CONSULTATIONS DU CONSEIL D'OUTRE-MER
TROî'OSANT L'OCCUPATION D'AMRRIZ.
Le Gouvernement Portugais n'a pu, pendant quelques années, depuis la Convention de 1817, prêter que peu d'attention à ses possessions Africaines, parce que différentes causes ont exigé que son énergie se dirigeât d'autres côtés, A cette époque la guerre sur la Banda Orientale de la Plata continuait, et les troupes Portugaises avaient occupé Montevideo. A Pernambouc il éclata dans la même année une insurrection, qui, pour être subjuguée, exigea l'emploi de forces considérables. En 1820 eut lieu en Portugal la grande révolution libérale, qui décida le Roi D. Jean VI à transférer, en 1821 , de Rio de Janeiro à Lisbonne le siège du Gouvernement Portugais. En 1822, le Brésil se déclara Etat indépendant, et commença la guerre avec la métropole. En 1823, une contre-révolution supplanta les institutions libérales, et les Chefs de cette contre-révolution exécutèrent en 1824 une tentative contre la personne du Roi; mais à la fin l'autorité Royale prévalut. En 182S se termina la guerre entre le Portugal et le Brésil; et l'indépendance du nouvel Empire fut reconnue. D. Jean VI mourut en 1826. Le 29 Avril de la même année, le Roi D. Pedro IV, son fils et son successeur, décréta à Rio de Janeiro la Charte Constitutionnelle de la Monarchie Portugaise. Vint ensuite une longue guerre civile, qui, à peu d'intervalles près, où l'en put jouir d'un instant de repos, ne finit qu' en 1834; année dans la quelle le système de Gouvernement représentatif obtint un triomphe complet. En 1836, il y eut une nouvelle révolution, qui fut suivie, en 1837, de la guerre civile.
Ce fut seulement en 1838 que le Gouvernement Portugais put s'occuper avec plus d'attention des affaires des colonies. Cette année-là on nomma Gouverneur Général d'Angola le Vice-Amiral Antoine Manuel de Noronha, qui par sa probité et sa capacité méritait toute la confiance du Gouvernement. Il reçut du Ministre de la Marine et d'Outre-mer, charge qu'occupait alors l'auteur de ce Mémoire, des instructions datées du 4 Octobre de la même année, par lesquelles il lui fut ordonné de mettre en exécution, avec la plus grande rigueur le Décret du 10 DecembrclSSG, qui avait aboli la Traite des nègres, et, afin d'éviter que ce commerce, étant persécuté à Loanda et à Benguella, fût transféré dans les ports de cette partie de la côte, qui, par la Constitution de la Monarchie, et d'après les Traités, appartient au Portugal, de faire occuper les ports d' Ambriz, duZaire, deCabindeetdeMolembo, ainsi que celui de Mossamedes, dans lesquels il établirait des Autorités Portugaises responsables de la persécution de ce commerce, que, autrement, il ne serait pas possible d'éteindre.
Il fut aussi ordonné à ce Gouverneur Général, de permettre et de protéger dans ces mêmes ports, quand ils seraient occupés, le commerce des Nations Étrangères.
Des circonstances particulières exigèrent le retour du Vice- Amiral en Europe, et quant aux ordres qu'il avait reçus, il ne fut exécuté après son départ que celui de l'occupation de Mossamedes, où il y a à présent un petite ville européenne, dans le district de laquelle on cultive la canne à sucre et le coton, tandis que la traite des nègres augmenta dans les autres susdits ports, dès qu'elle fut efficacement persécutée à Loanda et à Benguella: et il est bien probable qu'elle y aurait cessé aussi si l'occupation ordonnée, il y a dix-sept ans, s'était effectuée, et que des colonies agricoles existeraient aujourd'hui dans ces lieux.
Les extraits suivants feront voir quel a été l'état des choses par rapport à la traite des nègres à Ambriz et ailleurs dans ces dernières années.
Le 23 Août 1843, le Capitaine J. Foot, Commandant de la station navale britannique, se trouvant à Loanda, écrivait au Président du Conseil du Gouvernement d'Angola :
«J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence, que pendant mon séjour à Ambriz, la semaine passée, j'ai appris par des ren-
seignements exacts, qu'il y a, à cinq milles dans l'intérieur de cette baie, trois ou quatre grandes barracons pleins d'esclaves; qu'on n'attend que des navires pour les embarquer, et que quelques Portugais de cette ville y séjournent, et y achètent des esclaves; et que les marchandises nécessaires pour leur achat sont portées, dans des bateaux, de cette ville à Àmbriz, directement à ces barracons; de manière que l'observation du nouveau Traité entre nos Gouvernements respectifs au sujet de ce commerce diabolique, se borne à ce que les marchands d'esclaves ont abandonné le territoire immédiat d'Angola pour se transporter dans son voisinage, et que les moyens, pour cet atroce commerce, leur sont fournis de S. Paul deLoanda. Je ne hasarde point d'opinion sur ce lamentable état de choses, les faits parlent d'eux-mêmes. »
Le Conseil du Gouvernement répondit à cette communication le 24 du même mois:
« en assurant néanmoins à Votre Seigneurie que les
marchandises pour le dit commerce, si elles existent dans cet endroit-là, ne partent pas de cette ville, mais y sont directement importées par des bâtiments Anglais, Américains, et autres que des Portugais; et qu'au contraire il arrive souvent qu'elles sont apportées de là dans ce port. »
Et le Conseil, dans une autre dépêche au même Commandant en date du 29 Août, ajoute:
« Quant à la seconde partie de la dépêche de Votre Seigneurie, relative à l'exportatiou de marchandises de cette ville pour Ambriz, nous devons déclarer que dans notre dépêche antérieure à celle-ci sur cet objet nous avons voulu, et nous y insistons encore, faire connaître à V. S. que, si l'on y fait la traite des nègres, on y emploie le plus souvent des marchandises importées directement d'Angleterre, de France et d'Amérique; sans que nous prétendissions nier qu'il en soit exporté d'ici clandestinement, et même légitimement, tant qu'il n'est point défendu par la loi d'en accorder l'expédition.
Le 22 Mars 1847, à la prière du Gouvernement Britannique, le Ministre de la Marine ordonna au Commandant de la station navale d'Angola de détruire promptement les barracons qui existeraient sur la côte d'Afrique, et que les Commandants des bâtiments de la croisière Anglaise lui indiqueraient officiellement,
comme destinées à la traite des nègres, une fois que ceux qui seraient chargés de détruire ces barracons, et qui devraient toujours être des Portugais, y trouvassent des esclaves, ou des objets évidemment destinés à ce commerce.
Le 1er Juillet suivant le Ministre de la Marine réitéra cet ordre, enjoignant aussi de mettre promptement en liberté les esclaves qui seraient trouvés dans les dits barracons.
En 1848 le Commandant de la station navale Portugaise d'Angola, à la prière du Commodore Britannique de la station respective, alla à Àmbriz où il débarqua et brûla plusieurs barracons, où il trouva des chaînes avec des colliers de fer, et autres objets qui servent pour le commerce des esclaves: il brûla plusieurs autres barracons sur différents points de la côte, et dans une autre située à deux milles au Sud-Ouest d'Ambriz on trouva à la chaîne plusieurs esclaves, qui furent conduits à bord des navires Portugais pour être mis en liberté; et dans d'autres de ces dépôts on trouva des pipes d'eau, et autres objets nécessaires à bord des navires négriers; mais on en avait retiré les esclaves avant l'arrivée des équipages Portugais.
Le 25 Juillet de la même année, le Ministre Britannique à Lisbonne, à l'occasion d'un bateau à vapeur Brésilien, qui, à Mayumba (Côte Occidentale d'Afrique), avait chargé 800 esclaves, dit au Gouvernement Portugais que l'Escadre Anglaise se prêtera de bon gré à coopérer à toutes les expéditions que l'on prétendra faire, dans le but de détruire les dépôts d'esclaves existants à Ambriz, ou pour éviter qu'il en soit établi de nouveaux.
Le Commodore Hotham, Chef de l'escadre Britannique de la Côte d'Afrique, écrivait, le 18 Décembre 1848, au Gouverneur Général d'Angola :
«Le Gouvernement de Sa Majesté (Britannique) sait que les principaux dépôts pour la traite des nègres existent à Mossulo et à Ambriz... Je ne fais donc que remplir mon devoir en priant Votre Excellence de prendre les mesures convenables pour la destruction des barracons, et l'affranchissement complet des esclaves qu'ils contiennent; et j'ai reçu spécialement l'ordre d'offrir à Votre Excellence les services d'escadre Britannique à cet effet. » (1)
(1) Slave Trade — Correspondance ==.Class J=1850-
Hetain== équivaut à = To hold or keep in possession = Not to lose or part with=To keep back : et qu'il dérive du verbe latin=Retineo, et qui correspond au verbe français = Retenir=à l'italien =Retinere=et à l'espagnol = Retener.=
Le même verbe se traduit en portugais, comme on le voit dans le Dictionnaire de Vieira par = Reter — Guardar — Conservar — Preservar. — Reservar uma cousa que pertencia jâ a quem a réserva: c'est-à-dire — Réserver une chose -qui appartenait déjà à celui qui la réserve. =
Et on doit bien remarquer que, dans le texte portugais du Traité de 1817, le verbe To Retain = est traduit par le verbe = Reservar = et que les phrases = To hold or keep in possession ==et= Not to lose or part with = correspondent exactement à = Reservar uma cousa que pertencia jâ a quem a réserva. (Réserver une chose qui appartenait déjà à celui qui la réserve.)
Or, quand un octroyant déclare dans un acte public, qu'il réserve ses droits sur une chose déterminée, et que l'autre octroyant non seulement ne conteste pas ce droit, mais signe l'acte, il est évident que celui-ci a reconnu le droit que l'autre a déclaré lui appartenir; et il est également certain qu'on ne peut avec justice contester, après plus de trente-six-ans de la date de cet acte, ce qui y a été stipulé; car, si cette doctrine était admise, il n'y aurait aucune stipulation que l'on pût considérer comme sûre, puisque le partie contractante la plus puissante trouverait toujours moyen de donner aux. actes les plus solennels l'interprétation qui lui paraîtrait convenir le mieux à ses intérêts.
D'ailleurs, cette déclaration, cette réserve qui a été stipulée dans trois Traités successivement célébrés dans l'espace de sept ans, avait sans doute quelque signification pour les parties contractantes ; autrement elle aurait été parfaitement inutile, et comme telle impropre à être insérée dans ces Traités. Or, cette signification se trouve dans les mots employés dans le Traité de 1817, qui sont le verbe = Reservar = dans le texte portugais, et le verbe=To Retain = dans le texte anglais.
Ainsi il est évident que l'ancien droit, et par conséquent le droit, non conféré mais seulement rappelé par le Traité, de retenir, de ne pas perdre = Not to lose or part willi=que la Couronne de Portugal avait sur cette partie de la côte Africaine, fut
reconnu dans le même Traité par l'Angleterre: et cette stipulation exclut, par le simple fait d'avoir été établie, et d'avoir été acceptée, toute prétention que l'Angleterre pourrait élever à l'avenir sur cette même côte. — Le Gouvernement Portugais n'a jamais douté que ce ne fût là la signification que donnait à cette stipulation le Gouvernement Britannique.