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apporté, en élevant les objets de manière que chacun d’eux reçut au moins une goutte d’eau. Ces articles une fois bénis sont, dit-on, doués d’un pouvoir surnaturel, c’est-à-dire, miraculeux. Par exemple, si quelqu'un tombe subitement malade, si son état paraît dangereux, on se dépêche de lui mettre un crucifix béni sur l’estomac et on mande le prêtre pour qu’il vienne administrer le sacrement d’extrême-onction au malade. On croit que par la vertu du crucifix la vie du moribond peut être prolongée au moins jusqu’à l’arrivée du prêtre.
Ma mère nous entretenait souvent des miracles opérés par la vertu des reliques, comme de la bonne Sainte Anne de Beaupré et d’autres. Maïs nous étions chifonnés de ne connaître personne qui avait témoigné ses opérations.
— Oh! s'écria tante Mélie, les magiciens d'Egypte étaient bien plus fins que cela, car leurs imitations des miracles de Moïse et d’Aaron étaient vraisemblables, et ils opéraient ouvertement.
Les prêtres de Rome feraient meilleure figure dans le monde s'ils allaient prendre encore quelques leçons des prêtres de Pharaon !
Un éclat de rire suivit, auquel Nora même participa, et je continuai: “Pendant au moins quinze ans, je crois, mon crucifix fut le palladium de la famille. On y avait toujours recours au moment du danger. C'était notre refuge, car 1! était béni. ”
Eau Bénite. 57
— Quel pouvoir on attribue à l’eau ! fit Luella.
— Une fois l'an, durant le carême, jour où le pape et les évêques consacrent le saint chrême, composé d'huile d’olive et de baume de Galaad, à ce qu’ils prétendent, un large vase rempli d’eau pure est apporté à l’église.
— Que c’est drôle, s’écria Marie, ea se frappant les mains ; est-ce pour se baigner ?
— Mais non, ma mignonne ; c’est pour la bénir.
— Avec quoi donc ? questionna Luella .
Ecoutez, j'essayerai de vous expliquer comment cela se pratique : le prêtre et ses assistants se rangent autour du bassin, chantent quelques hymnes en latin, récitent quelques oraisons dans la même langue, répètent certaines litanies ; enfin l’officiant jette une pincée de sel dans l’eau en disant: “Je t’exorcise au nom de Dieu le Père Tout-Puissant, au nom de Jésus-Christ son Fils, Notre Seigneur, et par la vertu du Saint-Esprit, afin que tu puisses par cet exorcisme avoir le pouvoir de chasser le démon avec ses anges apostats, par la vertu du même Jésus-Christ Notre Seigneur, qui viendra pour juger les vivants et les morts par le feu. Amen.” * |
— Quelle est la définition du mot exorcisme ?
— Exorciser signifie les rites et prières institués par l’église pour chasser les démons et les empê-
*% Dr. Challoner : Catholic Instructed, page 208.
cher de malfaire. Cela étant accompli, l’eau se trouve bénie.
— Ah! si l’église romaine a tant d'autorité sur satan, repartit brusquement Jean, certes, elle devrait le chasser du monde! Mais que font-ils avec cette eau ?
— Un usage varié, je répondis. On en verse dans les bénitiers' placés près des portes d'entrée de l'église afin que chacun s’en mouille les doigts et se signe avec. L’autel, l’évangile et la congrégation en sont aspergés au commencement de la messe ; et les cercueils et tombes des décédés en sont légèrement arrosés. On s’en sert pour bénir les cendres du premier jour du carême, les anneaux de mariage, les personnes qui prononcent des vœux de chasteté ou autres. On l’emploie pour le baptême des personnes et choses sacrées telles que cloches, cierges, ete. Chaque famille sen munit d’une ou plusieurs bouteilles pour les cas de maladie, car de même que les crucifix et reliques, elle possède un pouvoir miraculeux, particulièrement quand il s’agit d’anéantir les enchantements et machinations du malin esprit. *
— Il n’y à que les ignorants et les supersticieux qui croient à ces fadaises-là ! sécria Nora, qui voulait justifier sa croyance.
— Vous oubliez, Nora, que ces fadaises, comme vous les nommez, sont des choses solennellement
* Right Rev. Bishop Fenwick’s Catechism, page 82,
Eglise frappée de Foudre. 59
consacrées par vos évêques et par vos prêtres. Vos catéchismes les représentent aussi comme très importantes. Ce sont les incrédules qui sen moquent et refusent de s’en servir.
— Vous avez raison, je l’avoue, reprit-elie, toutefois j'aurais souhaité qu’il en fut autrement.
— Le dimanche des rameaux, poursuivis-je, il y a une autre grande procession. Partout sur son passage les rues sont décorées de draperies, pavillons, oriflammes, et de berceaux de verdure érigés à grands frais. Les autorités nous déclarent que cela se fait en honneur de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Le prêtre bénit la branche de rameau que chacun porte à la main pour être précieusement conservée.
— Dans quel but, sil vous plaît ? demanda Luella .
— On fait accroire au peuple que cela peut les protéger de la fureur des éléments ainsi que des embüûches de satan. Je me rappelle très bien que par un jour d’orage, comme dimanche dernier, ma mère nous ordonnait d'apporter le rameau béni. Après nous en avoir mis quelques parcelles dans les cheveux et nous avoir jeté quelques gouttes d’eau bénite, elle nous faisait faire le signe de croix : tout cela pour conjurer les éléments. L'observation de ces formalités la rassurait complètement ; elle nous pensait préservés du péril. Quelques uns s’imaginent aussi que le rameau béni à la puissance
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d'arrêter le feu et de contre-carrer la violence des vents.
— Cependant, dit Jean, ils pourraient réaliser, avec un peu de réflexion, que les pays romains sont aussi fréquemment visités par les ouragans, les tremblements de terre et les incendies, que ies contrées protestantes. Les villes de Montréal et de Québec n’ont-t-elles pas été éprouvées par des calamités de ce genre ? Et ne vous souvient-il pas du ravage causé par la chute de l'électricité sur une des tourelles de église Saint Joseph, bien que les églises protestantes aient été épargnées ? qu’en pensez-vous, Nora ?
— Comme tous les enfants, répondit Nora, vous faites trop de questions. Toutefois je suis portée à croire qu’il y a passablement de prétensions chimériques dans l’église.
— Vous concevez, par l'effet produit dans notre famille, quelle influence ces enseignements exercent sur les masses. Mes parents étaient de dévoués romains ; mon père était chantre et marguillier ; votre oncle Charles et moi étions enfants de chœur. Habillés de soutanes noires recouvertes de surplis blancs, nous servions la messe et les vêpres, Si vous examinez les images du catéchisme de l’évêque Fenwick, vous aurez un aperçu de notre tâche. Je vous prie de croire que nous y apportions toute la dévotion dont nous étions capables. Que de zèle il nous fallait pour apprendre par cœur les
Le Connu. 61
innombrables réponses de la messe, qui sont tout en latin, dont nous ne comprenions pas un traître mot. Nous devions nous souvenir de l’endroit précis où nous avions à lever les pans de la chasuble de l'officiant, à agiter la clochette, à faire la révérence, à présenter le vin, ainsi que l’eau pour le lavage des doigts du prêtre pour rappeler laction de Pilate. Enfin nous avions à remplir notre rôle dans ce sinulacre du grand drame accompli il y a 18 siècles.
— C'était bien comme un théatre, remarqua tante Mélie.
— Sans doute, et avec le temps nous remplissions notre devoir machinalement, par routine ; mais cela était d'autant plus commode que parfois le prêtre procédant avec rapidité, marmottait ce qu’il avait à débiter, et nous l’imitions comme de raison.
La basse messe est célébrée tous les jours à l'exception du vendredi saint. La grande messe se chante tous les dimanches et jours de fête avec accompagnement de toute la pompe et de l'éclat imaginables.
— J'aimerais à assister à l’un deces services. Ne voudras-tu pas my mener quelque jour?
demanda Luella.
— Avec moi, fit Jean.
— Moi aussi, dit Marie.
— Je le veux bien, mes enfants, nous saisirons la première opportunité: mais j'y pense, peut-être que Nora ne se refusera pas à vous y couduire,
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