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LA BIBLE — DIFFÉRENTES VERSIONS — LUTHER — COLLÊGE DES JÉSUITES À MONTRÉAL — SAINTS PIERRE ET PAUL — INCENDIE DE BIBLES A CHAMPLAIN, N. Y. — L’IRLANDAIS ET SON PRÈÊTRE — MA PREMIÈRE BIBLE.
La Parole sert de lampe à mon pied, et de lumière pour mon sentier. LE ROI-PSALMISTE,.
(Ql L'HEURE dite Luella renouvella sa question, en l’appuyant de l'observation, qu’elle 8 ne pouvait pas comprendre pourquoi les à° catholiques romains n’aimaient pas à lire la Bible comme les protestants. Quant à moi, continua-t-elle, je prends plaisir à l’étudier, dans l’espoir d’y puiser la sagesse dont elle est remplie. Je partage les sentiments exprimés dans le cantique que tu nous traduisais l’autre jour :
Répêtez-les-moi tous les jours, Merveilleuses paroles !
Leur douceur m’enchante toujours, — Merveilleuses paroles :
Paroles de vie, Grâce et mélodie :
Voix du Sauveur,
C’est mon bonheur, — Merveilleuses paroles.
d La Bible. 171
Voici le céleste festin, — Merveilleuses paroles ; —
L’Epoux pourvoit le pain divin ; — Merveilleuses paroles.
O manne cachée,
Substance sacrée,
De toi nourri,
Je suis béni: —
Merveilleuses paroles.
— Vous pouvez même ajouter, Mile., dit le pro-.
fesseur, que la Bible est le don inestimable de Dieu à sa créature ; la seule règle infaillible ; le vrai guide de notre foi. C’est le phare de Punivers, la lumière du monde.
— C’est assurément l’équerre avec laquelle nous établissons notre fondation religieuse, ajoutai-je, et le niveau dont parle le prophète Isaïe : ‘Et je mettrai le jugement à l’équerre et la justice au niveau.” Celui donc qui ne veut pas accepter ce critérium est évidemment dans lerreur.
— Je partage votre opinion, reprit le Professeur ; c’est une vérité indéfectible et incontestable que la Bible est et sera le juge en dernier ressort. Et pour moi c’est inconcevable ou très significatif que le clergé romain s'oppose si unanimement à la dissémination universelle des Saintes Lettres. J’aimerais fort à connaître les motifs qui le font agir de la sorte, si du haut de sa grandeur, il daigne en donner.
— Ils donnent généralement pour raison, repliquai-je, que la Bible est un livre essentiellement
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protestant ; de là il coule de source qu’un prêtre ne prononce jamais ce mot sans prendre un accent méprisant. Et quand ils parlent de leurs versions, ils les qualifient de Sainte Ecriture ou Livres Canoniques. Dans leurs catéchismes, le mot Bible v’est pas employé, comme s'ils en avaient peur; en même temps, ils nous disent que tout ce qui peut paraître douteux doit être référé à l’autorité ‘de l’hiérarchie.
— Je vois, reprit le Professeur, qu'il n’y à pas d’exagération dans ce que nrécrivait dernièrement un ami d'Italie. Il raconte qu’en conversant avec un prêtre, celui-ci, parlant du pape et de ses caméries, disait ingénument : ‘Ces Messieurs simplifient singulièrement les choses; 1ls réduisent le Credo à un seul article, savoir, Je crois au pape ; la Bible à un seul verset: Tu es Pierre ; le culte à une seule pratique: Le service de Marie ; et le devoir à cette règle unique: Dans toute difficulté consulter la Sacrée Congrégation de Rome et lui obéir eæactement. ?”
— Cela ne diffère de ce qui m'était enseigné qu’en ceci: c’est que la Bible était, pour ainsi dire, mise à l’index, complètement oubliée. Ma mère nous racontait comment Luther, moine savant mais dépravé, inventa une nouvelle religion, par
O convoitise, pour satisfaire sa lubricité; comme quoi il écrivit un livre, le cacha sous une tombe
dans le cimetière, puis alla publier que dans une
Accord des versions. 178
vision, les anges lui avaient révélé où était déposé le vrai livre de Dieu. Après des recherches on découvrit le trésor, qui donna naissance à la nouvelle secte, et la religion protestante fut établie. Elle nous disait aussi que le même Luther fut tourmenté avant de mourir par les flammes de l'enfer ; de sorte qu'il fallait que ses amis le plongeassent dans une cuve d’eau froide pour alléger ses souffrances, mais que l’eau se mettait aussitôt à bouillir, et que rien ne parvenait à apaiser les vives douleurs du moribond, Que dites-vous de ce spécimen de croyance populaire sur Porigine supposée du protestantisme ? Voila pourtant comment on falsifie Phistoire pour étayer une cause vermoulue,
— Jésus-Christ pourrait bien dire aux prêtres du romanisme, tonna tante Mélie, ce que jadis 1l disait aux prêtres du judaïsme : Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! car vous courez la mer et la terre, c’est-à-dire tous les labyrinthes du mensonge, pour faire un prosélyte ; et quand il l’est devenu, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous. ?
— Les prêtres, ajoutai-je, assurent que la Bible protestante est une copie tronquée de la Parole de Dieu, Or, voier deux versions protestantes, celles de Martinet d'Ostervald, revues sur les originaux, Voilà de plus les versions approuvées du Müistre de Sacy et de l'abbé Glaire, traduites de la Vulgate,
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laquelle est eïle-même une traduction par Jérome du grec et de l’hébreu, et cependant vous ne pourriez découvrir de différence sensible entr’elles: si les expressions diffèrent quant à la forme, l’idée est la même au fond. Sibien que si on les répand indistinctement elle seront également ‘“ la lampe aux pieds des nations et la lumière de leurs sentiers. ”
—— Pourriez-vous me dire donc demanda Luella, pourquoi les prêtres affirment que la Bible est un livre dangereux ?
—Je veux vous donner un fait, dit Mr. G.
Pendant mon séjour au collége des Jésuites de Mortréal, je n’en ai vu aucune, et je n’en ai jamais vu dans aucun collége que j'ai visité. An reste ce livre est d’une rareté proverbiale au sein de la population canadienne-française.
— Je me rappelle, dis-je, qu’un jour, à Henryville, le magistrat demanda une Bible, afin d’assermenter une déposition, On chercha longtemps avant d’en trouver, et encore celle qu’on apporta était une édition protestante. Chacun se sentait mal à l’aise en présence du livre redouté ; moimême fus me cacher derrière ma mère, ne jetant, à la dérobée, que quelques regards furtifs.
Les prêtres prétendent que ce livre est dangereux parce que, disent-ils, ilest difficile à comprendre, comme St. Pierre le déclare de certains points des épîtres de Saint Paul. Mais il se garde
Accord des versions. 175
bien d'ajouter que “ce sont des inconstants qui tordent ces passages comme ils t : lent aussi les autres Ecritures à leur propre per: ::n.” En effet, Saint Pierre ne réfute nullement lassertion de Saint Paul, que la “connaissance des Saintes Lettres peut rendre sage à salut, par la foi en Jésus-Christ.” Il ajoute : Toute l’Ecriture est divinement inspirée et utile pour enseigner, pour convaincre, pour “corriger, et pour instruire selon la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli, et parfaitement Instruit pour toute bonne œuvre.”
— Toutefois les prêtres soutiennent que Saint Pierre s'élève contre le droit d'interpréter les Ecritures, répliqua-t-l.
— Eh bien! examinons la question. Ouvrant alors la version de Glaire, je lus : 4 Et cette voix apportée du ciel, nous lavons entendue nousmêmes, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et nous avons la parole plus ferme des prophètes, à laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui luit dans un lieu obseur, jusqu’à ce que le jour brille, et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs ; sachant avant tout que nulle prophétie de lEcriture ne s’explique par une interprétation particulière. Car ce n’est pas par la volonté des hommes que la prophétie à jamais été apportée ; mais c’est inspirés par l'Esprit Saint, qu'ont parlé les saints hommes de Dieu. ?”
Ce qui veut dire, pour toute personne non pré-
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venue, que les écrits des prophéties ont été inspirés par le Saint Esprit et ne sont point le fruit d'une production humaine, Conséquem ment l'interprétation dont parle lapôtre se rapporte à l'écrivain et non pas au lecteur,
Quoiqu'il en soit, chacun fera bien de poser les paroles prophétiques de linspiré Pierre : # Comme à une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour brille, et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs. ? Si on joint à l’exhortation de Pierre x recommandation du Seigneur de sonder les Ecritures ; l’éloge des Béréens par Saint Luc, dece qu'ils examinaient si ce qu’on leur préchait était fondé sur les Ecritures ; ladmission de Saint Paul de leur salutaire influence sur l'esprit du jeune Timothée, et quantité d’autres passages, comment s'expliquer la raison dun enseignement qui donne au peuple une crainte puérile et superstitieuse du saint livre ? je ne sais,
Une fois je fis un rêve effroyable. Je voyais Satan lisant la Bible ; je croyais naivement que de tous les êtres il était le seul qui aurait dû avoir accès à cet étrange volume. Quelque horribles que ces sentiments puissent vous paraître, ils n'étaient que la conséquence logique du système d'éducation sénile auquel j'avais été astreint. J'avais très souvent entendu des ecclésiastiques déblatérer contre la lecture de la Bible, particulièrement le père Talmon, lors de mon admission dans l’ordre du scapulaire.
Incendie des Bibles. 177
Comme les actions parlent plus haut que les paroles, je désire vous raconter une anecdote le concernant. Versla mi-octobre 1842, ce zélé père fût envoyé, avec plusieurs coadjuteurs, par l’évêque Bourget de Montréal, au voisinage nommé Corbeau, paroisse de Champlain, N. Y. La population était, en grande partie, composée de Canadiens Français, et certains colporteurs évangélistes, parmi eux un nommé Eloi Roy, avait réussi à y placer plusieurs Bibles et Testaments. De là la nécessité d’une mission spéciale pour contrecarrer les effets de la Parole. Par quelques prédications à sensation, dont la substance n’était que des descriptions dramatiques des tortures de l'enfer et du purgatoire ; de la mort tragique des hérétiques et de leur aumnation certaine, avec assaisonnement d’une kyrielle de patenôtres, nos fins matois surent, tant par leurs cajoleries que par leur menaces, reprendre leur ancien ascendant. Ils ordonnèrent au peuple d'apporter à l’endroit indiqué ces livres pernicieux, si bien que la reddition se fit sans coùp férir, et le 27 du mois, en plein jour, publiquement on fit un auto-da-fé de la Parole de Dieu.
Lorsque j'allai visiter ce pays, en 1855, des témoins occulaires me rapportèrent ces faits ; mais je me réjouis de ce que plusieurs personnes avaient secrètement conservé le livre prescrit, en bravant les anathèmes du clergé. Par contre, j'entendis une
vieille femme se glorifier de sa participation au
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feu de joie. Elle avait dans son zèle donné des coups de pied à ceux des livres qui dégringolaient du tas, suivant son impression, malgré la peur qu’elle avait de s’'empoisonner à leur contact!
Mais pour vous montrer comment Dieu revendique lautorité de sa Parole, je vous raconte ce fait : tandis qu’on battait les Bibles à coups de pied, le tourbillon de vent, causé par les flammes, emportait des morceaux de feuilles qui retombuient, comme des flocons de neige, sur les champs d’alentour. Poussé par la curiosité, un garçon de douze aus, nommé Louis Morin, ramassa soigneusement plusieurs de ces feuilletons mi-brûlés, et les lisant, fût converti. Après avoir fait beaucoup de bien parmi ses anciens amis, il mourut, témoignant le triomphe de la foi chrétienne.
— Voici l’accomplissement de cette assertion scripturaire dit le Professeur : “ Certainement la fureur de l’homme tournera à ta louange. Tu achèveras de détruire le reste de ces furieux.” Muis quel terrible compte le clergé romain aura-til à rendre de tous ses méfaits ! A lui la responsabilité de la répugnance du peuple à lire la Bible. Dans le cours de mes voyages en Espagne, en Italie, dans le sud de l'Amérique et dans quelquesunes des îles de l'Atlantique, j'ai anpris, de sources certaines, que des individus, même des familles, ont été emprisonnés, ou autrement châtiés pour s'être permis de lire la Bible, et quelques-uns pour
Pour et Contre. 179
lavoir eue en leur possession. Partout où Rome a la prépondérance, son joug se fait sentir.
— Elle agirait de même ici, ajouta tante Mélie, si elle était en force, car, avec son arrogance habituelle, elle ne se fait pas scrupule de lannoncer par la voix du père Hecker, l'éditeur du Monde Catholique, qui proclame cet avénement, par anticipation, pour l'an de grâce 1900.
— J'espère bien qu’il se trompe, répliquai-je ; mais écoutez le dernier prétexte à leur défense de life la Bible : c’est que cette lecture est superflue, parce qu’ils enseignent tout ce qui est nécessaire au salut des âmes,
— Eh bien ! que peuseriez-vous, si moi, le précepteur de vos enfants, je leur disais: Il n’est pas nécessaire que vous ayez des livres pour étudier ; il vous suffit de m’écouter ?
— Naturellement je ferais tous mes efforts pour vous faire congédier.
— Et pourtant il y aurait plus de raison à me croire sur parole, car ce que j’enseigne n’est guère sujet à controverse. Si, par mégarde, je commettais une erreur scientifique, il serait possible d’y remédier ; ces conséquences n’étant pas fatales, Mais on ne peut pas lire cela de l’instruction religieuse, qui est d’une importance vitale. J’admire beaucoup la sagacité d’un mien Irlandais: son curé lui affirmait que la Bible était faite pour le clergé et non pour des gens de son acabit.
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