‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 3 sur 47 · Abécédario de Mariette, t. I · texte numérisé non relu

Abécédario de Mariette, t. I

3. Joseph-Antoine Crozat fit graver en 1729 les tableaux et dessins de sa collection, qui se trouvent léunis sous le titre de Cabinet de Crot^at. Cette publication, après lui, a été continuée par Mariette et Basan.

et les (ffuvres de Caylus. xvii

à grands coups les paysages italiens^ balayant les grappes de feuilles ^ les paraphes de verdure^ les fabriques détachées du ciel blanc et vierge^ les disssins ndifs et rudes des Carrache. Les figures délicieuses et juvéniles du Guerchin se lèvent et sortent de sa main contournées d'un trait large ^ appuyé, épaté^ avec les ombres des chairs reprises de caresses^ de pointes faciles et gaies. Puis les longues et volantes créatures du Parmesan p enlevées comme d'une aiguille légère et courante ; et la main^ la fameuse main qu'on croyait alors une griffure de Michels-Ange^ les terribles esquisses de Rubens rendues à outrance^ les muscula^ tures de Bandinelîi accusées et ressenties par la plume de roseau^ les caricatures de Vinci et les têtes carrées de Van Dyck. Et le cabinet de M, Croiat. livré y donné à l'Europe par l'infatigable Caylus, Le cabinet du Roi était pillé pareillement et s'y prétait de même; et de Raphaël et de Rembrandt^ le faire ^ les yrocédésy V adresse ou le feu^ la manière ou le style. le secret des dessinateurs était par lui surpris et publié, »

Au milieu de ce mouvement^ de ces agitations^ le Comte de Caylus rayonnait ; c'était un homme simple cependant. Sur les soixante mille livres de revenus qu*il possédait, à peine en dépensait^il dix mille par an pour son entretien ; tout le reste était employé à

xviii Notice sur la Vie

faire du bien et à encourager les talents^. On le rencontrait dans son modeste costume, avec ses bas de laincj ses bons gros souliers à boucles^ un habit de drap brun avec des boutons de cuivre et un grand chapeau sur la tête. Il s* en allait ainsi dans les faubourgs^ se mêlant aux Joies du bas peuple j étudiant avec curiosité les mœurs parisiennes, notant les ex-pressions et s'ébaudissant des saillies populaires ou des moindres facéties des commères de la Halle,

Les gens du monde reprochaient au comte de Caylus cette simplicité^ outrée dans ses habits^ comme une affectation et un air de singularité. On prétendait qu'il cherchait à se distinguer par des mœurs totalement opposées à V élégance ^ et au bon ton des gens de

I. Se présentait-il à Caylus, dit Grimm, un jeune homme avec d'heureuses dispositions et sans pain^ comme il convient à un nourrisson des Muses, aussitôt celui-là l'étabÛssait dans l'atelier d'un bon maître de l'Académie, payait sa pension, présidait à son éducation et pourvoyait à tout. Le public lui doit de cette manière les talents de Vassé et de plusieurs jeunes artistes de l'Académie de peinture et de sculpture.

3. f( La simplicité noble de son caractère (ainsi s'exprime sur Caylus le Nouveau Dictionnaire historique) passoit peutêtre un peu trop jusque dans son extérieur; mais sa libéralité faisoit tout son luxe ; il encourageoit les talents par des récompenses, et il prévenoit les besoins des artistes indigents par des bienfaits. »

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