‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 11 sur 47 · SIXIÈME AVENTURE · texte numérisé non relu

SIXIÈME AVENTURE

1L,n'étoit pas bien difficile de «avoir qu'on seroit sûr que le plaisir des réjouissances pour le mariage de Monseigneur le Dauphin seroit la cause de beaucoup d'aventures secrètes dont on feroit part au public. En voici • donc une, qu'on sait assurément de bon lieu :

Un procureur de Paris, nommé M. Pinson, qui le. porte aussi haut qu'un conseiller de province, n'^ant pas obligé de travailler pour cela, >en faisoit autant fiaire par se& clercs. Sa femme, ^u'on nommoit aussi Madame Pinson, étoit sur le pied d'une dame de condition ; et ce qui prouve qu'elle hantoit des gens de cour, c'est qu'on voyoit même des pages aller chez elle.

Elle avoit donc une honnête liberté, et faisoit tout ce qu'elle vouloit. C'est pourqi^pi, ayant

po Cantes de. Cayhus.

entendu dire qu -il y avoit beitucoup de gens d^épée âu2 bàîs de bois, c^est-^à^dire dans les belles salles rmagnigques que M. le prévôt des marchands a fait faire pour faire rire le peuple. Ce n^est assurément pas par flatterie^ ce que f en dis, et ce n'est pas pour à l'égard de moi ; car je suis, un homme d'une certaine façon^ qui ai le moyen d'aller toujours dîner chez mes amis, et que \€ a'ai fait collation au bal que parce que je vis avec tout le monde« Si bim donc qu'après qu'on eut ordpoaé que tout^ les boutiques seroient fermées, et qu'il n'y avoit rien d'ouvert qu'à la joie, il falloit voir comme tout le monde couroit au bal, dès le matin ; mais le soir, quand les violons commencèrent à jouer, on ne voyoit que des gens qui buvoient et njangeoientà la santé du roi; de sorte que, comme dit un bel esprit, tout le inotide éioit saoul de vin et ivre de plaisir. Ce qu'il y avoit encore de plus admirable^ c'étoit le bel ordre qui s'y-ois(servoit. Ceux qui ne pouvoient plus danser, l'apport qu'ils étoient las d'avoir bu^ on les rangeoit à couvert^ dans Jes salles ou dans les ruesy et il étoit méiz» .défendu de danser sur eux ; ainsi tout le monde a fini, le mâtin, par coucher chez soi ou jaillcurs. Pour en revenir donc, à Madame Pinson, elle se déguisa en cavalier, ce qui lui attira* beaucoup de.galantenes.de la part des personnes qui se connoissoitnt en beautés; mais lorsqu'elle y songeoit le moins, deâ racoleurs la prirent sous le bras, et voulurent l'emmener.

Les Bats de Bois. 91

Les cris qu'elle fit iftirent enteûdtts de soti mari, qui étoît venu au bal, de son côté, déguisé en amazone; hiàis, comme il avoît oublié de se faire la barbe, on le prit pour utt imposteur, et on-k bourra. Madame Pinson, voyant maltraiter son mari, qui venoit la recourir, soutenoit qu^elle étoit sa femme. Les racoleurs, pour s'en éclaircir, remmenèrent dans un cabaret voisin, où elle leur fit voir qu^elle ne mentoit pas; ce qui fit que son mari fat reconnu pour honnête homme, et en sortit à son honneur.

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