‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 10 sur 47 · QUATRIÈME AVENTURE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME AVENTURE

Arrivée au Bal de l'Estrapade*

COMMERE, j'ai vu des mascarades où Ton ne connoissoit rien, rtiJàis rien du tout, et qu'un sorcier n'auroi^^ pas devinées : vous avez tout perdu, ma commère, de ne pas venir voir ça ; falloit laisser gronder votre homme ; on n'a pas du bon temps tous les jours : il étoit malade, dites-vous, vous n'en pouviez donc rien faire, et le lendemain vous l'auriez tout ragaillardi par les beaux contes et les belles histoires que

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vous auriez à présent à Ty faire. Pour ça, ma commère, j^en ai pour ma vie, moi, à conter et conteras-tu. Y en avoit un, entre autres, qui n^étoit pas grand ; non, ma foi de Dieu, il n^étoit pas plus haut que la petite Manon à la commère Poirée ; )e ne puis m'empécher de rire de sa drôle de figure; c^est un facétieux corps, il faut Vy donner ça : il avoit deux masques sens* devant derrière ; par ainsi^ on ne savoit bonnement quand il avançoit ou quand il reculolt : il avoit un esçofion de demoiselle ; et j'aurois jurç,de queuque côté que je m'y prisse, qiie c'étoit une petite fille qui étoit logée à la ViQuve jVn tenons. Ce qui me chiffonnoit malheur t^L qiie devant comme derrière elle pâroissoit avoir la même charge. Vous sentez bien, commère, que ce n'étoit pas naturel ; aussi Je ne ^avpi^ bonnement qu'eya penser, et je ne pouvois cesser de la dévisagçr, tantôt par ici, tantôt par ilà ; tantôt croyant que c'étoit le bon côté, tantôt que ce ne. Fétoit pas. J'en étois là \ velà-t-U pas qu'on lui marche sur le pied ! elle de crier un gros mot, tout à droit, d'une petite voix ; moi, 4e dire aussitôt : Bonne Vierge, prenez garde à son fruit. Tout le monde qui étoit là se presse et lui fait place ; l'un lui va quérir du vin, l'autre du rogome et de stafFaire de toutes les couleurs et de toutes les façons : elle vous prend tout ça, ma commère, comme je ferois me portant bien. Il est vrai, faut tout dire, qu'elle ne buvoit jamais que d'un côté.

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car je la regardois fixement. Tandis que nous la tenions dans nos bras pour la réconforter, qu'en arriva-t-îl ? le diable de masque ne s'étoitil pas saoulé bel et bien, ma commère? Ce n'est pas tout ; velà-t-il pas le vin qui vous Ty porte à la tête, la velà qui se trouve mal, et qui ne connoît plus rien ; enfin finale, si saoule qu'elle ne pouvoit dire pain. De tout ça, ma commère, je ne m'en doutois pas plus que vous; je la croyois en travail pour se délivrer. Ah ! si j'avois su ce qui en étoît, ça ne se seroit pas passé comme ça : mais n'importe; nous la couchons sur un banc, nous la confortons, nous la retournons, nous la tâtons, et nous trouvons toujours la grossesse de deux côtés ; nous ne savons par quel bout nous y prendre, à l'égard de ses deux chiens de visages, vous entendez bien. Mais veci le bon ; vous ne devineriez: jamais, ma commère, ce que c'étoit que ça. Nous y serions encore, entendez-vous, si je ne Pavois deviné en touchant ; car, k la parfin, je lui ôtai tous ces masques de partout, et je vis que c'étoit un vieux vilain, bossu du devant comme du derrière, qui s'etoit fagotté en demoiselle, que j'aurois juré qui étoit grosse, comme je ne l'étois pas. Ah ! dame, voyant ça à n'en pouvoir douter, je ne fus ni sotte ni étourdie, mais je me trouvai penaude, et si honteuse de l'avoir pris pour un autre, que nous l'emportâmes par les pieds et par la tête, la grosse Jacqueline et moi, et que nous le portâmes à la porte du bal.

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« fort proprement ; comme il le méritoit, nous le mîmes, fort bien comme ça^, dans un gros tas de boue, où nous le couchâmes tout brandi, si bel et si bien, qu'il y étoit encore, j'en jure, le lendemain matin» qu'une belle madame <le condition, que r<wi dit être de qualité, l'est venue chercher pour l'épouser demain.

CINQUIÈME AVENTURE Accident arrivé dans un des Bals.

BILLET de Jean Brûlé, dit Bahine, trouvé par une compagnie avec qui il devoit aller à un des bals de bois, qui ne le reçut point; mais bien une autre inconnue, qui l'a trouvé', par hasard, par terre.

« Je suis bien f&ché de ne pouvoir aller au bal de boi& avec vous ; mon ami Le Duc, traiteur de la rue Auz«ou, sort de chez moi ; le maréchal des mousquetaires m'attend; je vais diner chez le suisse du Luxembourg : il faut que j'éçfrive au marchand d'andouilles de Châ* lons*| et. je ne puis me dispenser de me faire décrotter. »

On avertit que l'on i^endra ce billet à ceux à qui il peut appartenir, quoiqu'il soit un peu

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djéiiguré ; la raison, c'est que Ton a beaucoup marché dessus: mais on a cru devoir rapporter œt accident^ pour faire voir comme quoi les lettres se trouvent perdues, quand elles ne sont pas rendues à leur adresse, ou autrement ; et comme elles reviennent, lorsqu'on n'y songe plus du tout, quand on les retrouve. Ce qui fait bien voir à la jeunesse que le style de récriture est bien dangereux.

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