OBJECTIONS BU GOUVERNEMENT BIIITANNIQVE
Les motifs, que l'Angleterre pourrait avoir pour réclamer contre l'occupation du port d' A mbriz par une force Portugaise, semblent se réduire à nn, tout au plus, des trois suivants:
l"" Atteinte à quelque droit de souveraineté que la Grande Bretagne considérerait avoir sur le territoire d'Ambriz.
8"^ Préjudices que pourrait causer l'occupation Portugaise aux intérêts des Sujets Anglais, qui y sont établis.
3*" Facilité pour l'augmentation de la traite des nègres, qui a continué à se faire dans ce port.
Quant au premier: l'Angleterre n'a jamais jusqu'aujourd'hui réclamé aucun droit de souveraineté sur ce territoire, ni ne saurait le faire, à la vue des Traités, qu'elle a célébrés avec le Portugal en 1810, en 1816 et en 1817.
Quant au second : le Gouvernement Anglais a déclaré au Gouvernement de S. M. T. F. , qu'il prétend maintenir entre les Sujets Britanniques et cette partie de la côte une communication libre et non restreinte (a free and unrestricted intercourse).
Il est donc à propos d'examiner quel était le véritable état des relations des négociants Anglais et autres Européens et Américains dans le port d'Ambriz, et quelles ont été les mesures prises par l'autorité Portugaise dans l'acte d'occupation, et quelles sont celles qui à l'avenir devront servir de règle sur cette matière.
Les négociants, qui font le commerce dans le port d'Ambriz,
— Bt —
ont été jusqu'à présent sujets à différentes entraves et à différentes charges, et entr'autres aux suivantes:
l"" Ils ont été obligés à faire aux Roitelets, ou Chefs nègres da pays, des présents dont le montant dépendait du caprice de cesRoitelete.
â"" Ils ont payé des droits, qu'on y appelé Coutumes pour cha* que navire qui déchargeait des marchan4ises dans ce port, et le montant de ces Coutumes dépendait aussi du caprice des Roitelets.
S"" Ils fournissaient aux Roitelets des présents extraordinaires, que ceux-ci exigeaient d'eux, sous différents prétextes, dont un des plus fréquents était l'entrée de quelque navire de guerre dans le port d'Ambriz.
t" Les Roitelets ne leur permettaient de construire d'autres sortes d'habitations que des baraques de planches, de paille et de nattes.
5** Us essuyaient des vols, faits quelquefois par ordre des Roitelets, comme il est arrivé il n'y a pas longtemps.
6"* Ils souffraient quelquefois des violences corporelles, ainsi que d'autres vexations de différentes espèces.
7** Us étaient obligés d'employer les Roitelets, ou ceux qui en dépendaient, dans leurs transactions d'achat et de vente avec les nègres de l'intérieur, ne pouvant les faire directement avec ceux-ci.
Ces nègres de l'intérieur qui apportaient des denrées pour les vendre aux facteurs d'Ambriz, étaient obligés de s'arrêter dans des endroits éloignés du port, et dé livrer leurs denrées à certains individus, sujets des Roitelets, espèce de courtiers, qu'on appelle dans le pays Linguisteres, pour que ceux-ci les vendissent aux facteurs.
On y évaluait le montant de la valeur des marchandises de différentes espèces, données en présent aux Roitelets, et à leurs nobles, afin qu'ils permissent le négoce, comme équivalant, en général, à cinq ou six pour cent de la valeur des marchandises vendues; et quand c'était pour la traite des nègres, ces présents allaient jusqu'à huit ou neuf pour cent. Mais ce n'était pas encore tout; car, quand les Roitelets voulaient des présents extraordinaires, et que les facteurs refusaient de les leur donner, ils les accusaient de quelque crime qu'ils inventaient, et qu'ils appe-^
laient Cahallaj et exigeaient des amendes pour ces crimes supposés; et si ces amendes n^étaient pas payées, ils se réunissaient au nombre de plusieurs centaines d'individus, et obtenaient enfin ce qu'ils voulaient, en poussant de grands cris, et en menaçant de mettre le feu aux factoreries; et la valeur de ces amendes allait quelquefois jusqu'à 1,200 francs.
Telle était la manière dont le commerce licite se faisait à Âmbriz entre les Européens et les naturels. Et on ne saurait appeler cela une communication libre et non restreinte (a free and unrestricted intercourse). Cette communication libre n'y existait pas.
Lors de l'occupation d'Àmbriz par la force Portugaise, il y avait onze factoreries, dont six Portugaises, deux Anglaises, deux Américaines et une Française. Une des Portugaises était la plus importante de toutes; après celle-là les deux Américaines réunies, et ensuite les deux Anglaises réunies.
Le Gouverneur Général d'Angola, lorsque Ambriz fut occupé, offrit des soldats aux négociants étrangers, Anglais et antres, pour garder leurs factoreries contre les attaques et les tentatives d'incendie de la part des nègres du pays, qui avaient en effet incendié quelques factoreries Portugaises; et ces négociants accep* tèrent l'offre du Gouverneur. -
Et celui-ci publia une Ordonnance datée du 36 Mai 1855 qui se trouve datis le bulletin officiel d'Angola du 2 Juin, où on lit:
Art. l""' Ambriz est considéré comme un port-franc pour le commerce étranger de toutes les nations pendant un an, à dater du 16 Mai de Tannée courante de 1865.— Pendant la susdite année, les marchandises qui y seront importées, et les denrées qui en sortiront sur des navires étrangers, ne payeront aucunes sortes de droits, et les navires étrangers qui transporteront ces marchandises et ces denrées ne seront sujets à aucune imposition.
Et le Gouvernement Portugais, ayant en vue de donner aux négociants de toutes les nations, qui ont des relations avec ce port, le temps d'agir selon leurs intérêts, a ordonné au Gouverneur général d'Angola de faire publier dans le Bulletin officiel de cette colonie, que le délai d'un an, après lequel l'importation et l'exportation de denrées pourront être sujettes au payement de quelques droits, sera compté du jour où le tarif de la douane res-
pective sera publié, et que jusqu' alors le district d'Âmbriz devra être considéré comme un port franc pour la commerce de toutes les nations.
C'est donc depuis Toccupation de ce port, par une force Portugaise, que les communications commerciales sont devenues libres et non restreintes, ce qui de fait n'arrivait pas auparavant.
Quant à ce que fera à l'avenir le Gouvernement Portugais à cet égard, ce ne peut être un sujet de doute, quand il est certain que tous les ports importants des colonies Portugaises ont été dans ces dernières années ouverts au commerce étranger. Âmbriz sera donc accessible à tous les Pavillons sans aucune exception; et les négociants et leurs propriétés seront à l'abri de toutes les vexations qu'ils ont souffertes jusqu'à présent; ils pourront construire des maisons, cultiver des terreins et faire tout ce qui leur est permis chez les peuples civilisés.
II résultera de là, que la sûreté de personnes et de biens amènera à Âmbriz une augmentation considérable de gens et de denrées; les transactions se multiplieront, et l'accroissement du commerce augmentera dans ce port les intérêts des négociants Portugais et des négociants étrangers. Ainsi les sujets Britanniques tireront profit de l'occupation Portugaise à proportion des capitaux qu'ils emploieront; et de cette manière les marchands Anglais et ceux des autres nations trouveront effetivement établi dans ce port le commerce libre et non restreint, que réclame le Gouvernement Britannique.
L' extrait suivant du récit fait par le Dr. Livingsfon de son récent voyage par terre depuis le Cap de Bonne Espérance jusqu'à Loanda, montrera encore combien l'étendue de la domination portugaise dans ces régions contribue à l'accroissement du commerce licite, en mettant un terme aux extorsions que les peuples indigènes se font mutuellement.
«Me trouvant dans la proximité du territoire portugais de Cassange (sur la frontière orientale d'Angola), dit Je célèbre voyageur, la première chose qui fixa mon attention, fut le grand obstacle qui s'opposait à ce que le commerce s'étendit jusqu'aux tribus les plus éloignées des possessions portugaises, lorsqu'il est certain que les indigènes d'Afrique possèdent à un haut degré l'esprit commercial. Mais ces tribus éloignées ne peuvent mon-
irer celte spécialité de leur caractère, par les entraves qu'elles rencontrent chez les tribus qui vivent dans le voisinage des établissements des blancs, et qui, par la proximité où elles se trouvent des commerçants blancs, sont mieux armées, et plus puissantes que celles qui sont à une plus grande distance. Ce ne sont pas elles qui produisent les denrées. Mais elles empêchent les vrais producteurs de pénétrer jusqu'à la résidence des blancs; car elles leur imposent tant d'amendes sous les prétextes les plus frivoles, et exigent d'eux des rétributions si exorbitantes en échange de la permission de passer sur leurs terres, que ceux-ci leur abandonnent souvent leurs marchandises pour des prix nominaux. Mais ils connaissent parfaitement la source d'où ces peuples intermédiaires tirent les armes et la poudre dont ils sont pourvus, ainsi que les avantages dont ils pourraient jouir aussi eux, s'il leur était permis de s'avancer, plus qu'ils ne le peuvent faire, vers l'occident. »
Quant au troisième motif: nous dirons, que, pour pouvoir évaluer l'influence que peut avoir à Àmbriz l'occupation Portugaise pour l'augmentation ou la diminution de la traite des nègres, il faut examiner d'abord quel a été dans ces derniers temps l'état réel des choses dans ce port relativement à cette traite.
Dès que le Décret du 10 Décembre 1836, qui abolit la traite des nègres dans toutes les colonies Portugaises, commença à être mis en exécution, les marchands d'esclaves des différentes nations commencèrent aussi à diriger vers les ports du Nord leurs transactions, et Ambriz fut un des principaux marchés d'esclaves.
Le Commandant de la station navale Britannique sur la Côte Occidentale d'Afrique, informa le 23 Août 1843 le Gouvernement ad intérim d'Angola, que, ayant été à Ambriz il y avait appris par des renseignements exacts, qu'il y avait trois ou quatre barracons pleins d'esclaves, à cinq ou six milles dans l'intérieur de cette baie; qu'on n'attendait que des navires pour les embarquer; et il disait que quelques Portugais de Loanda y séjournaient et y achetaient des esclaves, et que les marchands d'esclaves avaient abandonné le territoire immédiat d* Angola, et étaient allés dans ces voisinages.
Cette information 'du Commandant de la station navale montre deux choses: l'une, que la traite se faisait avec activité, et