SCENE QUATRIEME. 2j
Daniel.
Non, enfant, il est temps encor de réagir. Parfois la guérison est prompte après la crise. Oui, je veux appliquer le fer qui cautérise, Sur le mauvais orgueil dans ces jeunes esprits. Mais lorsque je verrai qu'ils m'ont enfin compris Et qu'ils courbent le front sous ma sombre parole, Alors je leur tiendrai le discours qui console. — Je leur dirai qu'il fut encore des héros Chez nos pauvres soldats arrachés aux hameaux, Lorsque nous inonda cette effroyable armée; Comme on a bien souffert dans la ville affamée Où pas un ne parlait de se rendre, pas un, Et comme on a bien su mourir à Châteaudun! Je leur dirai comment, dans Paris qu'on assiège Et dans les camps lointains dispersés sur la neige, On lutta de son mieux et l'on fît son devoir; Comment ceux-ci voyant toujours l'horizon noir, Ceux-là croyant toujours, ô France! à ton étoile, Mangèrent le pain dur, dormirent sous la toile
Et tombèrent, vaincus, mais frappés par devant; Je leur raconterai ces histoires, enfant; Je les enivrerai de haine et de souffrance, Et je préparerai des vengeurs à la France.
Des vengeurs!
Henri.
Marthe.
Daniel, Daniel, songez-y.
Vous le savez, je n'ai que ce pauvre enfant-ci. Vous savez quelle fut la more affreuse et lente De son père, couché sur la paille sanglante, Au milieu des hourrahs vainqueurs des ennemis. Vous même convenez que le doute est permis, Que cette nation est peut-être perdue.
Daniel, répondez. Fauc-il qu'on me le tue Pour un dernier effort inutile, pour rien? Oh ! je n'ai plus d'espoir !
Marthe, écoutez-moi bien.