‹ Face à face ou Luttes mentales d'un catholique romain [microforme]Chapitre 3 sur 24 · RETRO · texte numérisé non relu

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que nous recevons pour vraies, sans examen, sans études, des opinions qui jettent de profondes racines dans nos esprits, et qui plus tard nous dominent despotiquement. Mon expérience vient à l’appui de cet aphorisme.

Mes facultés se développèrent avec l’âge. Eh! quelle fut ma surprise lorsque, par contraste, je fus obligé de reconnaître que la moralité de nos voisins protestants excellait la nôtre. Ils nous surpassaient en industrie, en éducation, en sobriété et même en charité Quels bons chrétiens ils feraient, me disais-je, si seulement ils possédaient la vraie foi, s’ils appartenaient à la véritable église !

— Mais, interrompit tante Mélie, vous ne pouviez réaliser à cette époque, qu’en moyenne, aux Etats-Unis, la moralité des protestants sans prétention religieuse—exceptant ceux qui en ont— est de beaucoup supérieure à celle des catholiques romains qui se glorifient tant de leur religion.

— Je savais pourtant qu’en ce pays, la moralité des catholiques romains s'élève à un degré d’excellence inconnue dans les pays complètement dans le régime du clergé.

— Ce que vous venez de dire, observa Luella, me rappelle la conversation que j'entendis l’autre jour en omnibus: ‘Avez-vous remarqué, dit madame, les enseignes d’auberges de toutes classes dont notre bonne ville abonde? Hélas! oui, répondit la voisine; et de plus j'ai noté que

presque toutes portent des noms étrangers au pays, ce qui suggère assez à quelle religion ces gens-là appartiennent. ÆEt mon époux m’assure que les statistiques du pays entier nous montrent que la plupart des vendeurs de boissons enivrantes sont catholiques romains.”

— Soit, mais revenons à notre sujet. Dans un livre de prières, approuvé par l'archevêque Hughes de New York, et très populaire, ayant pour titre : Le Chemin du Ciel, nous lisons à la page 14:

: Dans un rescrit en date du 5 Septembre, 1852, Notre Saint Père Pie IX, à l'instance du concile national de Baltimore, sanctionne, par indulgence, la formation d’une société dont les membres prieront spécialement pour la conversion de tous ceux qui sont en dehors de la communion de l’église romaine dans les Etats-Unis.

‘ À la communion de Pâques une indulgence plénière sera accordée à tous les membres qui réciteront journellement, n’importe dans quelle langue, la prière suivante: Eternel Dieu Tout Puissant, Sauveur de tous, et qui ne veux point qu'aucun périsse, ayez pitié de ces âmes qui sont égarées par les séductions du malin esprit, afin que rejetant toute erreur, les cœurs de ceux qui errent soient convertis et retournent à l’unité de la verité en Jesus-Christ Notre Seigneur. Amen.”

Vous voyez que non seulement cette prière est enseignée mais encore qu’elle est considérée par le

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Pape comme étant d’une telle importance qu'il accorde une récompense sous forme d’indulgence plénière à tout romain qui la récitera.

En ce moment Jean, qui venait de feuilleter les journaux, s’ecria : ‘“ Tenez, voici un peu plus de lumière ou de ténèbres, comme vous voudrez, sur le sujet. D’après ceci il me semble qu’ils devraient plutôt former des sociétés de prières pour la conversion de ceux des leurs qui figurent en si grande majorité sur le rapport des récentes arrestations.”

Après avoir lu quantité de noms, pour la plupart étrangers, 1l ajouta: ‘ Pour un seul jour ça ne va pas mal?” Puis passant à un autre journal, il allait entreprendre la lecture des opérations de la cour de Police, lorsque sa mère lui dit: ‘ C’est assez, Jean ; tu pourrais lire ainsi jusqu’à demain et ça ne ferait que noircir un tableau dejà trop sombre, surtout quand on considère que guère plus que le quart de la population de cette ville appartient au romanisme. Un tel état de choses est vraiment alarmant.

— Mais, je répondis, l'embarras que me causait la moralité supérieure des protestants ne fit qu'augmenter avec l'examen. Leur charité se recommandait à moi en ce qu'ils faisaient l’aumone aux pauvres romains auxquels les prêtres la refusaient souvent.

Je voyais aussi que ces hérétiques etaient strictemage religieux malgré l'affirmation contraire. A

mon grand étonnement, je vis que plusieurs d’entr'eux ne se mettaient point à table sans implorer la bénédiction d’en haut sur eux et sur leurs aliments.

De plus, matin et soir ils s’unissaient en famille dans la lecture de la Bible, le chant des cantiques et la prière—chose rare chez les romains. Le dimanche ils s'occupaient à lire des livres religieux et assistaient ponctuellement au culte public dans les églises, qui font l’ornement de tous leurs villages.

Le contraste frappant entre cet état de choses au Vermont avec le bruit et la dissipation qui caractérisent le jour du dimanche au Canada, à quelques milles de distance seulement, me donnait à réfléchir. Il était clair que la religion seule était la cause de cette différence de mœurs.

— Raconte-nous donc comment le dimanche était observé en Canada, fit Jean.

— Là, ie dimanche était consideré comme jour de fête. Les auberges—en plusieurs cas tenues par des membres distingués de l'église, même de ses syndics et de ses chantres—étaient ouvertes tout le jour, à l'exception des heures de services.

Entre les offices les hommes et les enfants s’'amusaient à divers jeux devant la porte de l’église. D’autres faisaient parader leurs chevaux pour leur donner du renom.

Un encanteur ayant nom Demers, syndic de l'église, et dont les fils étaient mes camarades d'école et du chœur, aussitôt la messe finie, montait

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une estrade aux fins d'annoncer au public les choses perdues, trouvées, ete. Une fois l'an il s’y faisait aussi une vente à l'enchère de graines potagères, de fil, de laine, de végétaux et d'animaux de toutes sortes, dont le produit était versé entre les mains du prêtre, au profit des âmes du purgatoire, pour lesquelles on faisait la collecte dans l’église.

Imaginez-vous le dévot crieur au milieu du gloussement des dindons, du caquetage des poules, et du grognement de pourceaux, annoncant sa marchandise, et puis vendant au plus offrant le salut des âmes en purgatoire, au moyen de la prime offerte. Ce n’est guère croyable, pourtant je l'ai vu plusieurs fois.

— Quoi, tout cela le dimanche! s’écria Jean.

—— Quand ce n’était pas le dimanche c'était un jour de fête d'obligation, plus solennel encore à leurs yeux. Toutefois vous ne devez pas perdre de vue que cela se passait il y à trente ans, et qu’à cette époque il y avait moins de civilisation que de nos jours.* En outre, ce mode de publier les annonces était le seul praticable, car on ne recevait peut-être pas une demi-douzaine de journaux dans toute la paroisse, et un avis par écrit n'aurait pu être lu de la centième partie des habitants. Il est à desirer que la civilisation fera bientôt disparaître ces coutumes impies, triste reliquat du paganisme, Nous pourrions dire la même chose des assemblées du dimanche pour discuter, avant les élections, la

* Cela se pratique encore dans le puys,

politique, ainsi que les cirques comiques, les loteries, et les jeux de toute espèce.

—Quelles étaient donc les habitudes familières du peuple ? demanda Luelia.

—Chaque habitation avait ses parties de plaisir ; on jouait aux cartes, on dansait, on buvait à tirelarigot.

—Et toi aussi, papa, tu jouais aux cartes ? dit-elle attristée.

—J’en rougis à ma honte. J’ai souvent depuis frémi à la pensée «2 la vie de débauche et de ruine qui aurait pu m’échoir, et que, par une providence favorable, j'ai pu éviter. A l’égard de ces choses vous allez voir quel exemple et quelle instruction je recevais. Mon père prenait autant de soin pour nous apprendre les figures de la dance et les combinaisons du jeu de cartes, que ma mère s’en donnait pour nous enseigner à prier. Du reste elle ne pouvait objecter à ces amusements qui nous paraissaient universels. Sans vendre de liqueurs mes parents avaient un petit restaurant attaché à leur boulangerie, aussi notre maison devenait le rendez-vous général, principalement le dimanche.

— À la saison des pommes notre maison sr remplissait de chalands anxieux pour se divertir au jeu de cartes appelé loup. L'enjeu consistait en pommes, et comme j'etais expert à ce jeu, je gagnais souvent, et je ne me faisais pas scrupule de revendre plusieurs fois la même marchandise à

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nos clients : c'était pour moi source de plaisir et de profit. Cette espèce de brigandage durait ainsi toute la journée et parfois jusqu'à une heure avancée de la nuit. Pourtant il faut en exclure le temps de la messe et des vêpres, car au son de la cloche nous nous hâtions d’aller à l’église avec la même ardeur que nous en mettions à jouer.

Ordinairement après vêpres mes parents se rendaient au presbytère pour faire la partie de cartes avec monsieur le curé.

—Est-ce possible! un prêtre qui se dit un des apôtres de Notre Seigneur Jésus-Christ, protesta Luella.

—Mais oui, et c'était un des plus devoués de ceux que j'ai connus dans le sacerdoce. Il avait nom Brouillette. Il fut envoyé à cause de son excès de zèle comme missionnaire aux indiens d'Orégon.

—Oui-da! et que disaient grand papa et grand’maman au retour de leur pieuse visite à monsieur le curé ?

—0, ils étaient enchantés de la manière dont ils s'étaient amusés; le prêtre les avait fait rire à gorge deployée avec ses tours de finesse au jeu de cartes, et ses bons mots, Quoique très jeune encore, je ne pouvais pas faire autrement que de voir l’inconséquence sérieuse dans la conduite d’un homme qui était si solennel en apparence aux vêpres où je venais de le desservir ; et qui un moment après

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était gai comme un troubadour. Et on me fit comprendre que c’etait la même chose avec tous prêtres du pays.

— Done, s’écria tante Mélie, en comparant les mœurs du Vermont avec celles du Canada, nous sommes obligés d’avouer qu’elles ne sont pas en faveur de ce dernier pays, et il me semble que celui qui quitte le Vermont pour le Canada doit éprouver les mêmes émotions que les disciples lorsque aussitôt après la transfiguration du Maître ils se trouvaient parmi les incrédules et les démoniaques.

—On connaît l'arbre à son fruit, a dit Jésus- Christ; pourquoi n’appliquais-tu pas cette règle-là à l’église de Rome ? suggéra Mme. Beaudry.

J’ai quelquefois songé que cette déclaration du Sauveur pouvait lui être applicable, mais je refoulais cette pensée en moi-même, croyant que c'était une tentation. J’essayais de me persuader que cet étonnant contra-te était l'effet de causes naturelles telles que les tendances héréditaires, l'influence du sol, le climat et enfin l'entourage ; néanmoins ce raisonnement ne me satisfaisait pas complètement, et pour plusieurs années la cause de tout ceci m'échappait. Pour moi c'était un mystère de plus.

—Mais encore, remarqua tante Mélie, comment pouviez-vous rester si longtemps au sein de cette église malgré vos doutes et en présence de tant de faits si palpables contre elle ?

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— Ah voilà! c’est ce dont on se rend compte bien difficilement. Sans doute que comme un très grand nombre de mes coréligionnaires j'y étais retenu par les mêmes puissantes influences.

—Tu devrais bien nous expliquer cela, papa, car pour moi c’est aussi un mystère, dit Luella.

—Te répondre, ma fille, exige une étude approfondie de l'influence particulière qu'exerce l'église de Rome sur ses adeptes. Or le temps nous manque pour y faire justice cette après midi. Mais vous le voyez, la tempête augmente; elle menace de nous priver du culte public: du soir; dans ce cas nous nous réunirons de nouveau à huit heures, et je tâcherai satisfaire ta curiosité.

Sur ce, nous nous dispersâmes sans plus de formalité. Demeuré seul dans mon cabinet, je me livrai à une méditation qui ne fût troublée que par le son de la clochette, qui annonçait que le thé était servi.

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LES PILIERS DE L'ÉGLISE—NORA INTÉRESSÉE— LIMBUS INFANTUM — Don Pro MonrTARA— VÂTEMENTS ET ORNEMENTS—CORPUS-CHRISTI —PurE DÉVOTION.

On lui donna encore la puissance sur toute tribu, sur toute langue et sur toute nütion.—APooALYPsE.

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ORAGE ne discontinuait pas; le vent en changeant n'avait fait qu'augmenter d’intensité ; tout présageait une violente tempête ; les élements déchâinés vomissaient

de leurs flancs une pluie torrentielle et de rares re-

flets de l'éclair semblaient jeter le défi à l’obscurité croissante. |

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