SCENE QUATRIEME
S'il se plie à la loi, s'il saie répudier
La révolution dont le monde s'effraie
Et, prenant le chemin de la liberté vraie,
Qui n'est que le respect de soi-même et d'autrui,
S'il répare et maudit ses fautes d'aujourd'hui,
Il reprendra sa place à la tête du monde.
Certe, avant de fonder la paix bonne et féconde,
Il lui faudra combattre encore, il lui faudra
Une guerre où l'Europe entière tremblera.
Car il n'est pas de joug qu'enfin on ne secoue,
Il ne peut pas garder ce soufflet sur la joue.
Mais pour cette œuvre sainte il n'a qu'un seul moyen,
C'est de faire un soldat de chaque citoyen,
De la patrie entière une famille armée
Et du seul sentiment du devoir enflammée,
Où le riche bourgeois coudoiera l'artisan,
Où le noble sera l'égal du paysan.
Car dans le régiment la nation se mêle ;
On partage la tente, on mange à la gamelle,
On se voit, on se parle et l'on devient amis.
Et quand tous ces soldats, à de vrais chefs soumis,,
S'estimant et montrant, dans le même service,
Un même dévouement, un même sacrifice, ,
Contents du travail fait et du fusil porté,
Unis par les liens de la fraternité,
Marcheront dans le rang, calmes, forts, sans murmure,,
O mon pays en deuil, la chose sera mûre,
Et, poussant vers le ciel ton cri de conquérant,
Tu pourras les répandre alors comme un torrent,
Et planter, glorieux, les trois couleurs altières
De notre vieux drapeau sur nos vieilles frontières !
Marthe.
Et si nous succombons encore? Si, vainqueur, Le fer de l'Allemand nous entre jusqu'au cœur? Si Paris voit encore autour de ses murailles?...
Femme, nul ne connaît le destin des batailles, Mais s'il doit les revoir couvrir son horizon, Que Paris cette fois songe à son vieux blason.
Avec enthousiasme.
O navire ! voilà bien longtemps que la houle