Voy. Biographie universelle a l'article, Caylus
2. Dans sa Correspondance littéraire de décembre 1760. Grimmfait une longue dissertation sur ce prix d'expression d'une tète pour les élevés. C'est hâter la corruption du goût, à son avis, que d'inviter les élevés à exprimer la passion avant que d'avoir étudié les belles formes de la nature tranquille.
et les CE uvres de Caylus. xxi
vue son objet favori, qui était la culture des arts et leur avancement^ et que ses travaux littéraires se proposaient principalement ce but.
a II ne paraîtrait pas de notre objet, dit avec Justesse Vediteur des OEuvres badines de Caylus l} auquel nous empruntons ces lignes , de donner un long détail des travaux littéraires d'un homme dont nous ne recueillons ici que les délassements. Sa mémoire, qui sera chère aux sciences et aux arts, n'a pas besoin d'ailleurs du faible tribut d'hommages que nous nous permettrions de lui rendre. Nous nous contenterons donc d indiquer les principaux ouvrages qui ont immortalisé son nom.
« Le premier et le plus important est son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises^ en sept volumes in-8° (1752). Ce monument, à jamais mémorable, élevé aux arts par le comte de Caylus. est le fruit de ses courses et des recherches qui en ont été Vobjet. On admire comment un seul homme 2 a été capable de concevoir un édifice aussi immense et encore plus comment il a pu V exécuter. Nous citerons encore les Vies des peintres et des
1. Tome Ier des Œuvres badines complètes du comte de Caylus. Petite préface de l'éditeur, de XVI pages.
2. Erreur. — L'abbe Barthélémy et d'autres érudits avaient aidé Caylus dans cet ouvrage.
xxii Notice sur la Vie
sculpteurs les plus fameux1. Après avoir encouragé les artistes par ses bienfaits ; les avoir animés par son exemple^ il ne lui restait plus que de rendre lui-même hommage à leurs talents, en écrivant leurs vies et célébrant leurs ouvrages.
« La vie privée du comte de Caylus n'offre point de curiosités dignes de piquer la curiosité de nos lecteurs ; nous sommes étonné seulement qu'il ait pu sujfire à la quantité d'ouvrages qui est sortie de sa plume. Leur véracité n'est pas moins étonnante. Né pour le travail, ce n'était qu'avec une occupation que le comte de Caylus se délassait d'une autre occupation. Un travail sérieux, une dissertation approfondie était suivie d:un conte enjoué, d'une facétie ; ces derniers ouvrages n'étaient pour lui qu'un amusement. On en excepte néanmoins ses Romans et ses Contes orientaux2, dont les premiers étaient des traductions de V italien et de l'espagnol3, et les derniers sont dus à
i. Ses Éloges de Lemoyne. de Bouchardon, de Mignard, ses études sur Michel Anguier, Thomas Régnauldm, Van Clève, Trémollières, "Watteau. Voy. Mémoires inédits des membres de l'Académie de peinture. Paris, Dumoulin, 2 vol. in-8°.
a. Contes orientaux et Nouveaux contes orientaux se trouvent réunis dans les Œuvres badines.
3. Romans de chevalerie : Tiran le Blanc, roman de chevalerie espagnole très estime ; Le Çaloandre fidèle, traduit de l'italien de Giovanni-Ambrosio Marini.
ec les (fiuvres de Caylus. xxni
la connaissance qu'il avait prise des langues orientales pendant son séjour à Constantinople. »
Le comte de Caylus avait perdu sa mère en Z729 . 77 en éprouva un chagrin terrible^ auquel le temps seul et aussi, avouons-le, une certaine comtesse de Bolingbroke. belle-mère de sa mère1 ; purent faire diversion. Ce ne fut que quelques années plus tard qu'il connut Mlle Quinault et qu'il devint assidu aux aprèsmidi de ses Dimanches. C'est là que nous retrouvons notre Caylus. ce Caylus qui nous appartient par un bien petit côté, le Caylus de ces Messieurs, de /'Histoire de Guillaume, des Aventures des Bals de bois et des Etrennes de la Saint-Jean et autres bagatelles curieuses, rapsodies gauloises et graveleuses . historiettes poissardes qui évoquent les discours grouillants du peuple au xvnie siècle. U artiste dans cette aimable société se plaisait à lancer la saillie forte en gueule, les quolibets douteux, les malices au gros sel, qui excitaient la verve et le rire large des auditeurs. Dans le fameux recueil manuscrit du comte de Maurepas. on retrouve toute la partie rimée par les joyeux con-
1. La mère du comte de Caylus était issue d'un premier mariage du marquis de Villette de Mursay avec Marie- Anne de Chàteauneuf. La seconde femme du marquis. M"e de Marsilly, devenue veuve, épousa elle-même en secondes noces le comte de Bolingbroke.
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vives de MUc Quinault, les gaudrioles, les chansons, les épigrammes , les puces lestes, les médisances scandaleuses et les polissonneries qui se débitaient à la bonne franquette et à veste déboutonnée . Caylus fréquentait également le salon de Alme Geoffrin, dont Mme d'Epinay , dans ses Mémoires, nous a permis d'apprécier le ton. Il se trouvait moins à l'aise dans ce cercle sentencieux, où Diderot prenait 1 et ou la philosophie avait élu domicile, où les encyclopédistes s 'épanouissaient ; souvent cependant il savait captiver par un récit vif l'attention de toute Rassemblée, mais il ne pouvait vaincre l'antipathie que certains personnages} Marmontel entre autres, lui inspiraient, et il conservait devant et devers eux un aspect glacé, un air hautain qui tenait presque du mépris. Dans ses Mémoires2, Marmontel fait un curieux portrait de Caylus, rencontré par lui che\ M'"e Geoffrin.
i. Caylus détestait Diderot, à qui il ne pardonnait pas son travail sur la peinture a la cire. « Diderot, disait-il dans une lettre a Paciaudi, du 16 février 1763, je ne l'estime point; mais je crois qu'il se porte bien, il y a de certains bougres qui ne meurent pas, tandis que pour le malheur des lettres de l'Europe d'honnêtes gens comme Milot meurent dans leur plus grande force. » Diderot, dans son Salon de 1765, devait s'écrier par la suite, en apprenant le décès de Caylus : « La mort nous a délivrés du plus cruel des amateurs. »