FAGON ET LA FACULTÉ DE MÉDECINE
Nous avons déjà remarqué que Fagon ne fut jamais à
aucun titre membre de la Faculté de Médecine. Le premier médecin n’avait aucune juridiction sur les Facultés
et Collèges.
Le premier médecin se présentait vêtu d’une robe de satin aux insignes de conseiller d État. Il était ,en cette qualité, reçu à la porte par le Doyen accompagné de quelques bacheliers et occupait dans 1 assemblée- une place d’honneur. On voit à la Faculté son portrait peint par Rigaud. Il lut aussi gravé par Deliak.
On y conserve aussi deux jetons, représentant 1 un, une ruche d abeilles avec pour légende « Sic nos
servit Apollo ». L’autre, Fagon en conseiller d’Etat avec l’épitoge ayant pour légende « Scholae tutela prœssens. »
Cette frappe de jetons, privilège des Doyens de la Faculté de Paris, ne doit pas nous faire penser que Fagon occupât j amais cet emploi. Contre toute habitude, deux Doyens, Claude Berger et François Vernage cédèrent leur place au premier médecin, témoignant ainsi de la gratitude de toute la vieille Faculté.- Nous ne pouvons trouver de meilleures indications de 1 estime en laquelle
on le tenait. Ce fait peut nous étonner, alors que l’opinion médicale officielle devait généralement être peu favorable au premier médecin dont la haute situation faisait un concurrent redoutable pour la riche clientèle, alors qu’il n’était le plus souvent, pas même choisi parmi les adeptes de la rue de la Bûcherie.
Fagon au contraire fut le médecin favori de la Faculté. Dès son arrivée, il fut salué, venant après Vaultier, Vallet et d’Aquin, affirmer les droits de Paris sur Montpellier.
La Faculté de Médecine de Paris a pour oracle Galien.
Elle a retrouvé et commenté ses livres arrivés en Occident après la révolution de Constantinople et s y tient.
Montpellier au contraire a accepté des Arabes les remèdes découverts par les Alchimistes. Elle en a étudié les combinaisons nouvelles et les propriétés particulières.
Cette opposition violente de principes explique facilement l’inimitié qui séparait les premiers médecins venus de Montpellier à la Faculté de Paris.
Leur action était d'autant plus redoutée qu’ils avaient au nombre de leurs privilèges celui d’exercer une importante juridiction sur l’exercice de la Médecine et de la Pharmacie dans tout le royaume. Ils avaient le pouvoir de nommer directement les chirurgiens experts poui
faire des rapports de justice.
En raison de ces pouvoirs, les précédents médecins, élèves de Montpellier, avaient autorisé la réunion des chambres royales des Universités provinciales, siégeant une fois par semaine pour examiner les titres des médecins et les meilleures médications.
ELOY
Nommé premier médecin en 1693, Fagon, dans le but, peut-être, de chercher un appui plus solide encore dans la faveur de la Faculté projette l’abolition des chambres provinciales.
Le 29 juin, il fait rendre par le Parlement un arrêt « ordonnant la suppression de cette chambre et faisant expresse défense à toute personne, de quelque qualité et condition qu’elles soient de professer la médecine dans la ville et les faubourgs de Paris, s’ils ne sont docteurs ou licenciés en la dite Faculté de Médecine de l’Université de Paris ou médecins d’autres Facultés approuvées de celle-ci ».
Ce n’est que plus tard que Fagon crut devoir tempérer la rigueur de ce premier décret lors du jubilé.
Le Conseil de la Faculté, réuni en séance extraordinaire décida immédiatement qu’un solennel hommage de remerciement serait rendu au premier médecin.
Il fut rendu à l’occasion de la thèse de jubilé de Tournefort, l’élève chéri de Fagon.
La Faculté fit tirer une impression de luxe ornée d’un portrait de Fagon dont un exemplaire sous verre devait être porté par le massierau devant du candidat.
Tous les régents en grande pompe allèrent à la rencontre du premier médecin pour le conduire processionnellement à un siège d’honneur qui lui avait été dressé.
Il s’allia encore à la Faculté pour la répression *du charlatanisme qui sévissait à l’époque.
Les empiriques avaient vu leur rôle d’autant plus facilité qu’ils tiraient moyennant rétributions leur brevet du premier médecin, toujours à court de nouveaux bénéfices.
Les grands seigneurs, en accordant par ailleurs officiellement leur faveur aux marchands dorviétan, les aidaient à échapper aux vérifications administratives.
Par son intégrité et son désintéressement, Fagon opposa une énergique résistance à l’empiètement de l’empirisme, favorisant et délivrant les médecins de Paris qui lui en eurent grande reconnaissance.
Néanmoins, Fagon ne fut pas l’homme d’une école.
S’il soutint Paris contre Montpellier, il se refusa à ignorer systématiquement les qualités de la médecine
de l’Ecole concurrente.
La question de l’émétique, préconisée par Montpellier pour le traitement des fièvres malignes, était à ce moment extrêmement brûlante. Paris alla jusqu’à interdire sur ce sujet les médecins de Montpellier, 1644.
Fagon aperçut néanmoins tous les avantages qu’on peut tirer de l’emploi de ce médicament. 11 n’hésita pas à s’en servir lui-même dans sa clientèle, affirmant par là une largeur de vues peu répandue alors.
En 1666, l’interdiction fut levée. L’exemple qu’il venait de donner y avait certainement contribué, en raison de la faveur dont il jouissait et on peut dire que de cette époque date le rapprochement progressif des deux doctrines.
Aussi, loin d’avoir été l’homme uniis libri , Fagon soit en sachant défendre énergiquement aima mater et en semblant faire un usage rigoureux de sa situation, contribua à combler les fossés qui séparaient les deux écoles.