‹ Faites un roi sinon Faites la paixChapitre 17 sur 21 · IL FAUT CHOISIR · texte numérisé non relu

IL FAUT CHOISIR

Etats-Unis, désarmement, chimèresou réalités, vous en jugerez comme il vous plaira, mais vous retiendrez ceci, qui est pour moi le plus important : chacune des deux décisions, chacun de ces deux partis dont vous êtes forcé d'adopter l'un ou l'autre, est chargé de conséquences graves, et traîne après soi toute une queue d'événements compliqués et bouleversants.

Aucun des termes de cette option n'est simple ! . On croit d'abord le contraire ! On se dit : « Bah ! au pis aller, si les choses se gâtent par trop, nous accepterons l'entente allemande ! » Et disant cela, on s'imagine qu'il suffira d'un geste, qu'on n'aura qu'un signe de tête à faire, et que tout sera fini!

Tenez! le 29 mai 1912, désespérant de voir l'entente franco-anglaise prendre la force d'une alliance, le nationaliste Echo de Paris imprimait dans ses nouvelles d'Allemagne : « L Angleterre ne peut pas nous demander de tenir tête à V Allemagne et à toute l'Europe centrale avec la simple base de Ventente cordiale qui ne lie même pas à nous nos amis anglais et qui ne les oblige pas.

Nous serions forcés par conséquent, par néces site vitale^ d'accepter l'alliance allemande, le jour même où V alliance des trois empirer serait conclue.

Ce serait pour beaucoup d Allemands un jour de grande joie et pour beaucoup de Français un jour de grande douleur, mais il Jaut vivre avant tout ».

Curieux, cela, n'est-il pas vrai, dans un grand organe nationaliste! L'alliance allemande acceptée par la France ! Et une Europe nouvelle tonnée de la Triple-Alliance grossie de la Duplice!

Mais nous venons de voir tout ce que cette solution, qui me paraît la meilleure, recèle de difficultés et de complications. Elle est bonne, elle est nécessaire : elle n'est pas simple!

Rejetez-vous cet inquiétant rapprochement? Prenez garde! vous choisissez encore, et malgré vous! Vous choisissez la guerre; et si, du même coup vous ne choisissez pas le roi, vous avez les plus grandes chances de choisir la défaite.

Non, ce n'est pas simple! Mon effort ici est de le montrer, et de découvrir, sous le voile de l'apparente et coutumière simplicité, l'enchevêtrement des complications menaçantes.

Dramatique option! Mais vous n'y échapperez pas. C'est ici comme le pari de Pascal. Vous êtes engagé! Refuser de choisir, n'est-ce pas une manière de faire un choix? c'est sans doute choisir encore : car c'est continuer. C'est donc vous laisser, tout endormi^ tirer par les événe-

ments; et si, comme je le crains, la surenchère des armements nous entraîne à la guerre, refuser de choisir, c'est choisir la guerre.

Dormir en wagon-lit, parfait! Aune condition, pourtant! Si vous croyez au déraillement, dormirez-vous? Si vous savez que la voie est détruite après Belfort, ne voulez-vous pas vous réveiller avant Belfort?

Décidons-nous, l'heure est venue.

Préférons-nous la guerre? Préférons-nous la paix? Jusqu'ici nous avons examiné les conditions et les conséquences de la Guerre et de la Paix. Il nous a semblé reconnaître que la guerre exigeait un roi, et que le régime républicain s'accordait mal avec une politique belliqueuse. Par contre, nous avons été conduits à penser que la paix européenne exigeait le rapprochement de la France et de l'Allemagne, c'est-à-dire l'acceptation par nous du traité de Francfort.

Peut-être sommes-nous devenus ainsi plus capables de nous décider! En tout cas, ce contraste violent, cette opposition tranchée et brutale, la Guerre, mais le Roi, ou bien la Piépublique, mais la Paix et l'Alliance Allemande, changent pour nous la signification banale de ces mots de guerre et de paix, qu'on prononce couramment, sans être attentif à leur valeur tragique.

Et maintenant que la Guerre et la Paix ont pour nous leur sens plein, laquelle préféronsnous?

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