‹ FacétiesChapitre 38 sur 50 · D'UNE PIERRE DEUX COUPS · texte numérisé non relu

D'UNE PIERRE DEUX COUPS

Certaine dame, à dessein ou autrement, tourmentoit jour et nuit M. Tirsis, pour savoir s'il n'avoit point quelque anguille sous roche, c'est-à-dire une maîtresse. Comme la discrétion est une des premières obligations de

Etrennes de la Saint-Jean. 201

la galanterie, le chevalier ne répondoit point ad rem; mais peut-on toujours résister à de beaux yeux et à une belle bouche réunis ensemble ? La dame étoit aussi aimable qu'on doit l'être quand on a ces sortes de curiosités ; et il étoit peu de choses dans le monde qu'elle ne fût en droit d'obtenir. Ses appas mettoient dans ses prières une autorité absolue. Un jour donc de Sainte-Catherine, qui étoit sa fête, elle reçut dès le matin, de la part du sieur Tirsis, un petit paquet cacheté d'un chiffre inconnu ; elle l'ouvre aussitôt, et trouve, quoi ? me direzvous. Ce n'étoit qu'un petit miroir de poche avec ces mots écrits au-dessous : N'osant vous nommer mon vainqueur, voiisy verre\ son portrait. Ce que voyant, la dame passa dans son cabinet, refit un paquet du miroir, et le renvoya par le même porteur au galant, qui fut désespéré en recevant son paquet ; il crut que la dame leméprisoit; cependant il l'ouvrit en tremblant: quel fut son ravissement quand il vit qu'elle y avoit ajouté au bas ces mots consolans : Je vous en livre autant.

2o2 Contes de Caylus.

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