‹ FachodaChapitre 6 sur 37 · S Li: l'AHTAC.C UE l'aFKIODE · texte numérisé non relu

S Li: l'AHTAC.C UE l'aFKIODE

Amener l'Angleterre à nég-ocier ; nég-ocier de bonne foi, avec la volonté arrêtée de soutenir fernoement les revendicalions françaises, mais aussi de sacrifier beaucoup à l'entente; enfermer le partenaire dans un cercle de droits évidents et de faits précis; se proposer pour but une liquidation générale, compensant, au besoin, les solutions Tune par l'autre ; travailler, par cette liquidation, à l'union des deux politiques sur un pied d'honneui réciproque et de dignité équitable, telle fut la méthod. adoptée, tel fut le but poursuivi par la France avec un<; persistance qui ne fut pas sans causer un certain embarras chez la partie adverse.

Pour l'Angleterre, consentir à discuter, c'était se limiter. On ne s'y prêta pas flu premier coup.

Les litiges, pen^Jants alors entre les deux pays, se précisaient ainsi qu'il suit : en Tunisie, le protectorat français était gêné par les traités de commerce et d'établissement, dont un seul sans durée déterminée, celu que les Beys avaient passé avec l'Angleterre; or, l'opposition de celte puissance à l'abolition des traités étaii formelle et appuyait celle de l'Italie.

A la Côte occidentale d'Afrique, c'était un enchevêtrement de difficultés à propos de la Gambie, .de Sierra Leone, de Libéria, du pays de Kong, de la Nigeria; autres conflits aigus au sujet de la navigation du Niger et de la Benoué (affaire Mizon), au sujet de la ligne Say-Barroua et des territoires du Tchad.

Dans le Centre de l'Afrique, rivalité au Congo et dans le Haut-Oubanghi. Au Sud, concurrence non moins périlleuse à Madagascar : malgré l'engagement pri^ en 1890, de reconnaître le protectorat de la Prani « avec ses conséquences », l'activité passionnée de-^ missionnaires et des aventuriers anglais, un vague appui toujours attendu de Londres excitait la résistance

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des Hovas ; en tout cas, une querelle économique subsistait sous la querelle politique.

Difficultés aux Nouvelles-Hébrides, diflicultés à Terre- Neuve, dillicultés au Siam, difficultés sur la côte des Sornalis et rivalité d'influence en Abyssinie. Autre conflit en Indo-Chine, où les relations des deux puissances étaient en pleine crise à propos du Haut-Mékonget de la constitution du fameux « État tampon », qui, au dire de lord Rosebery, avait failli ouvrir les hostilités dès 1893.

Il faut s'être trouve dans cette situation presque désespérée, avoir manié, à la fois, tous ces charbons ardents, avoir assisté à cette explosion constante de pétards partant de tous les points à la fois, pour savoir combien il était difficile de s'avancer sur ce terrain brûlant, croulant et miné.

Et la question ég-yptienne dominait tout, exaltait tout!

Or, ridée maîtresse de la diplomatie française, en 189i, fut que cette question du Nil, nœud de toutes les questions pendantes, pouvait devenir, précisément, le nœud d'un arrangement général.

C'est ce qui fut indiqué, d'abord, en réponse aux observations présentées par lord DuHerin, et c'est l'idée que lord Dullerin, avec sa haute autorité, paraît avoir fait prévaloir auprès du Cabinet de Londres. Le principe d'une négociation d'ensemble fut accepté. Des plénipotentiaires furent désignés, de part et d'autre : c'étaient, sous la haute direction de l'ambassadeur, M. Phipps, ministre à Paris, esprit conciliant, mais avisé et extrêmement appliqué, et un fonctionnaire du Colonial Office, conseiller technique. Du côté de la France, le ministre des Affaires étrang-ères négociait en personne, assisté de M. Haussmann, directeur au ministère des Colonies.

De nombreuses conférences eurent lieu, pendant l'an-

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tomne de 18l)'i, au quai d'Orsay. Tous les dossiers relatifs aux questions d'Afrique, notamment, furent tirés des cartons et étudiés. Peu à peu, les solutions se dég-ag-eaient. De part et d'autre, les g-ouvernements étaient tenus au courant et paraissaient se prêter à l'espoir d'un accord final.

Enfin, dans les derniers jours de l'année 1894, l'entente se précisa entre les commissaires : un arrangement g-énéral sur les questions africaines et, notamment, sur la vallée du Nil, fut libellé, clause par clause, non sans instructions et autorisations préalables, bien entendu.

Départ et d'autre, de sérieux sacrifices étaient consentis : mais l'idée d'une entente lirimait tout.

Il n'y avait plus qu'à en référer aux deux gouvernements. Or, cet a'^.cord, si laborieusement élaboré par les hommes techniques et qui devait parer aux complications et aux divers périls qu'il était facile de prévoir, cet accord, qui ménag-eait, sans à-coup et sans arrièrepensée, l'entente véritablement cordiale entre les deux puissances, cet accord fut écarté, simultanément, parles deux gouvernements.

Le gouvernement français, dans une séance du Conseil des ministres présidée par M. Gasimir-Perier, refusa son adhésion à l'entente négociée par le ministre des Affaires étrangères du cabinet Dupuy. En même temps, le Cabinet de Londres désavoua ses plénipotentiaires.

Les faits et les documents officiels seront connus un jour. Il suffit de dire, en ce qui concerne spécialement l'allaire du Nil, que la France obtenait une définition et une limitation des prétentions que l'Angleterre avait affirmées sur les régions équatoriales : les provinces en litige étaient, en quelque sorte, neutralisées sous la haute surveillance des deux puissances.

L'échec de cette négociation fut particulièrement sen-

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jible au ministre des Ad'aires étrangères. La méthode imite et réaliste qu'il avait cru devoir adopter à lêgard je l'Angleterre, au moment où les difficultés coloniales irrivaient à leur période critique, était en échec. On lui eprochait un esprit de conciliation excessif. On prélenlait obtenir davantage et, en parlant plus haut, faire 'eculer l'Angleterre bien au-delà. Les raisons qui déterminèrent le ministre à rester aux atlaires, malgré l'injuccès de l'eflbrt considérable qu'il avait tenté, appariennent à une autre histoire.

Les pourparlers rompus, les deux parties reprenaient eurs positions antérieures. Il n'en restait pas moins que e gouvernement anglais, en traitant avec la France pour a vallée du Nil, avait admis le principe des revendications françaises. A Londres, le parti impérialiste avait jlùnié vivement le Cabinet libérai. Pour répondre à ces reproches, celui-ci ne songea quà reconquérir le terrain perdu, et voici comment on s'y prit.

Le 28 mars ISli."), le Cabinet Rosebery était interrogé, i la Chambre des Communes, sur l'attitude qu'il comptait adopter au cas où une intervention française se produirait dans le bassin du Nil.

Sir Edward Grey était, alors, sous-secrétaire d'Ktat jux All'aires étrangères : « L'Angleterre, déclara-t-il, îst, en qualité de tutrice, chargée de la défense des ntérêts de l'Egypte... et, par suite des revendications de 'Kgypte dans la vallée du Nil ; la sphère d'influence briannique couvre toute la vallée du Nil ; on me demande maintenant si, oui ou non, une expédition française se dirige du Congo vers la vallée du Nil, en vue de pénétrerjus(|u'ùla rive gauche du fleuve... Nous n'avons iucune raison de le supposer, ajoute le sous-secrétaire d'Ltat... Je ne crois pas possible que ces rumeurs

méritent ctoaiice, parce que la marche en avant d'une expédition française, munie d'instructions secrètes et se dirig-eant, de l'Afrique occidentale, vers un territoire sur lequel nos droits sont connus depuis longtemps, ne serait pas seulement un acte inattendu et inconséquent ; le gouvernement français doit savoir parfaitement que ce serait un acte anti-amical {unfriendly) et qu'il serait considéré comme tel par l'Angleterre. »

Pour la première fols, la France se trouvait en présence de telles affirmations. Elles tendaient à créer, par une simple manifestation unilatérale (1), une situation juridique, une sorte de doctrine de Monroë appliquée à une partie considérable de l'Afrique. Ce n'était ni plus ni moins qu'un noli me iangere, un hands'ofj! comme Ta dit M. Labouchère. On en revenait à la politique des « déclarations. »

Le ministère des Affaires étrangères français i^ria, immédiatement, l'ambassadeur de France à Londres, M. le baron de Courcel, de se rendre auprès de lord Kimberley, chef du Foreign Office, et d'avoir avec lui un entretien sur la portée des paroles du sous secrétaire d'État, sir Edward Grey. La conversation fut longue et précise; le ministre anglais expliqua, en propres termes, « que ni le sens ni la portée des déclarations du gouvernement anglais à la Chambre des communes n'allaient aussi loin que l'ambassadeur paraissait le croire. »

Lord Kimberley n'entendait nullement désavouer sir Edward Grey; mais on ne devait pas oublier que ces paroles étaient celles d'un simple sous -secrétaire d'Etat : que par conséquent, elles avaient moins de solennité, étaient moins retentissantes que si elles avaient

,1) Voir, ci-de.s.sus (p. 77), l'appréciation de lord Kimberley sur ces déclarations parlementaires unilatérales.

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j du prononcées par le ministre des Affaires étriinirères ou parle premier ministre en personne.

« Quant aie fond des choses, ce que su' Edicard drey avait dit, du cours du Nil, ne devait j;as être considéré comme équivalent à une prise de possession; ses affirmations représentaient seulement la thèse, la prétention [daim) de l'Ang-leterre. Celte thèse, cette prétention étaient combattues par la France, qui restait libre de ne pas les accepter et qui, en les contredisant, maintiendrait assurément sa position antérieure. La question restait donc ouverte au

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