CHAPITRE II
Loi de croissance du poids de l’encéphale chez les ciseaux.
En comparant entre eux des chiens de taille très différente, mais également évolués, « les différences possibles d'’intelligence correspondant à des différences de races, se trouvant écartées par l'emploi de moyennes », Lapicque trouva, en 1898, que la loi de croissance du poids de l'encéphale en fonction du poids du corps, telle que l'avait primitivement formulée Dubois, n'était applicable aux chiens qu'avec une valeur différente de l’exposant de relation (0,25 au lieu de 0,56).
Dubois trouva d’ailleurs, la même année, des faits analogu-s sur l'homme. Laissons de côté pour le moment l'explication histologique possible de cette valeur minime de l’exposant, et remarquons seulement que les conditions réalisées dans ces comparaisons se trouvaient être différentes de celles où s'était placé primitivement Dubois, qui comparait entre elles des espèces semblables, et non des races.
Dans ces conditions, il se pouvait que la valeur de r observée ne füt pas un fait isolé; que la loi de croissance de l'encéphale ne fût pas la même de race à race que d'espèce à espèce semblables, sans que la loi de Dubois cessât d'être vraie lorsqu'on réalisait les conditions qu'elle prévoit, et cela quel que fût le groupe naturel envisagé (mammifères, oiseaux, reptiles, poissons).
Mais il se pouvait aussi que la valeur 0,56 trouvée par Dubois pour les mammifères ne fût vraie que pour eux ; que pour d’autres groupes naturels, elle cessàt de l'être, et qu’un groupe naturel donné fût caractérisé par une valeur particulière de
l'exposant r. Dans ce cas, cet exposant revêtait, si l'on peut dire, un caractère zoologique, et l'explication histologique que Dubois proposait de sa valeur en perdant de sa généralité, perdait de sa vraisemblance et de son intérêt.
Afin d'éclaircir ce point, je résolus, sur les conseils de M. Lapicque, de m'adresser à un groupe naturel autre que celui des mammifères, mais dont la structure encéphalique, sans doute très différente, ne fut pourtant pas morphologiquement trop éloignée de celle des mammifères, il fallait que l'identification des parties composantes de l’encéphale fût facile et qu'il n’existât point de doute sur le rôle physiologique dévolu à chacune d'elles. Il était tout naturel de s'adresser aux oiseaux.
Nous n'avons trouvé dans la science qu’un {rès petit nombre de chiffres relatifs au poids encéphalique des oiseaux; et ils ne nous ont pas paru utilisables, tellement ils différaient de ceux trouvés par nous pour les mêmes animaux. La plupart des chiffres sont trop faibles, et nous nous sommes aisément expliqué cette faiblesse en constatant l'extraordinaire rapidité avec laquelle les petits encéphales perdent de leur poids en se déshydratant. On ne trouve en outre aucune indication relative à l’état sanguin ou exsangue, au dépouillement ou à la conservation des séreuses enveloppantes lors de la pesée, qui sont des facteurs dont il importe grandement de tenir compte dans l'évaluation du poids encéphalique. En outre, le repérage exact de la section dans la région bulbaire qu'il faut pour la légitimité des comparaisons faire toujours au même endroit, ne se trouve pas indiqué.
Nous n'avons donc pu utiliser que nos propres chiffres.
Nous avons pris les plus grandes précautions pour éviter les pertes de poids par évaporation; la dissection a toujours été faite dans une petite cage vitrée, ouverte d'un seul côté, par où l'opérateur introduisait ses. mains; un jet de vapeur d'eau maintenait ruisselantes les parois, une petite tente en caoutchouc empêchait qu’une goutte d'eau condensée ne tombât sur la préparation. Après la pesée, l'encéphale extrait était abandonné dans les mêmes conditions pendant un temps égal à la moitié du temps qu'avait duré la dissection, et l’on faisait une seconde pesée pour introduire au besoin une correction.
Nous avons commencé par enregistrer passivement les poids corporels et encéphaliques de plus de 100 oiseaux eppartenant à 58 espèces différentes, sans souci des relations qui pouvaient se dégager de ces données pondérales.
Nos oiseaux nous provenaient de trois sources différentes : le Prince de Monaco fit tuer pour nous, dans l’une de ses propriétés, des oiseaux d’eau et des oiseaux nuisibles, et d'autre part on nous apportait du Museum les cadavres que les gardiens ramassaient dans les cages au cours de leurs tournées quotidiennes; enfin, nous avons fait peser les oiseaux domestiques (poules, oies, canards vivants) dont nous recueillions ultérieurement les poids encéphaliques chez des marchands de volaille. La valeur scientifique et documentaire de ces diverses données pondérales n'était bien entendu pas égale ; les poids des oiseaux non domestiqués tués en pleine vie et en pleine santé étaient évidemment les plus physiologiques, les plus normaux; les poids corporels des oiseaux que nous envoyait le Museum, étaient ceux d'animaux émaciés en général (le froid, cependant, faisait aussi des victimes). Le poids de l’encéphale n'étant presque pas influencé par l’émaciation, il pouvait en résulter de sérieuses erreurs, Si nous n’en avions tenu compte. Enfin, une cause d'erreur du signe contraire existait pour les volailles et oiseaux domestiques engraissés dans un but comestible. Nous acceptions ces oiseaux au fur et à mesure qu'ils nous parvenaient sans souci de l'espèce à laquelle ils pouvaient appartenir, de la série naturelle où l'on pouvait les ranger, et quand nous eùmes ainsi colligé les chiffres relatifs à 110 oiseaux, nous portâmes en abcisse leur poids corporels en ordonnées leur poids encéphalique et nous nous appliquèmes à voir quelles relations se dégageaient du tableau ainsi constitué.
La première impression fut celle de la plus parfaite incohérence ; les points représentatifs des poids encéphaliques se dispersaient comme des grains de plomb sur une cible, sans qu'il fût possible en apparence de saisir l'indication d'une loi. Toutefois, à examiner les choses plus attentivement, nous ne tardämes pas à nous apercevoir que les poids encéphaliques des animaux appartenant à une même famille naturelle se disposaient fort régulièrement (aussi régulièrement du moins que pouvaient le permettre les variations individuelles même
réduites comme elles le sont ici) en courbes qu’on pouvait, en les prolongeant par la pensée, faire passer par ie point C origine.
Nous allons, pour rendre cette assertion plus saisissable, successivement grouper des oiseaux dont la parenté ethnique n’est pas douteuse, et examiner pour chacun des groupes ainsi formés comment se disposent les poids encéphaliques.
Mais au lieu de rapporter nos données pondérales à une échelle arithmétique, nous les rapporterons à une échelle logarithmique (1); nous y gagnerons en clarté ; au lieu de courbes, nous aurons des droites très sensiblement parallèles ; ces droites couperont les ordonnées à des hauteurs différentes correspondant à des valeurs différentes des coefficients angulaires des courbes qui seraient rapportées à une échelle arithmétique. (Voir tableau page 32).
Le n° 55 (palaeormis docilis) 73 (amazona amazsonica) et 45 (amazona amasonica) appartiennent évidemment à la même iamille naturelle, et leurs poids encéphaliquesedisposent sur une droite ; le n° 73, dont nous avons noté l’état d'émaciation, doit s’en écarter un peu; la droite théorique passerait donc plus près du n° 45, Cette série est peu nombreuse. La droite que nous faisons passer par ces trois points est plus imaginée que réelle ; les points intermédiaires correspondant à des données pondérales réelles font défaut. Nous verrons cependant plus loin que même en l’absence de ces points intermédiaires, on peut légitimement conclure que la direction de la droite correspondant à cette série naturelle, sa hauteur par rapport à l'axe des X est approximativement celle que nous indiquons.
Autre série ; les poids encéphaliques du n° 76 (pica pica) 99 (garrulus glandarius) 96 bis (pica pica) 78 (garrulus glandarius)90 (colæus monedula)95 (corvus cornix)88(corvus corone) et89et92 (corvus cornix) doivent se ranger sans doute possible dans un même famille naturelle, et ils jalonnent avec plus de continuité une droite nouvelle ; les écarts soit au-dessus, soit au-dessous de la droite théorique, c’est-à-dire passant
(D Voir pour ce mode de représentation Lapicque : Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, séance du 2 mai 1907.
par les points moyens, sont fort petits et tout à fait dans les limites des variations individuelles inévitables.
La troisième droite est jalonnée par les n° 110 (accipiter nisus) 116 (idem) 49 et 87 (Buteo buteo).
Cette droite est nettement distincte de celle qui passerait par les n°114, 115 (astur ?) il s’agit 1à sans aucun doute de deux genres qui ne se confondent pas.
Nous pouvons mettre en série avec le n° 44 /(larus argentalus) quatre sterna hirundo les n° 81, 82, 83, 84, dont nous pouvons prendre les poids corporels etencéphaliques moyens (soit 241 grammes et 2,913, nous aurons ainsi deux points.
Les n°5 98 (anas querquedula) 97 (idem) et 79 (idem) 86 et 80 (anas boschas) sont également en série ; lors de la dissection, l’encéphale de la sarcelle 79 a subi des pertes dont il nous faudra tenir compte dans nos calculs futurs.
Mais voici un autre phénomène assez surprenant : la ligne des poids encéphaliques des canards domestiques n° 43, 9, 6» 4 et 42, est nettement distincte de celle des canards sauvages et des sarcelles ; elle ne la coupe en aucun point ; il faut donc admettre ou bien que la souche ethnique des variétés domestiques n'est pas l’anas boschas ; ou bien que, si c'est bien là la souche ethnique, l'effet de la domestication a été d'abaisser considérablement le poidsencéphalique puisque, alors que le plus lourd de nos canards sauvages, qui pèse 1,230 grammes, a un encéphale de 6 gr. 850, le moins lourd de nos canards domestiques, qui pèse 870 grammes de plus n'a que 5 gr. 453 d'encéphale. Soit 1,397 en moins.
Ilest bien difficile, impossible même, de ne point voir dans | l'anas boschas la souche ethnique des variétés domestiques. Au surplus, l’abaissement du poids encéphalique corrélatif de la domestication, n'est point pour nous surprendre.
Darwin l'a signalé {Variations des espèces animales et végétales par la domestication, Trad, Carl Vogt) à propos du lapin. Nous nous occupons d'ailleurs, M. Lapicque et moi (1) de réunir relativement à la loi de croissance de l’encéphale chez les espèces domestiques des faits et des documents; c'est une ample question que nous préférons ne pas aborder ici, limi-
(1) Lapicque et Girard, C. R. Société Biologie, 1" juin 1907,
{ant ce travaul à l'étude de la loi de croissance de l'encéphale d'espèces à espèces semblables, et non pas de variétés à veriétés dans les limites d'unemême espèce.Je n'insisterai pas sur le cas particulier des canards domestiques.
Reste une dernière série intéressante à considérer, la série des gallinacées.
Avec les n° 120 et 121 (coget poule Bentham)5 et 26 (phasianus colchicus) 414 et 26 (gallus domesticus) 61 (pavo cristatus) il est possible de construire une droite générale, d'où dérivent visiblement deux droites (l’une d'elles surtout est nettement indiquée) qui sont presque parallèles à la ligne des abcisses. La droite générale passerait par le n° 120, entre les n°s 5, 41 et 26, et à proximité du n° 61, et deux lignes droites presque parallèles dont l'une serait jalonnée par les n°s 120 et121 (variété Bentham) et l’autre par les n° 41, 7 et 40 (coqs et poules communs) la couperaient en deux points.
Les oiseaux dont les poids encéphaliques composent ces droites, sont de même espèce et diffèrent seulement par la variété ; ce sont des droites de variétés domestiques. Nous ne nous y arrêterons donc pas.
Mais nous pouvons remarquer en passant que ces droites témoignent d'une croissance très lente du poids de l’encéphale avec la taille; c'est exactement le même fait vu par Lapicque sur le chien et par Dubois sur l'homme; nous entrevoyons ici une vérité sur laquelle encore une fois nous ne voulons pas insister ; mais dès maintenant la différence dans la loi de croissance se traduit graphiquement en termes saisis: sants.
Nous venons d'illustrer par un certain nombre d'exemples cette assertion que pour une série naturelle donnée, les poids encéphaliques des oiseaux qui la composent croisseat en fonction du poids du corps suivant une certaine loi, qui graphiquement se traduit par une droite; ces droites, à ne considérer que celles où figurent les poids encéphaliques d'espèces diverses, laissant de côté les droites figuratives de la loi de croissance de l'encéphale chez les variétés domestiques d'une même espèce, ces droites, dis-je, diffèrent entre elles par leur distance à l'axe des X. On adonc cette impression très nette que pour chaque série naturelle les poids encéphaliques croissent en fonction des poids corporels suivant une
ET LA COMPOSITION CHIMIQUE QUANTITATIVE DE L'ENCÉPHALE Ai
loi déterminée ; l'expression particulière de cette loi varie d’ailleurs d’une série à l'autre.
Mais quelle est donc l'expression générale de cette loi ? La formule de Dubois s’applique-t-elle ici ? Peut-on exprimer le poids encéphalique en fonction d'un certain coefficient variable selonle degré d'évolution organique de la famille naturelle à 1aquellel'oiseau appartient et d'une certainepuissance, constante celle-là, quelle que soit la série naturelle, du poids du Corps. Les courbes (si l’on se rapporte à une échelle arithmétique) passent par l'origine, ce qui rend plus que probable que l'équation générale de la courbe s'exprime par un produit dontundes facteurs doit varier Selon la valeur du coefficient angulaire. Mais la valeur de l'exposant de relation, valeur moyenne évidemment, et approximalive en raison des variations indivi duelles, est-elle la même que celle trouvée par Dubois pour les mammifères, ou bien en difière-t-elle? Remarquons que, à ne considérer, comme nous avons annoncé que nous voulions le faire, que les lignes droites ou courbes où figurent les poids encéphaliques d'oiseaux d'espèces différentes, exclusion faite de celles où figurent seulement des variétés domestiques d'oiseaux de même espèce,.les conditions où nous nous placons, sont exactement celles où s'était placé Dubois. Examinons chaque ligne isolément et calculons pour chaque série naturelle, c'est-à-dire pour chaque courbe, les valeurs des exposants de relation au moyen des poids encéphaliques et des poids corporels des animaux qui la composent, conformémément à l'équation posée par Dubois lui-même.
Tous nos chiffres, nous le savons d'avance, ne pourront être utilisés, il faudra que les poids corporels des oiseaux comparés présentent un écart suffisant, ilfaudra en outre établir pour chaque chiffre pondéral suspect (émaciation, excès d'embonpoint, ou pertes encéphaliques) une critique judicieuse. Il faudra enfin que les oiseaux comparés se rangent en familles naturelle. Nous pourrons avoir sur la ligne représentative d'une famille naturelle, des points constitutifs d'une autre ligne qui couperait celle-là; c'est ainsi que sur la courbe de la série pies, geais, corbeaux, etc., nous avons un merle et deux pies qui sont hors série pourtant; sur celle des paons, fa sans, etc., nous avons une bécasse.
Ces réserves failes, nous pouvons faire entrer en ligne de
pal
compte dans le calcul de l'exposant de relation le n° 55 (palaeornis docilis), le n° 44 (amasona amasonica). Nous écartons volontairement le n°73 (id.) dont l’état d'émaciation extrême a été noté à l'autopsie. La valeur de r calculée avec ces données est égale à
r — 10g 7,828 — log 3,578
log 340 — log 90
chiffre très voisin du chiffre trouvé par Dubois pour les mammifères (0,56), cesontles seuls chiffres que nous puissions utiliser pour cette droite.
Passons à la série des corbeaux, corneilles, choucas, pies et geais.
Nous écarterons à dessein de nos calculs le n° 9,6 bis (pie), parce qu’il est signalé comme ayant subi, lors de la dissection, des pertes encéphaliques.
Si nous comparons le n° 99 au n° 95, on a :
r = log 8,445 — log 3,905
0,62 log 500 — log 150 Les n° 78 et 88 donnent :
r = log 8,425 — log 4,715 = 40,50 log 560 — log 180 Les n° 76 et 95 donnent :
r = log 8,455 — log 2,933 Er A) 0) L log 500 — log 85 Les n°° 78 et 90 donnent :
r = log 5,955 — log 4,765 Re Re =) | log 230 — log 180 Les n° 76 et 78 donnent :
r = log 4,775 — log 2,935
EEE, SE © Jetroquelo DD: 73, LA) )
+ Cor (16, 9,96 778 9096,88,89.95) a: [7 Accipilez (HO,116,49,87 »
| Cecipiltuimæ
n Aôtur CHA, 45 ) d Lande (81,82,83,8%,44 )
@ Analidæ (98,79, 97, 43,9, 6, 86, 80,42)
x Gallinacés (121, 120,h1,5,26,7, 10,61 ) |
a ——— — : + dw poido dw corp
ES Le] à
Poido ne L" Oncephale
Le) <e
ÈT LA COMPOSITION CHIMIQUE QUANTITATIVÉ DE L'ENCÉPHALE 33 Les n° 90 à 95 donnent :
— log 8,455 — log 5,555
En somme, les valeurs des exposants de relation varient pour cette série naturelle, de 0,50 à 0,62, soit comme moyenne 0,56, qui est exactement le chifire théorique trouvé par Dubois.
Nous arrivons à la série constituée avec les nos 49 et 87 (buteo buteo) et les n° 110 et 116 (tous deux accipiter nisus).
Les n° 110 et 87 donnent :
r = log 8,195 — log 3,170
— 0,56 log 1,307 — log 845 Les n° 49 et 116 donnent :
r = log 7,328 — log 3,400 Et rm a) DO
log 960 — log 230
Autre série :
Les n°° 44 (larus argentatus) et les sterna hirundo n° 82, 83, 84, 85, dont nous avons pris les poids corporels.et encéphaliques moyens donnent :
r = log 6,328 — log 1,913 ne 01 log 1,000 — log 241
Une série nous est encore donnée par les n° 98, 97 et 79 (anas querquedula) et 86 et S0 (anas boschas). Nous écartons toutefois, de prime abord, le n° 79, pour les raisons que nous avons indiquées plus haut.
Les n° 97 et 80 donnent :
r = log 6,850 — log 3,225
Les n° 98 et 86 donnent :
r = log 5,745 — log 2,780
log 915 — log 260 Les n° 97 et 86 donnent :
r = log 5,145 — log 3,255 Re rutiess 051
log: 915 — log 305
Pour les n° 106/spatula clypeata)et94(mareca penelope) la valeur de l’exposant de relation calculée en faisant entrer leurs poids corporel et encéphalique dans la formule logarithmique est
riE=a0 0e Il nous reste une dernière série, celle des gallinacées.
Le n° 56 et le n° 61 donnent :
r = log 5,713 — log 1,730
log 1,190 — log 270 Les n° 120 et 7 donnent :
r = log 4,295 — log 2,750 —————————— — (),58 Les n° 61 et 5 donnent : r = l0g 5,713 — log 4,056 ———————— —= (),54
log 2,200 — log 1,190
En somme, si nous envisageons pour chacune des séries que nous avons examinées les valeurs de l’exposant de relation, nous voyons qu'elles sont comprises entre 0,50 et 0,60, 0,55 est approximativement la valeur moyenne. C'est à très peu de chose près la valeur trouvée par Dubois; nous pensons donc être en état de répondre à la question que nous nous posions au début; la loi de croissance de l'encéphale en fonction du poids du corps est pour les oiseaux sensiblement la
même que celle trouvée par Dubois pour les mammifères, et la valeur de l'exposant de relation reste pour les deux groupes naturels approximativement égale à 0,56. La constance de cet exposant nous permet donc d'exprimer, en appelant y les poids corporels et æ les poids encéphaliques par la formule y—=cx" (m—0,56), la loi de croissance de l'encéphale en fonction du poids du corps et de tirer de l'équation y = c x" la valeur de c pour chaque oiseau. Cette valeur de c (coefficient de céphalisation de Dubois), doit rester sensiblement la même dans les limites des variations individuelles pour tous les oiseaux d'une même série naturelle ; elle caractérise approximativement le degré d'évolution organique d'une série donnée; c'est la partie non somatique du poids encéphalique ; nous pouvons même dire psychique si nous entendons ce mot dans une acception suffisamment générale ; n'oublions pas d'ailleurs qu'il s’agit de l’encéphale tout entier aussi bien du cervelet, du bulbe, des tubercules, bijumeaux que du cerveau proprement dit. L'excédent pondéral de la partie non somatique de l'encéphale peut correspondre à un développement prépondérant et corrélativement à une plus grande activité fonctionnelle de l’une quelconque de ces parties ; nous avons donc calculé la valeur de ce coefficient pour les divers oiseaux qui cComposent les séries naturelles. Voici quelques chiffres qui ne représentent d'ailleurs qu'une première approximation :
(Voir tabléau page 36).
36 FACTEURS DONT DÉPENDENT LA MASSE, LA FORMÉ POIDS POIDS C du corps. de l’encéphale.
Perruche. Palæornis docilis. 90 3,578 0,29 Perroquet Amasona amazonica 340 7,828 0,30 Pie. Pica pica Ë 85 2,935 0,24 Geai Garrulus glandarius 150 3,985 0,25 Chouca Colœus monedula 230 5,90 0,26 Corneille. Corvus cornix. 500 8,455 0,26 Corbeau . Corvus corone. 560 8,425 0,24 Emouchet A ccipiter nisus 245 3,170 0,14 Buse Buteo buteo. 960 7,328 0,15 Mouette . Sterna hirundo 275 3,100 0,13 Goëland . Larus argentatus. 4,000 6,328 0,13 Sarcelle . Anas querquedula : 305 3,200 0,13 Dendrocygna Sp. . . 405 4,188 0,14
A NO CONLUROC EE 655 4,915 0,13
Canard sauvage. Anas bDoschas 915 5,745 0,12 Pigeon domestique » ddr; 270 1,978 0,08 Faisan. Phastianuseoichicus 1,250 3,839 0,06 Pan ee PR PE TC OICRIS LOL S ENREE 2,220 5,713 0,07
À chaque série naturelle correspond donc une valeur moyenne du coefficient de céphalisation qui la caractérise. Si nous nous rapportons aux courbes que nous avons tracées en portant en abcisse les poids corporels et en ordonnées les poids encéphaliques chacune d'elles correspondant à une famille naturelle, nous voyons que, pour une même valeur de x, la dérivée de la fonction y — c x" est égale à m c xm1, c'est-à-dire qu’elle est fonction directe du coefficient de céphalisation.
Nous pouvons construire, pour chaque série naturelle, la ligne théorique (droite ou courbe selon la nature de l'échelle) correspondant à cette famille.
Il nous suffira de connaître la valeur moyenne du coefficient de céphalisation pour cette famille. Deux ou trois poids encéphaliques nous la donneront. Les courhes théoriques ainsi construites passent par l’origine. Les distances au-dessus et au-dessous de chaque courbe de chacun des poids correspondant à des données pondérales donnent la mesure des varia-
tions individuelles. Elles sont, comme on voit, en moyenne assez réduites.
Il peut être intéressant de comparer les coefficients de céphalisation trouvés par Dubois pour les mammifères à ceux que nous avons calculés pour les oiseaux.
On voit que la valeur de c pour félix leo (0,30) est à très peu près la même que celle du perroquet, et se rapproche aussi beaucoup de celle du chien (0,28). Mais pour le chien, nous ne pensons pas que la valeur donnée par Dubois soit acceptable. Nous avons vu, en effet, à propos de la loi de croissance des encéphales, des variétés domestiques que pour les variétés de taille différente les poids encéphaliques croissent en fonction des poids corporels suivant une loi beaucoup plus lente.
L'émouchet et la buse voisinent avec le lièvre; les gallinacées avec les taupes et les musaraignes, etc.
Bien entendu, ces comparaisons ne valent qu'à titre pittoresque ; et n'oublions pas d’ailleurs que c’est un coefficient correspondant à l'encéphale totale que nous envisageons, figuratif par conséquent, d’aptitudes auxquelles peut correspondre l’activité fonctionnelle du bulbe ou des tubercules bijumeaux, tout aussi bien que celle des hémisphères.
En résumé, et comme conclusion de ce chapitre, nous dirons que, dans le groupe zoologique des oiseaux, les encéphales des individus appartenant à une famille naturelle déterminée, croissent en fonction de leur poids corporel suivant une loi qu'exprime l'équation : y — c x* où k est une constante approximativement égale à 0,56, et c un certain coefficient qui est le même aux variations individuelles près, pour tous les individus de cette famille.
Ce coefficient c n’est pas d'ailleurs, remarquons-le bien, absolumentcaractéristiquedecettefamille, quand on l’envisage du moins sous cette forme globale. Je dis sous cette forme clobale, car nous verrons plus loin que les valeurs des coefficients partiels correspondant aux hémisphères, au cervelet, aux tubereules bijumeaux, etc., et dont la somme égale c diffèrent d’une famille naturelle à l’autre (malgré que leur ‘somme puisse être la même.
En un mot, le poids encéphalique croit en fonction du poids du corps suivant «des lois » parfaitement déterminables pour chaque famille naturelle.
Ces lois ne sont que des expressions particulières de la loi générale.
Y—0cxi
Voilà le point important, essentiel.
Les valeurs de c acquièrent donc ainsi une signification zoologique.
Elles sont représentatives du développement des diverses parties de l’encéphale indépendamment de la taille et du poids corporel, la valeur de c est la même pour une pie de 80 grammes et pour un corbeau de 560; nous arrivons ainsi à cette cenception, qu'une série naturelle est caractérisée par une certaine supériorité ou infériorité pondérale de l’encéphale indépendamment de toute considération relative à la taille de l'individu appartenant à cette série.
Nous allons d'ailleurs préciser et compléter cette notion en envisageant maintenant, non plus le poids de l'encéphale global, mais les valeurs pondérales des diverses parties composantes.