‹ Fagon, archiatre du grand roiChapitre 8 sur 13 · FAGON, ARGHIATRE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

FAGON, ARGHIATRE DE LOUIS XIV

Fagon médecin de Louis XIV.

Dans son éloge funèbre, Fontenelle nous dit de Fagon : « Le premier médecin fut aussi un grand médecin. Nous ne saurions à ce sujet le taxer d'ignorance sur la foi de trop nombreuses morts auxquelles il ne put le plus souvent s’opposer. »

Sa situation exceptionnelle, gage d’une quasi-infaillibilité médicale, lui amenait en dernier ressort les cas les plus désespérés. Petites véroles à forme virulente, ajoutant les victimes aux victimes ; les mortsmystérieuses à jamais élucidées.

Nous pensons bien qu’il serait vain d'essayer déjuger la valeur médicale d'un siècle, d'un homme ou d’un remède sur une statistique. Seulement nous devons nous expliquer à nous-mêmes la suite ininterrompue des événements funestes, s’allongeantjusqu’à ternir même pour ses contemporains, la réputation jusqu’alors si éclatante de premier médecin du roi.

La personnalité médicale de Fagon nous a paru d’autant plus intéressante qu'en l’étudiant nous nous sommes trouvés non en présence d’un porte-drapeau, d’une

théorie ou d’une école mais d’un médecin clinicien et thérapeute soucieux de la santé et du bien-être de ses malades.

Fagon n’a pas été à proprement parler un grand savant. Il n’a pas à notre connaissance laissé de souvenir dans la science médicale. [Traité sur le quinquina) Il est même fort probable que sans sa haute fortune politique il eût été complètement oublié; tandis que le nom de ses contemporains reste marqué dans l’histoire de la médecine avec Sydenham en Angleterre, Sanctorius en Italie, Boérhaane en Hollande, Hoffmann en Allemagne.

L’absence des travaux scientifiques dans l’œuvre de Fagon l’aurait laissé dans l’ombre mais premier médecin dont les ordonnances et régimes étaient soigneusement consignés, il nous a été possible de revoir la façon dont on a exercé la médecine à cette époque.

A ce sujet les renseignements seraient presque nuis si nous ne possédions que ceux des chroniqueurs tels que Saint-Simon, Dangeau, les Lettres. Ceux-ci, prolixes en détails accessoires, gardent un silence respectueux dès qu’il s’agit de matières médicales.

En dehors de M. Delmas qui s’est attaché à donner une monographie de Fagon, nous ne connaisons pas de médecin qui l’ait étudié; cela tient, comme nous le disions tout à l’heure à ce que la situation de premier médecin était une situation plus politique que scientifique.

Heureusement Fagon, à la suite de ses deux prédécesseurs, Vallot et d’Aquin, avait continué à dresser année

par année le tableau des maladies du roi. C’est dans l’édition qu’en a donnée Le-Roy à Versailles que nous avons retrouvé les prescriptions de Fagon. Cette époque était pourtant très troublée. De nos jours on aurait tendance à considérer cette période comme morte et nous nous la représenterions volontiers, selon Molière , comme bornée à Purgare et saignare. Contre ses prédécesseurs Fagon se livre à des critiques sévères du régime imposé et il essaie d’une nouvelle interprétation du tempérament du roi. Louis XIV n’est pas un bilieux comme Vallot d’abord, puis d’Aquin ont pu devoir le croire. « Pas une des circonstances du tempérament bilieux ne convient au roi ses sourcils et ses cheveux bruns ont presque tiré sur le noir, sa peau blanche au delà de celle des femmes les plus délicates, mêlée d’un incarnat merveilleux qui n’a changé que par la petite vérole, s’est maintenue dans sa blancheur sans une teinte jaune, jusqu’à présent, jamais personne n’a le moins de feinte à vomir même dans le temps de la fièvre il ne put le faire. Et dans sa grande maladie maligne et dont par conséquent le vomissement est un des plus vulgaires accidents, l’émétique le sauva en le purgeant par en bas sans presque le faire vomir. Il n’est que très rarement dégoûté même dans ses grandes maladies et son appétit dans toute saison et à toute heure du jour est également grand et souvent il ne l’a pas moindre la nuit et en général il est plutôt excesssif que médiocre. Personne du monde n’a été maître de soi-même autant que le roi.

Sa patience, sa sagessse, son sang froid ne l’ont jamais *

abandonné. Il n’a jamais dit un mot qui put marquer de la colère ou de l’emportement. »

C’est la critique du diagnostic de ses prédécesseurs et en même temps la démonstration logique de toute l’inefficacité de leur traitement. Fagon marque son entrée en fonctions en réalisant le programme tracé depuis longtemps et qu’il ose soutenir. C’est peu après qu’il s’excuse en effet dans les termes que nous avons déjà reproduits de son attitude forcée en face de d’Aquin.

En 1693, le roi est âgé de cinquante six ans, son tempérament lymphatique, ses habitudes sédentaires, son appétit démesuré ont contribué à le vieillir.

Il faudrait pour être complet retranscrire ici intégralement les pages du journal de la santé du roi si nous voulions signaler les faiblesses, les étourdissements, voir même les indigestions du monarque. De même le texte seul du journal de la santé pourrait fixer le décompte exact des médecines de plus en plus nombreuses absorbées par le roi ou des saignées faites par pure précaution ou à titre curatif. Mais nous ne nous proposons pas de faire une histoire pathologique de Louis XIV. Nous ne nous intéressons qu'à la thérapeutique employée à leur occasion par son premier nié decin.

Les années 1693-1694-1695 ne sont marquées, outre les faiblesses habituelles que par une récidive d'accès de fièvre traitée par le quinquina.

Le 30 mai un rhumatisme du cou cède à une application de Uniment. Dans la journée, sans doute son état général s'aggrava, la nuit suivante fut mauvaise.

Fagon ordonne :

Pulpe d’oseille Pplpe d’oignon de lys Saindoux.

Cataplasme émollient pour l’anthrax du roi. La tumeur augmente, la douleur tenaille le roi. Fagon conseille :

Pulpe de mauves Pulpe de guimauves Pulpe d’oignon de lys Pulpe de ciguë Pulpe de télephium Pulpe de camomille

et un peu de liquidembar .sans graisse; toujours sans action résolutive.

Il remplace le Uniment

Litharge

Aimant

/ Térébenthine et huile d’olive.

La suppuration s’installe et se fait jour à la peau par de nombreux pertuis, un bourbillon s’élimine, puis on constate la formation d'autres identiques.

On a enfin recours à l’incision cruciale et aux pansements à plat au baume vert et au baume blanc.

Pendant ce temps, Fagon toujours poursuivi de son idée sur l’hygiène alimentaire obtient du roi qu’il daigne remplacer son verre d’eau et de vin à la glace par du café puis par une infusion de sauge et de véronique redoutant pour le roi les effets trop excitants du café.

Le vin de Champagne chargé de tous les torts par

Fagon quitte sur son objurgation définitivement la table royale pour faire place au vin de Bourgogne.

L’année suivante le roi prend sept fois médecine.

En 1696, deux rhumatismes tenaces se succèdent sans presque d’interruption du mois de janvier au mois de mars, obligeant Fagon à saigner le roi.

Le 12 août, le roi accuse à la nuque une douleur aiguë Fagon constate un furoncle. Félix, premier chirurgien, appelé en consultation, conseille l’application d’un emplâtre. Le furoncle grossissant, le roi consent à appliquer l’emplâtre.

Le 16, étant jour de fête au parc le roi prit part aux réjouissances données et fut très fatigué.

Les années qui suivent sont remplies par des malaises, des indispositions, des faiblesses, des pesanteurs auxquelles on oppose toujours les remèdes héroïques, la saignée et la purgation, variée suivant les besoins.

La médecine ordinaire du roi se composait de :

Rhubarbe : le poids d’un écu.

Masne iii.

L’anthrax de 1696 ne fut pas suivi de saignée. Fagon se contenta çl’ordonner :

Potion vulnéraire pour le roi :

Teinture de véronique . . .

Teinture de sauge. . . .

àâ parties égales.

C’est l’époque des purgations. Le roi prend médecine environ une fois par mois par pure précaution. Les effets en sont toujours abondants. Le roi s’y soumet volontiers. Les excès de table mal supportés occasionnent en 1701 une diarrhée rebelle. Il ordonne.

Confection d’hyacinthe zi avec un peu d’eau de noix.

Prendre par dessus la teinture d’eau de sauge et de véronique.

En 1705 un rhume vient mettre le roi au repos.

Pour le rhume du roi, Fagon prescrit :

Pâte de violettes . 4 fois par jour

Sirop violettes . 4 fois par jour

L’angine est traitée par :

Miel de Narbonne

Eau chaude ou

Eau de veau tiède respirée par le nez

Louis XIV pourtant témoignait d’une grande aversion pour la saignée. Cette opération lui causait des vapeurs. Fagon était convaincu qu a 1 arrivée du printemps une saignée, quoique de pure précaution, était indispensable.

Accès de goutte du roi 1703.

« Fagon doit vaincre la répugnance que le roi témoignait avoir à se laisser saigner, répugnance soutenue parla plupart des courtisans que l’ignorance et la témérité fait toujours parler mal à propos et décide, de tout. Il s’y résigna pourtant.

L’accès de goutte de 1705 immobilisait le roi. Fagon prescrit des bains de pieds pour le roi, avec du savon fondu dans l’eau bouillante et un peu d’esprit de vin, la chambre est un peu tempérée. Prendre trois bains.

Les douleurs du genou sont calmées par :

Baume blanc de Fioraventi avec addition de camphre.

Néanmoins tous les courtisans s’accordent à trouver sa Majesté parfaitement bien portante.

Fagon lui-même ne se départ pas de son ancien optimisme et il n’hésite pas à déclarer que « jamais sa Majesté ne s’est si bien portée ».

Le roi pourtant, vieillard de soixante-dix ans ne résiste plus aux coups qui l’assaillent de toutes parts, la faiblesse le gagne visiblement.

Comme nous le verrons, Fagon fut chargé par la suite de la responsabilité de la mort du roi. En réalité, nous retrouvons des traces d'inquiétude dans le journal de Fagon qui signale l’état de tristesse et de mélancolie de Louis XIV. C’est contre cet état, signalé discrètement dans le journal de la santé, qui, nous devons nous le rappeler était lu par le roi lui-même, qu’il met en pratique l'arsenal thérapeutique variant à l’infini, les purgations et les lavements évacuateurs, usant de la saignée mais surtout, lutte inlassablement pour essayer de modifier le régime de vivre qu’il considérait comme si dangereux pour le vieux roi.

En même temps, il se rend compte de l'influence des facteurs moraux dans la maladie du roi Louis XIV; il essaie d’éviter au Monarque vieillissant les chagrins qui viennent chaque jour s’ajouter.

Nous retrouvons dans la Gazette de Cologne du 30 mars 1714 : « On dit aussi que M. Fagon a représenté à sa Majesté qu’elle avait intérêt à se tranquilliser sur l’affaire de sa constitution si elle ne voulait pas nuire considérablement à sa santé ». Ce qui n’empêche pas Saint-Simon d’écrire en 1715 : « Cependant il y avait plus d’un an que la santé du roi sombrait. Ses valets intérieurs s’en aperçurent d’abord et en remar-

quèrent tous les progrès sans que personne osât en ouvrir la bouche. Fagon, premier médecin, fort touché de corps et d’esprit, fut de tout cet intérieur le seul qui ne s’aperçut de rien. Mareschal, premier chirurgien, lui en parla plusieurs fois et fut toujours durement repoussé ».

Malheureusement nous ne pouvons maintenant que laisser la parole aux accusateurs. Nous ignorons la raison pour laquelle Fagon arrête la rédaction du journal cle la santé du roi.

En face de ces attaques directes des gens qui décident de tout, nous n’avons pas de justification du principal acteur, la critique devient de plus en plus virulente. Fagon est même accusé par Saint-Simon d être vendu aux bâtards et à son ancienne gouvernante et de troubler la fin du vieux roi de soupçons sinistres.

Saint-Simon accuse Fagon d’avoir volontairement fermé les yeux sur l'état de plus en plus menaçant du grand roi. « Pressé enfin par son devoir et par son attachement, Mareschal se hasarda un matin vers la Pentecôte d’aller trouver Mme de Maintenon. Il lui dit ce qu'il voyait et combien grossièrement Fagon se trompait.

Il l’assura que le roi à qui il avait tâté le pouls souvent avait depuis longtemps une petite fièvre lente interne, que son tempérament était si bon que, avec des remèdes et de l’attention tout était encore plein de ressources, mais que si on laissait gagner le mal il n y en aurait plus. Mme de Maintenon se fâcha et tout ce qu’il remporta de son zèle fut de la colère. Elle lui dit

qu'il n’y avait que les ennemis personnels de Fagon qui trouvassent ce qu’il disait là de la santé du roi, sur laquelle la capacité, l'application, l’expérience du premier médecin ne pouvait se tromper. Le rare est que Mareschal qui avait autrefois taillé Fagon de la pierre avait été mis en place de premier chirurgien par lui et qu’ils avaient toujours vécu depuis longtemps jusqu’alors dans la plus parfaite intelligence. Mareschal outre qu’il me l’a conté n’eût plus de mesures à pouvoir prendre et commença dès lors à déplorer la mort de son maître ».

Le Maréchal de Villars vient lui aussi accuser Fagon. Mareschal, premier chirurgien, s’aperçut plus qu’un autre d’une diminution considérable dans les forces et dans la santé du Roi. Fagon soutenait le contraire et par l’empire qu’il avait pris sur l’esprit du Roi et sur celui de Mme de Maintenon, personne n’osait combattre les sentiments d’un premier médecin si accrédité et d’ailleurs si entier dans ses sentiments.

Aussi sa conduite et son opiniâtreté avancèrent certainement les jours de ce grand prince.

L’incident devenait une véritable cabale. Enfin le Roi vieillissant, résistait très mal aux chagrins successifs qui l’accablaient.

Louis XIV voyait disparaître impitoyablement son entourage.

C’était Mme de Grignan le 6 janvier à l’âge de quatrevingt-trois ans, l’archevêque de Cambrai le 7 ; la princesse Isenghin et le Maréchal de Chantilly.

Le 121a Duchesse de Nevers était enlevée à cinquanteneuf ans par un mal foudroyant. .

ELOY

Puis le cardinal de Bouillon et le prince de Piémont. Enfin, le 11 mai, le Cardinal de Richelieu tombait

d’apoplexie.

Comme nous l’avons déjà dit, le journal de fagon s’arrête sur son optimisme le 18 juillet 1711.

Nous sommes obliges d avoir recours aux memoiies documentés de Saint-Simon et de Dangeau.

Le 11 juillet 1715, le roi se sentit indisposé, il revint à Versailles le 11 août, il commence à accuser une douleur à la jambe droite et à la cuisse que Fagon prend pour une sciatique. Il n’ordonne pas de médication spé-

ciale.

La Cour hostile à Fagon réclame une consultation.

Le Maréchal de Villeroy écrit à Mme de Maintenon :

« Vous êtes auprès du Roi, Madame, vous le voyez et vous savez tout. Je n’ai rien à vous apprendre ni à vous représenter qu’une chose : Voulez-vous que 1 opinion seule de M. Fagon décide de la vie du Roi?

Le dernier bourgeois, quand sa famille le croit en danger, assemble ce qu’il y a de plus habiles médecins . pour faire une consultation. Le Roi sera-t-il le seul dans son royaume, privé d’un tel secours? M. Fagon peut-il vouloir décider seul d’une chose si importante? En vérité, Madame, cela fait trembler. Tout le monde

pense comme moi et n ose le dire » .

Le 13, mauvaise nuit. Fagon la passe dans lq chambre

du Roi.

Le 14, Helvetius et Falconnet, appelés en consultation par Fagon, se réunissent pour délibérer.

Indécision. On ordonne du lait d’ânesse.

Le 15 août, sensation d’apaisement.

Le 16, les douleurs reprennent.

Le 17, le Roi se rend chez Mme de Maintenon. Au retour, on remarque des traces à l’orteil. Dangeau écrit le 19 août : « La sciatique tourmente toujours le Roi. M. Fagon a envie de lui faire venir les eaux de Bourbonne, mais cela n est pas encore bien résolu ».

M. Fagon est persuadé que le Roi n’a point de fièvre et quelques autres croient qu’il en a un peu la nuit.

A ce moment, apparaissent des taches noires caractéristiques sur la jambe. Fagon ordonne un bain d’une heure dans un gros vin de Bourgogne aromatisé.

Il propose une nouvelle consultation.

Le 22 août, Dodart et Dumoulin sont appelés. On ordonne du lait d anesse. --

Le 24, Fagon fait réunir en assemblée générale tous les médecins de la Cour et ceux de Paris présents à Versailles.

La jambe était noire jusqu’au pied. Il ordonne l’enveloppement humide- à l’eau-de-vie camphrée. On croit que le Roi a toujours eu une lièvre intense. Saint-Simon dit : « Fagon se prévenait aisément de toutes choses, mais faisait tout pour réparer le mal que sa prévention avait laissé ». Loin de revendiquer à lui seul la responsabilité de soigner le Roi, les maîtres de Saint-Corne sont appelés en consultation .

C’est à partir de ce jour que Dangeau écrit pour la première fois le nom de la maladie « gangrène ».

Un empirique du nom de Le Bue se présente avec deux élixirs. Fagon voulut s’opposer catégoriquement

à l’expérience de l’empirique, mais « ce manant qui se nommait Le Bue le malmena fort brutalement, dont Fagon qui avait coutume de malmener les autres et d’en être respecté, demeura tout abasourdi ».

Au pansement, on s'aperçut que le remède avait été sans effet et que le mal avait gagné tout le pied.

Dans la journée du 30 août, le Roi est dans le coma.

Le 31 août, semblant d’amélioration.

Les médecins consentent à tout, parce qu’il n’y a * plus d’espérance. Dimanche 10 septembre, vers cinq heures, le Roi meurt.

La coutume exigeait alors l’ouverture du Roi. On appela à cette ouverture deux médecins de la Faculté de Paris, et deux chirurgiens de la Cour mandés de Saint-Corne outre les premiers médecins et les premiers chirurgiens du Roi.

L’autopsie terminée, les médecins procédèrent à la rédaction du procès-verbal.

« Par l’ouverture du corps du Roi qui fut faite par Mareschal, son premier chirurgien, avec l’assistance et la cérémonie accoutumée, on lui trouva toutes les parties si entières et si saines et tout si parfaitement conforme, qu’on jugea qu’il aurait vécu plus d’un siècle, sans les jambes dont il a été parlé qui lui mirent la " gangrène dans le sang. On lui trouva aussi la capacité de l’estomac et des intestins double au moins de celle des hommes de sa taille; ce qui est fort extraordinaire et ce qui était cause d’un si grand mangeur et égal.

Mais toute l’année il mangeait à souper une prodigieuse quantité de salade et il redoubla ce régime dans

cet été en y ajoutant des figues pourries detres mûres, à 1 entrée de ses repas. A la fin, ces fruits, pris en entrant à table lui noyèrent l'estomac, en émoussèrent les digestifs, lui ôtèrent l’appétit, tournèrent le sang en gangrène à force d’en diminuer les esprits, ce qui fut la cause de sa mort, comme on le reconnut à l’ouverture de son corps ». C’est là l’acte d’accusation finale et péremptoire de Saint-Simon contre Fagon.

Il est accusé d’avoir non seulement méconnu l’état de son client mais encore de l’avoir amené là par son régime, considéré par les courtisans comme la cause directe de la mort de Louis XIV.

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