LA PERSONNALITÉ DE FAGON
Son portrait. — Peint par ses Contemporains.
« Le docteur Fagon est une figure dont vous vous ferez difficilement une idée. Il a les cuisses grêles comme les jambes d’un oiseau. La bouche encombrée par les dents de dessus qui sont toutes noires et pourries. De grosses lèvres qui rendent la bouche saillante, les yeux sont couverts, le teint jaune foncé, la figure allongée et l’air aussi méchant qu’il l’est en réalité ».
Tel nous le montre la Palatine. Mareschal de Bièvre dans son livre consacré à son parent Georges Mareschal, premier chirurgien de Louis XIV rappelle judicieusement la vieille inimitié qui séparait la Duchesse d’Orléans de Madame de Maintenon. Elle témoigne certainement dans le portrait qu’elle donne de Fagon d’une animosité mal dissimulée contre le protégé de la vieille Guénipe.
Toutefois, tous ses contemporains sont unanimes à nous le représenter, errant dans les couloirs de Versailles, petit vieillard maigre, voûté, quinteux, asthma-
tique, se promenant, appuyé sur son bâton, ses yeux perçants et mâtins, tandis qu’il maugrée et grommelle entre ses dents noires. C’est le vieillard cacochyme de Saint-Simon.
Le Musée Carnavalet possède une statuette nous représentant l’archiâtre bossu, aux jambes giêles, la tête appuyée sur la main, amaigri (1).
L'Abbé de Margon le dépeint dans une satyre.
Il ne vivait que de régime Exténué, bossu, boiteux La démarche d’un quadrupède
(1) Cliché communiqué par le Dr Cabanes.
Sa figure semblait un zède Une forêt de noirs cheveux Entourant son crâne et sa face,
Il effrayait la populace Chacun croyait à son abord Voir le squelette de la mort.
Fontenelle nous dit spirituellement de lui : « Heureusement ce premier médecin était aussi un grand médecin. Il avait besoin de l’être pour lui-même.... il pouvait donner comme preuve de son habileté qu il vivait ».
En fait, Fagon souffrit toute sa vie de mille incommodités.
Le Marquis de Sourches nous parle à trois reprises différentes d’attaques mystérieuses auxquelles il donne le nom peu transparent de « faiblesses ». Malheureusement nous n’avons pu retrouver des renseignements précis ni des données cliniques sur ces attaques brusques et de courte durée, guéries par l’émétique et la saignée.
Saint-Simon n’hésite pas à employer le terme brutal d’épilepsie. Il nous décrit (t. VII, p. 95 Ed. Boislille) tin accès du premier médecin.
Cette observation prise par un profane ne nous autorise pas à poser un diagnostic précis et nous sommes contraints de laisser ces incidents dans le vague. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que, d’une extrême faiblesse physique, affaibli par les transpirations nocturnes qu’il provoquait dans un but thérapeutique et par un régime alimentaire congru, hanté par l’idée qu’on
mange toujours trop, il faisait son ordinaire d’une aile de poulet et d’un peu de salade.
Quoique médecin ordinaire, son influence s’accroît progressivement en même temps que diminue celle de d’Aquin.
L’élévation de Fagon au grade de premier Médecin marque son intervention directe auprès de Louis XIV ;
Depuis la fistule du roi, il contribue largement à çontre-balancer l'influence de d’Aquin .
Nous retrouvons dans la liste des récompenses exceptionnelles accordées à l’occasion de la guérison du roi, la mention des sommes respectivement attribuées : 150.000 livres à Félix, 100.000 à d’Aquin, 80.000 à Fagon.
Outre le heurt d’ambitions rivales, Fagon et d’Aquin, se trouvaient séparés par toutes les vieilles hostilités de la Faculté de Médecine de Paris avec celle de Montpellier. D’Aquin d’ailleurs, par son ignorance et ses maladresses accumulées facilitait singulièrement la tâche à son concurrent.
Mais Fagon était beaucoup trop avisé et connaissait trop bien l’attachement de Louis XIV et de la cour aux rites quasi-sacrés et aux préséances pour tenter une intervention personnelle.
Il n’intervient jusqu’à sa consécration officielle que par l’intermédiaire de sa toute acquise Mme de Maintenon ; c’est par Elle qu’il entreprend de modifier la médication quimque instituée par d’Aquin.
En 1693, la disgrâce de d’Aquin l’autorise à endosser la personnalité qu’il conservera jusqu’à la mort de son
royal client. Nous connaîtrons dès lors les incidents pathologiques de Louis XIV en prenant le journal de la
santé du Roi et en lisant les observations rédigées jour par jour de la main du premier médecin lui-même.