‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 46 sur 47 · DECLARATION MUSULMANE · texte numérisé non relu

DECLARATION MUSULMANE

L'amour est du pays de toijt le monde, jusqu'en Turquie, à la différence de la façoni ] ce qui, dans le fond, revient au même; témoin le Turc ci-après, que l'on appellera, je crois, musulman. Il étoit tombé furtivement amou- .

reox de trois honnêtes et belles filles de spn quartier, qui logeoîent ensemble, et à quî cependatit ÎI n'avoit pas encore osé le faire savoir. Or, p nir, "il se proposa d*..

leur donner 1 se tenoit pour Içrs, à .

Constantinop , ^t acheta trois. bs^^i^,

et bons fichiis ime dçs ^pgeç.ensmé,,

qu'il jnit biei at dans uije jolie b>Q|tf,^,

sur laquelle t peindre, m^ Frflflpe,'

trois cœurs au naturel, qu'un, a;i|ipu^ po^i^yjli-.j. voit, avec cette devise ïna^ie^5e;?|uJ;ouf,, e^irlettres dorées aij-dessus : AUtflni de^fich,us..,}^^y^ tout fut porte dès le matïn par i^p fuç^qjje.fi^,,, logis dé ces belles,' qui',(i^jpu'nçi^t;£nse]»l)l6)i. dont les trois denioiselles t0U|i,^^rçjq}^ip^, «yanïi ; . décoiivert, le'^pot aûs'.rosçs, ^ 4t)iftçr^9j^t,iP'\rn de l'énigme,' ' et , le , 'irinrçnl jdès j^pç^. ppuf ; Igy-. . amant. Vous autres,- qui aimez ^tps.p^f-,,

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cela s'étoit joué, comme elle fait souvent ; car il n'avoit été que deuX-mois en nourrice, à cause quMl avoit apporté toutes ses dents en

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naissant : cependant il n'a jamais été sur sa bouche, et ce n'est pas de cela qu'il est mort, mais bien d'avoir passé les nuits à travailler. II avoit été magister dans sa ville, à l'âge de dix-sept ans, ensuite bedeau de la cathédrale, et puis tabellion, et puis beaucoup d'autres emplois, dont il s'est toujours acquitté; àTla satisfaction d'un chacun. Ses œuvres proiiWnt combien il étoit agréable en , compagnie, faisant toujours rire, sans pincer; aussi ses meî'Ileurs amis n'étoient jamais fâchés d'être "aVec lui ; et cependant il leur faîsoit, quand îl Voliloît, accroire que des vessies étoîent de* lanternes ; mais ça leur faisoît plaisir. Ce n'est pfas qu'il n'y eût bien quelqufe chose à dire siir ^sbn compte, â l'occasion d'uti événement qui afriva dans une rencontre où îl ne se conduisît- pas de la belle manière ; maïs îl ne faut jamaîis dire de mal des gens dont on veut dire du bien, quoique, cela se pratiqué de la sorte atrjotird'ijui. Ainsi je n'irai pas plus loin, et je- -ne dirai rîeti non plus des livres qu'il a écrits^ et qui ne lui ont pas fait honneur. Le silence est l'enfant de la douleur et le père du secret : Tcnfermons-nous dans les bornes qui nous sont prescrites par Ihin et par l'autre. ' * i'

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LE MA&IAGE EN DÉTREMPE, Nouvelle véritable et historique,

UN jeune gei^tilhomme, comme c^uî diroit M. Éraste, d'honnête famille, quoiqu'il méritât biea qu'on lui en fît la honte, mais on espère que pas moins U s'y reconnoîtra , ne manq^oit pfis, pour se divertir, dè^ que les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent ^toient arrivées, que d'y aller to^s le? jours. C'est ce qui f^dsoit. qu'il ne désen^parpit pas du Pré^u 5 après qupi il étpit très-iassidu d'entrer ^^ la Çomiédie des, personnes naturelles, et toujours- au^., places .à six sols,, dont, il n'y avoit petit, ni grand dans le jeu qui nç, remarquât sa magnjficeiiijçe^ ^rtpu.t M..Léandre,.le premier acteur, qui avoift .beaucoup de manières fort nobles, d'autant que son bou esprit l'avoit fait, . par'desàus tous les autres, çompèrç de Polichinelle. M. Érasi;e, ^néme. pendant le jeu, s'injgéroit de la conversa^ign avec Polichinelle, et luifaisoit dirç bifides gaudrio^çs; c'est pourquoi les spectateurs de bon goût, qui les trouvoient fort récréatives et instructives, et qui s'y divertissoient à bouche que veux-tu, admirant l'esprit de M. Éraste, le préféroient à toutes les autres marionnettes, dont il s'en falloit bien qu'on ne s'y divertît autant ; de quoi M . Léandre

eut la persuasion que c'étoit une personne de qualité; mais il n'en fut bien convaincu que quand, en l'espioûnant un )Our en catimini le soir, il le vit sortir de la foire, pleuvaM à verse, qui prit un fiacre pour se ramener chez lui.

Au^i le lendemain, dans un cabaret à bière avec des dempiselles et.messieiirs de sa troupe^ qu'il se* rafiraîchijBsoît, le voyant passer, il ne sa put tenir, qu'il, ne couuôt à lui,.. pour lui demander, comme son meilleur ami^ des nou-^ velles de sasanté, et.qu'Uayoitété bien mouillé hier au soir.. A quoi M> Éirastç^ dont on verr^* peu après, les desseins, fit semblant de ne les pas remettre autrement,, et lui demanda, comme surpris, .ce que c'étoit qu'il, lui faisQitunequ.estion, de d'mé^çne^. .dont.il ne-lui avait jamais encore parlé, n'ayant pa8,i:eJui4i8Qit-!il, Tho»neur de le coinnoîtr^. Le. sieur: Léauidre, qt^i*qu'un jpeu îétonnié de ce. quULsiieile rjamwoJt ptas,»^ ne se -déféra; point tellementi,' qu'il n^iui dît s<>ni nom, et Ja raisotn pourquoi il Ijni iiematidOJldesr nouvellea de sa santéi, dont l'autije adïnira l'esprit de.sa réponse), etlui diîiquç.ppurîfielail.VQulQit, boire- avec Imi, et Je. suivit 4%m le cabaiiet ftj bière, .où, nentire . au^res^ i^f<>i^nt >Mad^moiseJle.> Gogio, 3ceur,du,i^ieur J^éftndre,.:qui parut étpnr ner .M..».Éy^ste, .^omn^e .ts'ij !ne,j§>n fût.^p^^, aperçu, ce . qui .n'élit, pauçt^m , «q^'un^ . ft we- . Cette. dçmpiselle^,.qi}i .4^^. çôi^é. était, jolie^î.de^ l'autre représentpit à/ira.'Yir. .lep, .I&abelles; .et;^] poilr sa vertUj op. peut bi^n dire qu'elle étp^it

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sans reproche^ d'autant qu'il y avoit bien quatre ans qu'elle couroit les villes et les provinces ; mais, pour le reste,' fort peu de ça. On peut juger si M. Eraste fut bien reçu de la compagnie, étant un homme de distinction, qui commença par' boire à la santé d'abord de tout le monde, sans rien affecter, de quoi le sieur Léandre en -fut fort aise ex le remercia. Lui qui étoit en cachette lamoureux,. à perdre les pieds deMadetnoisellesasœur, et qui savoit combien Tautre étoit falôux envers. sa répmtaifion; ne la regardoit que d\3kCoin'd6V(m\^ dfe peur de pis; ce qui^t ^ue^ quattd il: rfk pour compter, il trouva quô c'étoii fait; tant àîl'égardfde la bière,' ratràa^ etc;, dont il* hblxii dit autre qhose, sinon qu'il voûloit avoipiisa' revanche iCfe'feôirinême atfx Pwchêroftfs jiJdô^ sorte; qu^ap'rès là 'comédie, ih aUér^iiM(!)u«l tf Oiî«i en» ée promewant : du aôté de la Barpiètâ-Sta'ftdHcf V 6C ^!; Éfastê domina le bms à Madôttkoi^elte' <3ogb, •d''a^tâïlt 4u-'elle av^t àt reâtiAiéf^dikf le$^ gen$ die méuit©,-etren ét^ît ' bîeii 'àiée: '^U^ 'feïefôf Éjiââte^ deiîïaftdâ d V bô^d uilé'sâ!lâd'fc^^uiw%i^«séeidô pig^oxis^ avec liné'bûJïne^râftehe^^ite'lîkDôùf î* ld'!rh(5de,' et du

laSet^aiirtPè^ d^sefrtfe, de ieKe-ftisiriiètiè'jqtir'it.en ctfÛlta*'tiu'=àfieuf^''iÉi-àste jîlUfef 'de sfep! buiAême hâîtffân<î*H idaiifH^'éH(^*î dôrfâ'deà'itlrdonslànocjg et ^ dëï^eridàift^es ^â"^- né' 'pis ipi'endHô"^gafti'e^ ^ ça^ Pendant la' 'collatîinV^îî âv^iH • [cêitV&mouP a de l'îtffentîoTï) trè'tÈ^é^by&^ét persuader àMade-

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moiselle Gogo que ce n^étoitque pour elle tout ce qu'il en faisoit; et, sans quMl en ivît rien, saisi l'occasion de boire dans son verre, de quoi touchée, comme ça se doit, elle lui avoit marché sur les pieds, dont il ne douta pas qu'il lui tenoit au cœur ; ce qui lui fut d'une gra^e satisfaction, par la raison que nous avons dite, et qui lui fit passer gaiement la collation, parce que M. Léandre^ qui étoit naturellement jovial et coG^^, n'pn. avoit rien vu. Quand fallut s'en aller, il pria l'amoureux de ramener mam:çeUe.$a soeur, parce qu'il avoit affaire pour cette, nuit sur le rempart ; à qupi, iaut croire, il ne rechigna pas,, dont le voilà seul avec elle, la tenant par-deçsous les bras, lui témoignant du resté comme c'étoit pour elle de. ce qu'il ne bougçoit cje son jeu,, et.ciue sans ç£^ il. ne s^en soucieroit,pa& autrement, A quai, ^ur-le-champ : Eh bien, ce dit-elle, faudra voir. Tant y a qu'ils arrivèrent à sa chambre dans le fauxbourg Saint-Denis, au Plat d'Étain. Mademoiselle Gogo, bfen 'îtrêsôlue de ce qu'elle avoit à faire dans lecasy 1-e laissa Monter, parce qu'il étoit de loin, comme Ort' fait -ôtix personnes de conoois^aiîce, QUiQ5:qp.tinentiJ l\ii parla de-mariage* /et qu'il n'ea.aurpit jj^piai^ 4f?utrea;,ce qu'il écrivit^ sig^é Éraste. Pourgupi elle se;,<:rjut épousée J^sq^'^^Ien4çit?3aifli.n^|j^ qu'elle ne le revit plus, ni à la fpir^,ni^ilj^eflr§ ; ce qui doit bien apprendre aux filles ce que c'est que la perfidie dès hommes, ' éh tant'que

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ces mariages-là, dont est rare qu^il y en ait toujours un de bon.

Nous ne saurions mieux conclure notre recueil qu'en finissant par quelques mots de préface sur les critiques. Il y a des gens qui nous méprisent, parce qu'ils ont le bonheur de parler tout de suite comme nous écrivons avec bien de la peine ; mais il y en a d'aucuns qui cherchent des défauts dans nos pensées de discours, et cela nous a paru d'une jalousie trop envieuse, rapport que, si nous cherchions à le Vouloir, nous ferions de belles et bonnes critiques des ouvragés ou d^œuvres des plus fameux pôëtes de vefs; et comme, quand on parlé du loup, on eh voit la queue, voici par hasard une Critique d'un de nos messieurs, que nous' mettons ici exprès, sur là comédie d'Andi^oip^que. , ' ' '

. Uo espoir fii (harpiaot, lue sçrpit-iJ, jpermis ?

^ Bèalu début î est-^-cé qu'une dame de qualité "comme' Andromaque fera les avances? 'Mais ^ voici 'qui est bien- p^lus incivil encore ^ chie^^- 'i^ôûSy maddme ? tétaei mal-propre, et question •qïiîî lié se fait jiasf. :^ "

Je passois jusqu'aux lieux oh Ton garde mon fîls.

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Aux lieux est du même goût. Aux lieux où Von garde mon fils; voilà* un bel endroit pour élever un enfant !

Puisqu'une fois le jour vous sooffrez que ;e voie Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troye, J'allois, etc.

Tracasserie de ménage dont on n^a que faire.

Ah ! madame, les Grecs, si j'en crois leurs alarmes, Vous donneront bientôt d'autres sujets de larmes»

Il y auroit bien des choses à dire là-dessus.

Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé ?

Peur, terme qui ne convient qu'à un enfant qui a peur des revenens, et non 'pas à un peuple.

Quelque tyran yous ^stMl échappé ?

Ne diroitTon pçis que Pyrrh^e^t un geôlier?

Un malheureux enfant qui ne sait pas encor

Que Pyrrhus est son maître et qu'il est fils d'Hector.

Un enfant, qui est iencore trop jeune pour avoir lu Plliade, peut bie^ ignorer que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector: et qui est-ce qui saij qui e&t.soo père ? Sans pairkr ^ l'équivoque de fi d* Hector, cette expressioîl choque un^^ oreille un peu délicate.

Tel qu'il est, tous les Grecs d«hiandent qu'il périsse; ^ Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice, ,

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Tel qu'il est, terme de mépris. Le fils d'Agamemnon. Il seroit plus poli de l'appeler par son nom, qui est Oreste. Le fils d'un tel n'est point du tout le ton de gens qui savent vivre.

Mais c'en est assez pour l'occasion ; nous voulions tant seulement faire voir que nous sentons le mérite d'une pièce; nous ne voulons point décourager l'auteur, et nous serons bien aises qu'il nous en donne encore.

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