lien invisible. Je frémis en entrant dans le vestibule du temple ; j'aurais voulu fuir ; le seui motif qui me retenait encore était le désir de sauver mon ami. A l'exemple d'Orphée, de mothologique mémoire, qui s’'aventura aux enfers pour délivrer, au moyen de sa lyre, son épouse, je me risquai mais sous toutes réserves. Le vieillard, qui se trouvait à l'entrée, nous reçut si courtoisement qu’il fit taire mes appréhensions. Après nous avoir conduit vers un bon siége, il se retira et avec lui toute gêne s’évanouit. En vérité la bénignité exerce une puissance mystérieuse et irrésistible, pour ainsi dire, magnétique.

Le temple, dénué de toute ornementation, me surprenait par sa belle simplicité. Le service,

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exempt d’ostentation, dépourvu de la pompe de nos cérémonies, me faisait réfléchir et comparer. La prière, la prédication, et le chant étaient à ma portée, j'en pus saisir les moindres détails. Le pasteur, habillé modestement et comme ses auditeurs, pria avec une ferveur et une onction, qui m'étaient inconnues. Je fus ému, bouleversé, ravi; mon cœur se dilatait pour faire place à un amour plus grand pour le Créateur et ses créatures. Mes instincts religieux se délectaient d’une réfection rafraîchissante et délicieuse. Imaginezvous les sensations du voyageur du désert, lorsque harassé et mourant de soif, il découvre soudain et inattendu un de ces oasis enchanteurs, où il peut se désaltérer à la source d’eau pure, coulant à ses pieds, et reposer ses membres endoloris à ombre du palmier qui fera aussi les frais de son repas; alors vous aurez un aperçu de ce qui se passait en moi. Mais, chose étrange, j’éprouvais simultanément la crainte d’être le jouet d’une illusion. Comment pouvait-il se faire que je pusse dériver du bien d’une de ces assemblées qui m’avaient toujours été représentées comme dérogatoires au vrai christianisme: comme une manifestation de la rébellion suscitée par l'esprit du mal? Mon émotion était-elle vraiment l'effet de ce que je voyais et entendais, où étais-je déçu par les apparences, sous l’empire d’une hallucination ?

Aberré ou non, il était indubitable qu’on m’avait

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dénigré la nature du culte protestant. Je n'étais certainement pas pis qu'avant d'y avoir assisté. Cene pouvait être un péché, encore moins un sacrilége, comme les livres d'instruction le disent. J’avais donc été induit en erreur sous ce rapport. Mais alors qui me prouvait que je n'avais point été trompé sur d’autres points? On pouvait le déduire comme conséquence naturelle. Et ainsi une pensée en suggérait une autre et me rendait de plus en plus perplexe. Où cela devait me conduire, je ne pouvais certes pas le prévoir.

— Allas-tu encore à l’église romaine? s’enquit Luella.

— Certainement, nous y fûmes comme il avait été convenu le matin; mais je dois dire que j'éprouvai une certaine gêne en songeant au coustraste des deux services. D’un côté nos yeux sont éblouis par éclat de l’attirail fastueux, par l’attitude imposante du prêtre et la pompeuse cérémonie; nos oreilles sont charmées par des sons harmonieux qu’on dirait empruntés aux partitions de l'opéra : de l’autre une rigide simplicité nous porte à la réflexion. Là, ce qui flatte les sens; ici, ce qui touche le cœur.

Lorsque j’essayai de faire apologie de ce qu’un si petit nombre d’assistants pouvait comprendre le service latin, mon ami se contenta simplement de citer la critique de Saint Paul à propos de lusage d’une langue inconnue dans l'église : ‘J'aimerais

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mieux prononcer dans l'église cinq paroles en me faisant entendre, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles dans une langue inconnue.” Alors je me tins coi, ressentant plus vivement la douceur de sa désapprobation que s’il m’eût adressé une cuisante rebuffide. Mais j'avais fait vœu de fidélité à l’église romaine, et nonobstant mon incapacité à la défendre, je devais persister à la suivre ; je ne voulais pas m’avouer vaincu au premier échec ; toutefois mon zèle décroissait insensiblement. De temps en temps je visitais les églises réformées pour lesquelles j'avais perdu ma répulsion première. C’est de cette époque que date mon introduction à l’école du dimanche; j'y pris tellement goût que j'en devins amoureux. |

— Commenças-tu, sur le champs, à courtiser la belle? demanda Jean avec une sorte d’espièglerie au coin de l’œil.

— Pourquoi m'en dédirais-je ? Nous ne tardâmes pas à nous marier, et je suis loin de le regretter. J’allais à l’école assidûment, mais j'étais timide, car je sentais mon infériorité en présence de ces simples leçons bibliques, dont j’ignorais jusqu'aux éléments, La Bible n'existait pour moi que par ouï-dire.

— Comment à 19 ans tu ne connaissais pas encore la Parole de Dieu ! s’écria Luella.

— Hélas ! comme un grand nombre d'êtres, soidisant civilisés, je n’aurais su dire si le livre de

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Saint Matthieu se trouve dans l'Ancien ou dans le Nouveau Testament.

— Mais comment avais-tu été si longtemps retenu dans les ténèbres ?

Regardant à ma montre, je répondis : Il est maintemant trop tard pour entamer cette considération, nous y reviendrons dimanche prochain.

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