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LES FILS DE LA LIBERTÉ

Cette fameuse société politique était-elle secrète ?

L'historien T. -P. Bédard, dans son Histoire de cinquante ans (pp. 396, 40=;). le déclare expressément : " cette association était secrète et les membres prêtaient un serment spécial ". Quelqu'un raconta même à l'auteur qu'il avait vu " la formule du serment et que celle des francs-Juges était une douceur auprès de celle des Fils de la liberté/'

Ce point acquis, faisons l'historique rapide de la société en puisant dans les ouvrages et les journaux suivants : L.-O.

David, les Patriotes; L.-N. Carrier, les Evcncnicnts de 1837-38; A.-D. DeCelles, Papineau; A. Béchard, A.-.N. Marin; J.- Y). Borthwick, Juhilce de diamant; T.-P. Bédard, Histoire de cinquante ans; Hector Fabre, Souz'cnirs d'un autre âge: la Minerve de 1837," ^(^ Populaire de 1837; VOpinion publique 1870 à 1883 et le Bulletin des Recherches historiques, 1895- 1920.

La proclamation de lord Gosford, lancée le 15 juin 1837 ^t qui exhortait le peuple " à s'abstenir des réunions séditieuses . . . ne fit qu'augmenter l'effervescence populaire ; elle fut dénoncée comme un attentat de plus aux droits des habitants du Canada." " Les patriotes commencèrent dès lors à discuter la nécessité de s'organiser pour faire respecter leurs droits et repousser la violence."

" On crut que le meilleur moyen de réussir était de s'adresser à la jeunesse de Montréal, de la décider à former une puissante association et d'inviter les jeunes gens à en faire autant partout ailleurs." (L.-O. David.)

C'est alors que Louis-Joseph-Amédée Papineau, fils du grand tribun, se serait occupé de fonder la société des Fils de la liberté, calquée en quelque sorte sur celle des Sons of Liberty qui avait aidé les Américains à se libérer de l'autorité anglaise, soixante ans auparavant. (Borthwick et B. R. h.)

" Le 5 septembre 1837, l'association des Fils de la liberté était solennellement proclamée dans une assemblée nombreuse te-

nue à l'hôtel Nelson, sur la place Jac(jues- Carlier. Ce fut une grande démonstration ; des discours véhéments furent prononcés par MM. Rol^ert Nelson, André Ouimet et Edouard Rodier: une musique militaire mit le comble à l'enthousiasme en se faisant entendre après chaque proposition "...

Ensuite, les Fils de la liberté allèrent " offrir leurs hommag'es à l'honorable L.-J- Papineau et à l'honorable D.-B. Viger "...

" Bn avant, fut la devise choisie par la société "...

'' C'était une organisation moitié civile moitié militaire, composée de deux branches qui devaient travailler, l'une par les discours et les écrits, et l'autre par la force des armes, si c'était nécessaire, au progrès et au triomphe de la cause populaire . . . et même préparer le peuple à la conquête de son indépendance", (L.-O. David.)

On' ne connaîtra jamais, sans doute, tous les noms des membres de cette association intéressante, car ils étaient plusieurs centaines. Nous pouvons cependant rappeler les noms qu'on relève dans les

diverses publications dont nous avons cidessus donné la liste.

Division civile

André Ouimet, président. Né à Sainte- Rose, île Jésus, en 1808. Admis au Barreau en 1836. Mort le 10 février 1853.

Fut interné pendant huit mois en 1837-38.

Jean-Louis Beaudry, vice-président. Né le 27 mars 1809. En 1834, il ouvrit, rue Notre-Dame, le fameux magasin des contrevents barrés et y fit un commerce des plus lucratifs. Arrêté après le 6 novembre, il put s'expatrier. Il ne revint qu'après l'amnistie. A partir de 1862, M.

Beaudry fut élu dix fois, maire de Montréal. Décédé le 24 juin 1886.

Joseph Martel, vice-président.

E.-H. Therrien, secrétaire-archiviste.

Georges de Boucherville, secrétaire-correspondant. (Voir ci-après).

. . . Baudriau, secrétaire.

{Le Populaire du 8 novembre 1837 mentionne " le jeune Baudriau, secrétaire de l'infernale association et étudiant en médecine." )

François Tulloch, assistant-secrétairecorrespondant.

Division militaire

Thomas-Storrow Brown, général. Né à St. Andrews, N.-B., h 7 mai 1803, il vint s'établir à Montréal en 18 18, et se livra au commerce. Il embrassa la cause des patriotes et, en 1832, devint l'un des fondateurs du Vindicator. Le 6 novembre 1837, M- Brown fut cruellement battu et il perdit l'usage d'un œil. Peu après, il se rendit à Saint-Charles où il dirigea le combat. De cette localité, il prit la route de l'exil. M. Brown réintégra son domicile quelques années après et il est mort en notre ville, le 26 décembre 1888.

Le général de l'association avait sous ses ordres six officiers ou chefs, commandant chacun une des six sections de la ville. On connaît les noms de cinq d'entre eux :

T — Jean-Baptiste Chamilly A^'erncuil de Lorimier. Né en décembre 1803. Admis au barreau en 1833. Après le six novembre il alla prendre part au combat de Saint-Eustachc avec son frère François- Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, qui fut exécuté le 18 janvier 1839. Jean-Baptiste put s'enfuir aux Etats-Unis. Il revint au Canada lorscpie l'amnistie eut été pro-

clamée. M. de Lorimier fut inhumé à Montréal, le 25 juillet 1865.

2 — Georges de Boucherville, avocat.

Xé à Québec en 18 14. Auteur du fameux roman : " Une de perdue deux de retrouvées." Mort à Québec en 1898.

3 — Henri-Alphonse Gauvin, médecin.

A la suite de l'affaire du 6 novembre, il se rendit à Saint-Charles où il organisa les patriotes avec M. Brown. Il mourut le 2 mars 1841, âgé de 25 ans, d'une maladie contractée en prison.

4 — Rodolphe Desrivières, marchand.

Lui aussi prit le chemin de Saint-Charles pour aider à l'organisation. Il avait signé l'avis de convocation des Fik de la liberté pour le 6 novembre 1837, P'^i'ce que l'assemblée se faisait dans sa section, sans doute.

5 — François Tavernier.

Membres.

Casimir Arcourt, cordonnier, mort à Chicago.

J. Brien, médecin. Arrêté et incarcéré à Montréal en 1838, il obtint un demipardon en fournissant des renseignements aux autorités.

L.-P. Boivin, bijoutier, coin des rues Notre-Dame et Saint-Vincent; Tliomas Bar1:)e, nieublier; N. Rerthiaume, Lfuiis Barré, tanneur.

George-Etienne Cartier, avocat, plus tard clief du parti conservateur et ministre. Renii Courcelles. tailleur; H. Carron, Simon Crevier, marchand de cuir. Dr Côté, de l'Acadie. Il s'enfuit aux Etats- Unis et y devint pasteur protestant.

Toussaint Deniers, Louis Duniais, boucher; Joseph Dufaux, marchand; P.-J.

Damour.

James Finey.

Pierre Grenier, Joseph Gaudry, André Giguère, sellier.

René- Auguste-Richard Hubert, avocat, né en 1811. Présent au combat de Saint- Eustache. Arrêté en janvier 1838. Relâché a|)rès quelc|ues mois. Fut protonotaire de Montréal de 1866 à sa mort en 1884.

Narcisse Lafrenière, sellier. Joseph Lettoré, imprimeur. Tl édita en 1850, le journal le f\vi/^lc trai'aillcuv, (|ui vécut ])€U de tenii)S. Louis Lebeau, Joseph Leduc, Henri Lacaillc, Pierre Tyarccneur, André Lacroix, .Vorbcrt Larochcllc. mort à la Nouvelle- ()rléans. Il était du gr<)U])e de ])atri()tes nui mirent à mort le lieutenant écossais.

George Weir, à Saint-Denis, le 23 novembre 1837. André Lapierre, marchaaid de cuir.

Paul ]\Iartin. Augustin-Norbert Morin.

Né eu 1803. Il était député en 1830. En 1836, il alla se fixer à Québec, où il fut choisi pour chef des Fils de la liberté de l'endroit. Mort en 1865.

J.-L. Neysmith, marchand.

Dr Edmond B. O'Callaghan. Accusé de haute trahison, il se réfugia aux Etats- Unis où il acquit de la réputation comme archiviste et historien.

Charles-Ovide Perrault, avocat. Xé en 1810. Député en 1834. Il fut tué à la bataille de Saint-Denis, le 22 novembre 1837. II était beau-frère du libraire E.-R. Fabre et l'associé de l'avocat André Ouimet.

André-Benjamin Papineau. Il exerça la profession de notaire de 1835 à 1890.

Louis- Joseph- Amédée Papineau, né à Montréal, le 26 juillet 18 19. Fils de Louis Joseph. Collabora à divers journaux patriotes dès 1836. Il s'enfuit aux Etats- Unis en 1837, après l'affaire du 6 novembre. En 1843, il était de retour au pays et l'année suivante on le nommait protonotaire de Montréal. Mort à Montebello en

Jùluuard-iv Roclier, axocat. \c en 1S05. L'un des premiers patriotes à s'habiller en étoffe du pays. Mort le 5 février 1840. " L'orateur chéri des Fils de la li])erté." Il avait adressé la parole le 6 novembre

Docteur Amable Simard.

Narcisse Valois, " l'un des hommes les l)]us entreprenants et les plus estimés de ^bmtréal."

Le Don'c Club fondé par Adam Thom, " rédacteur du Montréal Herald et tory fougueux ", avait décidé de rencontrer la jeunesse canadienne-française. L'échauffourée eut lieu le lundi 6 novembre 1837. Ce i<)ur-là. premier Inndi du mois, awiil lieu la grande réunion mensuelle de l'association, dans "la maison publique de Virent... (|tii donnait sur la rue No're- Dame et dont la cour a une entrée sur la rue Saint-Jacques "... tout près de la vv ■ Dollard. Cette maison a\ait déjà été célèbre dans les fastes de l'élection du quartier ouest en 1834, jiour avoir servi de (|uartier général aux troupes électorales (le l'ai)ineau. ( I .c fi^/vilaircK

Six à sept cents personnes assistaient à rassemblée des Fils de la liberté. Non loin, au marché à foin, aujourd'hui le square Victoria, le Doric Club tenait une réunion.

Les deux clans furent vite aux prises.

Plusieurs personnes furent blessées, quelques-unes grièvement, mais on n'enres^istra aucune perte de vie.

De la rue Saint-Jacques, le Doric Club se rendit aux quartiers généraux des fils de la liberté, qui se trouvaient dans la maison d'un nommé Dupuis, au coin des rues Sanguinet et Dorchester. Cette habitation construite en bois n'avait qu'un rez-dechaussée et un étage. Le bas était occupé par l'épicier Gauthier et le haut par l'étatmajor des patriotes. Les Constitutionnels défoncèrent les portes, s'emparèrent de quelques fusils, de quelques sabres et surtout du " drapeau révolutionnaire " des jeunes Canadiens français. Ce drapeau se blasonnait ainsi : tiercé en f asces ; au i de sinople; au 2 d'argent chargé de l'inscription: Bn avant. Association des Fils de la liberté; au 3 de gueules. Autrement dit, c'était le tricolore horizontal, vert, blanc et rouge, adopté par la Société Saint-Jean- Baptiste de Montréal en 1834, additionné d'une inscription.

Quoi fiu'il en sdit, fusils, sabres et drapeau furent remis à la police, puis les Constitutionnels allèrent saccager l'imprimerie du Viudicator, rue Sainte-Thérèse.

Les Pils de la liberté avaient vécu, car sans beaucoup tarder *' ses chefs furent jetés en ])rison" et ila rébellion commença en divers endroits.

Rappelons qu'il exista une succursale des Plis de la liberté à Québec et que le président fut Au,Q,'ustin-Norbert Morin.

Ce o^roupe fit peu de bruit, car M. Morin ''valait peu comme chef... il était tro]) doux et trop poli ! "

" Antoine Fournier fut l'un des membres les plus ardents de la société dans la capitale. C'est lui qui favorisa l'évasion des prisonniers américains Dod^e et Thcl- 1er détenus à la citadelle de Québec."

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